La semaine de Philippe Labro : le drame des migrants, la compassion de Merkel

Philippe Labro, écrivain, cinéaste et journaliste. [THOMAS VOLAIRE]

Philippe Labro est écrivain, cinéaste et journaliste. Chaque vendredi, pour Direct Matin, il commente ce qu'il a vu, vécu et observé pendant la semaine. Un bloc-notes subjectif et libre.

 

VENDREDI 4 SEPTEMBRE

Semaine de rentrée : bonjour à toutes et tous. Heureux de vous retrouver. J’avais imaginé pouvoir vous parler de la rentrée scolaire ; des 91 ans d’Aznavour qui sort un nouveau CD ; des ennuis d’Hillary Clinton et de l’intrusion du brutal et vulgaire Donald Trump – un trublion clownesque au cœur de la campagne présidentielle aux Etats-Unis – et j’avais songé, aussi, à «ouvrir» cette chronique par l’été glorieux du judoka Teddy Riner, aujourd’hui plus grand athlète de l’histoire du sport en France, et des non moins glorieux exploits de Florent Manaudou en natation ; ou encore les difficultés en matière de circulation (toute une autoroute et un trafic bloqués par quelques «gens du voyage» – agriculteurs qui roulent pour faire valoir leurs revendications) ou l’omniprésence de Macron dans la presse ; ou les «régionales» qui pointent à l’horizon, nouvelle étape dans la course pour 2017, etc. Mais il me semble qu’au-delà de cette actualité, le phénomène des migrants domine.

La chancelière allemande, Angela Merkel, a trouvé les mots justes. Avec cet air grave qui convient à l’ancienne jeune étudiante d’Allemagne de l’Est, devenue, après un parcours exceptionnel d’intelligence et d’adaptation, la «femme politique la plus importante d’Europe», voire du monde – avec son bon sens allié à une vision du passé, selon quoi, l’Allemagne a aussi besoin de migrants pour pallier une démographie vieillissante. Qu’a donc dit «Angela» ?

Elle a pesé ses mots – elle sait que chacun est ausculté, analysé, reproduit et commenté –, elle a émis, à propos des «migrants» (qu’on peut aussi appeler «réfugiés», mais cela dépend de leur véritable motivation et identité) – la dure et simple vérité : «Ces questions nous préoccupent beaucoup plus que les questions de la Grèce et de la stabilité de la zone euro.» Elle est allée plus loin : «Ce qui se passe en Europe n’est pas une catastrophe naturelle», ou encore «Si l’Europe échoue dans la crise des réfugiés… ce ne sera plus l’Europe que nous représentons.» Il aura donc fallu que la photo d’Aylan Kurdi, pauvre petit garçon mort sur une plage de Turquie fasse le tour du monde pour que l’émotion et l’indignation gagnent tous les chefs d’Etat. En ce sens, François Hollande a trouvé lui aussi les mots justes. Les hommes politiques français qui n’étaient préoccupés que de leurs universités d’été – leurs alliances ou mésalliances – vont enfin prendre conscience qu’il s’agit d’une immense tragédie quotidienne.

Le choc des images de cet été n’était sans doute pas suffisant pour les petites querelles intestines françaises. Mais les migrants, eux, se multipliaient, puisqu’ils devaient lutter contre le temps – comme si, même sans un seul repère médiatique, il leur était dicté une cruelle urgence – face aux barrières d’acier dressées par la Hongrie, aux violentes manifestations anti-migrants en Allemagne, fuyant les barbaries de Daesh, déferlant de plus en plus vers ce qu’ils croient être leur salut. Images de files d’hommes, femmes, enfants qui marchent, en silence, visions terrestres alternant avec les visions maritimes : les canots, les barques croulant sous le poids des migrants à qui des passeurs sans scrupules ont promis le sol d’Italie et qui ne connaîtront que les vagues de la Méditerranée, devenue une sorte de tombeau.

Et dans la lande de Calais que les migrants (et les autorités) identifient comme une jungle, gamins ou adultes, déterminés, ne pensant qu’à un objectif : traverser – par quelque moyen que ce soit. «Migrants», «réfugiés» ? Mais non ! C’est Victor Hugo qui avait le mot juste : «les misérables».

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