Afghanistan : les talibans aux portes de Kunduz, verrou stratégique du nord

Des forces afghanes patrouillent le 30 avril 2015 à Kunduz, dans le nord du pays, où les talibans ont lancé une vaste offensive [SHAH MARAI / AFP/Archives] Des forces afghanes patrouillent le 30 avril 2015 à Kunduz, dans le nord du pays, où les talibans ont lancé une vaste offensive [SHAH MARAI / AFP/Archives]

Les talibans affrontent lundi les forces afghanes aux portes de Kunduz, grande ville stratégique du nord de l'Afghanistan, au moment où d'autres insurgés, liés à l'Etat islamique, commencent à défier eux aussi les troupes gouvernementales dans le pays.

 

Ces offensives concomitantes de deux mouvements islamistes aux objectifs dissemblables poussent dans leurs retranchements le gouvernement d'union nationale du président Ashraf Ghani, arrivé au pouvoir il y a tout juste un an, ainsi que sa police et son armée.

L'armée afghane, surmenée, ne peut guère plus compter sur l'appui des troupes étrangères de l'Otan, qui a retiré ses troupes de combats du pays en décembre dernier et n'y maintient plus que 13.000 soldats cantonnés à des missions de conseil et formation.

Lundi matin, les troupes afghanes affrontaient les rebelles talibans dans les faubourgs de Kunduz, ville située à moins de 100 km de la frontière avec le Tadjikistan et capitale d'une province où la rébellion a progressé ces dernières années.

Ce n'est pas la première fois que ce verrou stratégique est menacé par les talibans cette année: en avril puis en juin, ils étaient parvenus à quelques kilomètres de la ville avant d'être repoussés.

Selon un collaborateur de l'AFP sur place, la ville est déserte et les habitants se terrent chez eux.

"Les forces de sécurité parviennent à repousser" les insurgés, dont 20 ont été tués, a assuré dans la matinée à l'AFP Sayed Sarwar Hussaini, porte-parole de la police de la province de Kunduz.

"La situation est critique", a toutefois déclaré un employé d'une ONG occidentale à Kunduz qui a souhaité garder l'anonymat.

La chute de la ville serait un grave revers pour Ashraf Ghani qui avait promis, lors de son élection en 2014, de ramener la paix dans son pays, déchiré par plus de 30 ans de conflits, dont près de 14 avec les talibans, chassés du pouvoir par les Occidentaux à la fin 2001.

Malgré un grave conflit interne sur la succession de leur figure tutélaire, le mollah Omar, les talibans continuent de commettre régulièrement des attentats et d'affronter l'armée et la police dans une bonne partie du pays. Les forces afghanes et leurs supplétifs locaux sont de leur côté parfois également accusés d'exactions sur les populations locales.

Des milices afghanes, le 13 mai 2015, près de Kunduz, une ville stratégique du nord de l'Afghanistan, où elles répondent à une vaste offensive des talibans [NASIR WAQIF / AFP/Archives]
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Des milices afghanes, le 13 mai 2015, près de Kunduz, une ville stratégique du nord de l'Afghanistan, où elles répondent à une vaste offensive des talibans
 

Quant aux premiers pourparlers de paix directs entamés par les rebelles avec Kaboul en juillet, ils ont été reportées sine die après l'annonce de la mort du mollah Omar, qui serait décédé début 2013, et son remplacement controversé par le mollah Akhtar Mansour.

Zabihullah Mujahid, porte-parole habituel des talibans, a confirmé à l'AFP que son mouvement était à l'origine de l'offensive de Kunduz. En revanche, les insurgés ont pris leurs distances avec l'attentat commis dimanche soir en Paktika contre un match de volley-ball, qui a tué de nombreux civils.

L'attaque, perpétrée "au bord du terrain" à l'aide d'explosifs placés sur une moto, a fait 13 morts, dont 7 enfants, et 33 blessés, selon les autorités de Paktika, une région frontalière du Pakistan considérée comme un bastion du réseau Haqqani, une des branches les plus dures des talibans.

 

L'EI en embuscade

Mais l'armée et la police afghanes doivent aussi faire face à la menace grandissante de l'organisation de l'Etat islamique (EI).

Dimanche, des militants se réclamant de l'EI ont lancé une de leurs premières vastes offensives contre la police afghane dans la province de Nangarhar, tuant au moins deux d'entre eux.

Jusqu'ici, l'EI s'attachait à combattre les talibans, mais cette offensive d'un nouveau genre marque une étape de plus dans les efforts des insurgés pour s'implanter dans la "province du Khorasan", une zone qui engloberait l'Afghanistan et des pays limitrophes dans le cadre du "califat mondial" que l'EI compte créer.

"Nangarhar est une province stratégique pour l'Afghanistan et l'EI veut contrôler le trafic d'opium" qui passe dans la région, a déclaré à l'AFP Atiqullah Amarkhaïl, un général en retraite.

L'émergence de l'EI inquiète l'ONU qui, dans un rapport écrit en juin et publié vendredi, a noté une "expansion virale de la marque Etat islamique" en Afghanistan.

Les combattants qui se réclament de l'EI sont souvent d'anciens talibans déçus par leur direction, et notamment du fait qu'elle leur a caché pendant longtemps la mort du mollah Omar.

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