Nouvelle-Calédonie : Enlisement du mouvement des transporteurs de nickel

Nouvelle-Calédonie : Enlisement du mouvement des transporteurs de nickel[FRED PAYET / AFP]

Après trois semaines d'actions, le mouvement des transporteurs de nickel en Nouvelle-Calédonie s'enlisait dimanche, après une journée endeuillée par la mort accidentelle d'un automobiliste à un barrage filtrant et à la veille d'une rentrée scolaire perturbée.

 

Dans la nuit de samedi à dimanche, un jeune homme de 25 ans a été tué après s'être encastré sous un camion de rouleur qui bloquait la route entre Nouméa et la commune de Dumbéa.

Une enquête est en cours pour déterminer les circonstances l'accident, et si l'alcool pourrait être en cause. Il constitue le premier incident grave en marge du conflit.

 

George Pau-Langevin appelle à un retour à la normale

La ministre des Outre-mer, George Pau-Langevin, a appelé l'ensemble des acteurs "à renouer sans délai les fils du dialogue pour permettre, dès aujourd'hui (dimanche), un retour à la normale sur toutes les voies de circulation et pour lever les obstacles à la résolution du conflit".

Mais aucun des protagonistes ne s'est présenté à la réunion proposée au haut commissariat de la République. Les positions des protagonistes se sont durcies.

Le vice-président du syndicat ContrakMine (transporteurs), Wilfrid Maï, a annoncé que plusieurs sites de brousse ainsi que les accès à Nouméa seraient bloqués lundi à partir de 04h00 du matin (16H00 dimanche à Paris).

 

Le temps des négociations "révolu" 

Le président du gouvernement calédonien a pour sa part estimé que le temps des négociations était révolu. "Il doit céder la place au retour à l'ordre, à l'apaisement et au respect du deuil de la famille" du jeune homme décédé, a déclaré Philippe Germain. "La justice doit maintenant faire son travail et l'Etat rétablir l'ordre public", a-t-il dit.

Wilfried Maï a demandé l'intervention d’un médiateur pour résoudre le conflit qui oppose depuis le 5 août certains mineurs, les camionneurs du nickel et le gouvernement à propos de l'ouverture d'un canal d'exportation de minerai de nickel à basse teneur vers la Chine. 

Les premiers y voient un débouché après la baisse des exportations vers l'Australie. La décision, qui incombe aux politiques locaux en vertu de la très large autonomie de la Nouvelle-Calédonie, ne fait pas l'unanimité en ces temps de cours très bas. Une réunion est prévue jeudi entre les acteurs politiques chargés de définir la stratégie du nickel pour le "Caillou".

 

Ecoles et internat fermés 

M. Maï s'est dit prêt à revenir discuter lundi matin "le plus tôt possible" tout en précisant qu'il n'accepterait pas de nouvelles négociations sans la présence de Daniel Goa, le président de l'Union calédonienne (UC, indépendantiste). Ce dernier n'a pas encore répondu à cette demande de médiation.

De son côté, Philippe Germain avait indiqué qu'il signerait le protocole d'accord arrêté jeudi dernier. Les représentants de ContraKmine avaient refusé de parapher le document.

Les Républicains de Nouvelle-Calédonie ont demandé à l'exécutif local d'accorder une autorisation d'exportation de latérites vers la Chine, limitée en tonnage, en teneur et dans le temps. "C'est la seule solution pour retrouver un climat apaisé, nécessaire à toute discussion au fond de la stratégie minière", a déclaré le parti présidé par le sénateur Pierre Frogier.

La CGPME a pour sa part appelé à une manifestation lundi devant les grilles du haut-commissariat "pour la sauvegarde de l'économie et des entreprises calédoniennes, la libre circulation des biens et des personnes".

Après deux semaines de vacances, la rentrée scolaire est compromise. Tous les internats publics et privés seront fermés lundi ainsi que la plupart des écoles maternelles et primaires. Les cours à l'université ont été suspendus. De plus "les collèges et lycées publics des communes de Nouméa, Dumbéa, Païta et Mont Dore seront fermés lundi" en raison des incertitudes sur l'issue du conflit", a précisé le gouvernement local.

Les barrages ont été levés sur l'ensemble de la Grande terre mais maintenus dans les quartiers sud de Nouméa. Des pneus ont été brûlés et de la terre a été déposée devant les domiciles du président du gouvernement et du député UDI Philippe Gomes. Ce qui fait dire à un observatur du dossier que le conflit est "à plusieurs étages" et que "la clé de résolution n'est pas qu'économique". 

Vous aimerez aussi

Un enfant porte un drapeau indépendantiste calédonien lors d'un meeting du FLNKS à Nouméa, le 30 octobre 2018 [Theo Rouby / AFP/Archives]
vote Référendum sur l'indépendance de la Nouvelle-Calédonie : le «non» l'emporte à 56,4%
A la mi-journée, la participation dans le référendum pour ou contre l'indépendance de la Nouvelle-Calédonie était largement supérieure à celle pour les élections provinciales de 2014 à la même heure [Theo Rouby / AFP]
vote Référendum en Nouvelle-Calédonie: participation de 41,81% à la mi-journée
scrutin Référendum sur l’indépendance de la Nouvelle-Calédonie ce dimanche : quels enjeux ?

Ailleurs sur le web

Derniers articles