Le "non" massif des Grecs

Des partisans du "non" sur la place Syntagma à Athènes.[LOUISA GOULIAMAKI / AFP]

Une victoire pour Syriza, un camouflet pour Bruxelles. Des milliers de Grecs se sont rassemblés lundi soir sur la place Syntagma, dans le centre d’Athènes, pour manifester leur joie après la victoire écrasante (plus de 61 %) du "non" au plan d’aide proposé par les créanciers d’Athènes.

 

"Le peuple grec a prouvé qu’il n’est pas soumis au chantage, à la terreur, à la menace : la démocratie a gagné", s’est félicité le ministre grec de la Défense, Panos Kammenos. Ce résultat sans appel constitue un message fort à destination de l’Europe et du FMI et conforte la position du gouvernement d’Alexis Tsipras.

Ce dernier avait personnellement appelé les électeurs à voter "non", mercredi dernier, lors d’une allocution télévisée. Estimant que les réformes demandées par les créanciers d’Athènes (UE, BCE et FMI) en échange d’une nouvelle aide sont inacceptables, il entend désormais revenir à la table des négociations armé de la volonté exprimée hier par son peuple.

 

Un saut dans l’inconnu

Dès le résultat annoncé, la Grèce a fait savoir que les initiatives pour arriver à un accord allaient s’intensifier. Le "non"  est "un renforcement de notre pouvoir de négociation" a affirmé le premier ministre grec, Alexis Tsipras. Mais cette volonté risque de se heurter à l’intransigeance des Européens. Le président de l’Eurogroupe, Jeroen Dijsselbloem, avait ainsi averti dans la journée que si la Grèce n’était pas prête à "accepter des mesures désagréables", il n’existerait "aucune base pour un nouveau programme d’aide".

La marge de manœuvre apparaît ainsi extrêmement étroite, et les prochaines heures s’annoncent cruciales. Le président de la République, François Hollande, et la chancelière allemande Angela Merkel se retrouveront ainsi à l’Elysée, lundi soir, pour tenter de s’accorder. Dimanche, ils ont commencé, en faisant savoir conjointement, qu’"il fallait respecter le vote" des Grecs. L’Elysée a ensuite appelé à l’organisation d’un sommet de la zone euro dès le lendemain.   

 

Vers un "Grexit" ? 

Les décisions qui vont être prises, quelles qu’elles soient, auront d’immenses répercussions. Si les créanciers d’Athènes maintenaient leur position intransigeante, cela entraînerait un arrêt des aides accordées à la Grèce. Une situation qui aboutirait, quasi certai­nement, à la sortie de la Grèce de la zone euro.

"En toute logique, on se dirige vers un Grexit, estime Robert Rochefort, économiste et député européen (Modem). En l’absence d’aide supplémentaire, la Grèce va être insolvable. Et puisqu’elle ne peut pas imprimer d’euros, elle devra imprimer une autre monnaie, ou des reconnaissances de dettes par exemple. Elle sortira donc de fait de l’Euro." Une telle situation constituerait une première, les textes ne prévoyant même pas le cas où un pays sortirait de l’Euro, l’adoption de la monnaie unique étant censée être irréversible. La Grèce et l’Europe sont entrées dimanche soir dans une zone de turbulences dont personne, à l’heure actuelle, ne semble connaître la sortie. 

 

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