Ces réfugiés bardés de diplômes en quête d'une vie meilleure en Europe

Des policiers autrichiens encadrent des migrants et des réfugiés qui attendent de monter dans des bus, le 12 septembre 2015 près de Nickelsdorf, à la frontière avec la Hongrie [JOE KLAMAR / AFP] Des policiers autrichiens encadrent des migrants et des réfugiés qui attendent de monter dans des bus, le 12 septembre 2015 près de Nickelsdorf, à la frontière avec la Hongrie [JOE KLAMAR / AFP]

Ils s'appellent Mohammed, Fayiq, ou Bilal. Ils sont ingénieur, lycéen, ou expert-comptable... Du moins ils l'étaient jusqu'à leur dangereux périple vers l'Europe, terre promise où les attend une nouvelle lutte pour une vie meilleure.

 

Loin de la pauvreté extrême, nombre des dizaines de milliers de migrants et réfugiés frappant aux portes du Vieux continent étudiaient à l'université ou disposaient d'un bon travail avant d'être jetés sur les routes de l'exil.

C'est particulièrement le cas pour les Syriens, dont le pays disposait d'un des meilleurs systèmes éducatifs du Proche-Orient avant le chaos de la guerre civile, soulignent les autorités et spécialistes européens de l'immigration, des réfugiés eux-mêmes ou les associations qui les aident.

"Les Syriens sont en quête d'un endroit où ils puissent retrouver la qualité de vie dont ils bénéficiaient avant le conflit", explique Arezo Malakooti, experte du cabinet Altai Consulting, qui collabore avec l'Organisation internationale pour les migrations (OIM) des Nations unies.

"La Syrie ressemblait beaucoup à un pays d'Europe avant la guerre, avec un niveau de vie relativement élevé et une population plutôt éduquée. Bien sûr, il y avait des pauvres mais en général, le pays détonnait dans la région", affirme-t-elle.

Des migrants arrivent à la gare de Munich, le 12 septembre 2015, en Allemagne [PHILIPP GUELLAND / AFP]
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Des migrants arrivent à la gare de Munich, le 12 septembre 2015, en Allemagne
 

 

Avant de débarquer cette semaine sur l'île grecque de Lesbos, Mohammed al-Taweel était ingénieur informatique à Damas. "Il n'y avait plus rien que je puisse faire dans mon pays pour moi et mon avenir". A 24 ans, il rêve de retrouver en Europe un travail d'ingénieur mais s'attend à avoir besoin de nouveaux diplômes.

En Allemagne, 78% des Syriens arrivés dans le pays entre janvier 2013 et septembre 2014 étaient issus "des classes moyennes voire supérieures", avec un solide bagage éducatif, selon l'Office fédéral de l'immigration et des réfugiés.

Ces chiffres, "supérieurs à ceux des autres pays", constituent "une bonne précondition pour (leur) intégration", même s'il reste à franchir la double barrière de la langue et de la reconnaissance des diplômes, estime-t-il.

"Le médecin syrien est une exception", a tempéré cette semaine la ministre allemande du Travail, Andrea Nahles, rappelant aussi qu'une large part des arrivants en Europe sont démunis et sans diplômes.

 

"Motivés et appliqués"

Mais une autre enquête récente de l'administration allemande, auprès de réfugiés engagés dans la recherche d'un travail, fait état de candidats "motivés et appliqués". "Dans leurs pays d’origine, ces gens faisaient partie des forces motrices de la société et en Allemagne, ils n’ont aucune envie de vivre des aides sociales », souligne le document.

"Je suis surpris lorsque je parle avec des Syriens qui sont là depuis six mois et que nous pouvons bien nous comprendre en allemand", a commenté Joachim Walter, un élu local du Parti chrétien-démocrate (CDU) de la chancelière Angela Merkel.

De nombreux Afghans tentent aussi de gagner l'Europe et ceux qui quittent leur pays, affecté par la pauvreté et l'illettrisme, n'y étaient pas toujours les plus mal lotis, relève Arezo Malakooti.

A Lesbos, Fayiq Abubakar, 18 ans, parti de Mazar-e-Sharif, la quatrième ville d'Afghanistan (nord), dit y avoir été dans "l'un des trois meilleurs lycées". Il espère étudier la finance et le commerce international en Allemagne.

Mais après avoir bravé les dangers de la Méditerranée ou de la Mer Egée, surmonté l'hostilité des populations ou des policiers, Fayiq, Mohammed et d'autres courent aussi le risque d'amères désillusions dans leurs futures terres d'accueil.

"Ce n'est pas parce que vous avez le statut de réfugié que le parcours du combattant s'arrête. Au contraire", avertit Fatiha Mlati, responsable de France Terre d'Asile, une association d'aide aux demandeurs d'asile et réfugiés. "C'est très complexe d'accéder à la santé, aux droits sociaux, à la reconnaissance de diplômes (...) Les gens hyper-diplômés vont penser que ça va être simple, or ils vont pour la plupart devoir passer par des métiers sous-qualifiés. Et pour ceux qui sont en bas de l'échelle des qualifications, s'ils cumulent avec ça des problèmes linguistiques, ça va être très long".

De fait, arrivés en France, nombre d'exilés diplômés sont réduits à faire la plonge dans des restaurants, livrer des pizzas, ou cherchent désespérément un emploi.

Bilal, ex-comptable à Alep, a fui la Syrie en 2013 et vit près de Paris. "Ca fait un an que j'ai obtenu le statut de réfugié. Mais je n'ai toujours pas de travail, parce qu'il y a des difficultés avec la langue".

Venant d'Alep, Mohammed, ingénieur, est cuisinier dans un restaurant. Loin de s'apitoyer, il veut rester enthousiaste. "L'Europe pour nous, c'était un rêve totalement inaccessible sous la dictature de Bachar (al-Assad). Maintenant, ça devient une réalité".

"J'ai même des cousins qui vivent depuis des années dans les pays du Golfe. Aujourd'hui, ils songent à partir pour venir en Europe".

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