Le Japon renforce son armée, la Chine s'inquiète

Le Premier ministre nippon, Shinzo Abe, à la Chambre des Représentants. [YOSHIKAZU TSUNO / AFP]

Ce jeudi 16 juillet, la chambre des représentants (correspondant à l’Assemblée Nationale française) a adopté les textes controversés sur la loi de Défense, proposés par le Premier ministre nippon, Shinzo Abe. Ces textes cristallisent de fortes oppositions.

 

Les textes adoptés par la chambre basse de la Diète, Parlement japonais, sont une révision de la Constitution pacifiste établie en 1947, après la défaite du pays dans la Seconde Guerre mondiale. L’article 9 de cette constitution prévoit en effet que les Forces d’autodéfense – nom de l’armée japonaise - ont l’interdiction d’intervenir dans des litiges internationaux. Seule exception : en cas d'attaque directe du Japon par un agent externe.

A la suite de l’assassinat, à une semaine d’intervalle, de deux journalistes nippons au début de l’année, Shinzo Abe avait exprimé son désir de lever cette interdiction, pour pouvoir venir en aide aux pays alliés intervenant dans le monde. C’est un changement politique et diplomatique majeur que pourrait donc connaître le pays si les textes sont définitivement adoptés par la Diète.

 

De vives oppositions s’élèvent dans la région

A la suite de l’annonce de l’adoption des textes, la porte-parole de la diplomatie chinoise, Mme Hua Chunying, s’est exprimée, parlant d’un "acte sans précédent depuis la deuxième guerre mondiale". "Il est parfaitement légitime de demander si le Japon va renoncer à sa politique exclusivement tournée vers sa défense, et quitter sa trajectoire de développement pacifique" a-t-elle déclaré.

La Chine, rivale du Japon dans la région sur des éléments politiques et économiques, se sent menacée par un changement de cap du pays au soleil levant, et voit dans l’adoption de ces textes une manière de favoriser les relations entre le Japon et les Etats-Unis.

 

A l’intérieur du pays, l’opinion veut se faire entendre

Mercredi soir, environ 60 000 personnes s’étaient réunies devant les portes du Parlement pour protester contre la loi de Shinzo Abe. Des échauffourées ont eu lieu avec les forces de police et deux hommes ont été arrêtés pour avoir agressé des policiers. Les Japonais craignent d’être entraînés dans une "guerre américaine", au Moyen-Orient notamment.

Le chef de l’opposition, Katsuya Okada, a adressé à l’encontre du Premier ministre ces quelques mots : "Le passage forcé de ces lois laisserait une tache sur la démocratie d'après-guerre du Japon. Je vous demande avec force d'annuler ce vote et de retirer ces projets de loi, qui sont anticonstitutionnels".

 

La loi a-t-elle réellement une chance de passer ?

La loi a été envoyée à la Chambre des Conseillers (équivalent du Sénat), pour qu’il soit débattu pendants trente jours maximum. Le Premier ministre possède dans les deux chambres une coalition suffisante pour obtenir la majorité nécessaire, soit deux tiers des voix, pour faire passer le texte.

Même si la Chambre haute décide de faire supprimer ou de modifier des amendements des textes, la coalition de Shinzo Abe aura toujours le dernier mot sur la forme finale du texte et pourra, sous réserve d’obtenir les deux tiers des voix nécessaires, faire publier un texte ayant la forme voulue. Pour s’assurer de son adoption, la session parlementaire a été prolongée de 95 jours, une première dans le pays. 

 

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