Mort du mollah Omar : les talibans "pas informés" de la suite des pourparlers

Les insurgés afghans sont restés cois jeudi sur le sort de leur chef. [JOHN D MCHUGH / AFP]

Les talibans afghans ont affirmé jeudi "ne pas être informés" d'un nouveau round de pourparlers de paix avec le gouvernement de Kaboul au lendemain de l'annonce de la mort de leur chef suprême, le mystérieux mollah Omar, qui risque de les plonger dans une véritable "crise existentielle".

 

Les autorités à Kaboul ont annoncé mercredi soir le décès, en avril 2013 dans un hôpital de la métropole pakistanaise Karachi, du chef historique de la rébellion afghane, des informations aussitôt jugées "crédibles" par les Etats-Unis qui offraient jusqu'à 10 millions de dollars pour sa capture.

Dans leur première réaction à ces informations, les insurgés afghans sont restés cois jeudi sur le sort de leur chef, souvent donné pour mort depuis la chute des talibans, au pouvoir à Kaboul de 1996 à 2001, conséquence de l'intervention d'une coalition dirigée par les Etats-Unis dans la foulée des attentats du 11-Septembre. 

 

Le Pakistan à double face

Les autorités afghanes ont longtemps accusé le Pakistan de téléguider les talibans, en lutte contre les forces de l'Otan et leurs alliés afghans, ou de "garder sous la main" des cadres de la rébellion afin de les utiliser à un moment jugé opportun par Islamabad.

Mais début juillet, le Pakistan a plutôt joué les entremetteurs en organisant à Murree, cité touristique sur les hauteurs de la capitale Islamabad, une première rencontre officielle entre des cadres talibans et des représentants du gouvernement de Kaboul afin de mettre sur les rails de véritables pourparlers de paix.

 

Les talibans non informés des nouvelles discussions

Des sources pakistanaises et afghanes ont même annoncé cette semaine le début, dès vendredi, d'un nouveau round de discussions au cours desquelles la question épineuse d'un cessez-le-feu devait être évoquée. Mais l'annonce de la mort du mollah Omar et la réaction officielle des talibans pourraient compliquer la poursuite de ces pourparlers.

"Des médias diffusent des informations selon lesquelles des pourparlers de paix vont se tenir très bientôt (...) soit en Chine soit au Pakistan", ont déclaré jeudi les talibans dans un communiqué publié sur leur site internet. "(Notre) bureau politique (...) n'est pas informé de (l'existence de) ce processus", ont-ils ajouté.

 

La paix est-elle possible ? 

Le décès du discret mais respecté mollah Omar ouvre "plus qu'auparavant" la voie à des discussions de paix et s'offre comme une "occasion" à saisir pour "l'ensemble des groupes d'opposition armés" avait suggéré mercredi la présidence afghane.

Mais des analystes demeuraient sceptiques sur ces voeux de Kaboul qui souhaite en arriver rapidement à un accord de paix avec les insurgés afin de stabiliser un pays endeuillé par près de 14 années consécutives de guerre et confronté à une escalade des violences après le départ, en décembre dernier, de l'essentiel des forces de l'Otan.

 

Vers une division des talibans ? 

L'annonce du décès du mollah Omar risque d'accentuer les lignes de fractures au sein des talibans, déjà divisés sur les pourparlers de paix et menacés par l'émergence de la branche locale de l'organisation Etat Islamique (EI), groupe jihadiste qui tente d'étendre en Afghanistan son califat proclamé sur des pans de la Syrie et de l'Irak. 

"Les pourparlers... ont certainement perdu leur élan", a déclaré à l'AFP Michael Kugelman, spécialiste de l'Afghanistan au centre de recherche Woodrow Wilson à Washington.

 

"Crise existentielle" 

"L'annonce de la mort d'Omar va provoquer une crise existentielle chez les talibans et les pourparlers de paix sont la dernière chose qu'ils auront en tête. Ils devront se concentrer sur leur survie, pas sur les pourparlers", a-t-il ajouté.

Depuis plusieurs mois, des commandants talibans sur le terrain exigeaient des "preuves de vie" de leur chef dont les communications se résumaient récemment à des messages probablement écrits en son nom par d'autres dirigeants de la rébellion. Sans preuve concrète, certains d'entre eux avaient déjà quitté les rangs des talibans pour plaider allégeance à sa rivale islamiste de l'EI, définitivement opposée à tout dialogue de paix.

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