Burkina Faso : le putsch terminé, l'armée reste divisée

Un soldat burkinabè se tient devant des lance-roquettes du régiment de la garde présidentielle, le RSP, le 26 septembre 2015 au camp militaire Guillaume Ouedraogo de Ouagadougou [SIA KAMBOU / AFP] Un soldat burkinabè se tient devant des lance-roquettes du régiment de la garde présidentielle, le RSP, le 26 septembre 2015 au camp militaire Guillaume Ouedraogo de Ouagadougou [SIA KAMBOU / AFP]

Avec le putsch raté du 17 septembre au Burkina Faso, l'armée a connu un véritable séisme qui a débouché sur la dissolution de l'unité d'élite putschiste et l'émergence d'une jeune garde qui a forcé la main à l'état-major pour ranger l'armée du côté de la population.

 

Une image a été particulièrement symbolique de la crise qui a vu le Régiment de sécurité présidentielle (RSP), ancienne garde prétorienne de Blaise Compaoré, chassé par la rue après 27 ans de pouvoir en octobre 2014, tenter de faire dérailler la transition. Le 22 septembre au soir, quatre officiers loyalistes et un officier du RSP ont signé chez le Mogho Naaba, roi des Mossis, l'ethnie majoritaire au Burkina Faso, un "accord pour éviter l'affrontement" qui sonnait le glas du putsch.

A la sortie, un des officiers loyalistes a mis son bras sur les épaules du commandant Abdoul Aziz Korogo du RSP pour le consoler et les deux hommes, marchant côte à côte enlacés ont ainsi disparu dans la nuit noire autour du palais mal éclairé. Les deux militaires sont des "promotionnaires" issus du Prytanée militaire de Kadiogo, surnommé PMK, qui forme les officiers burkinabè.  Les commandants de corps à l'origine de l'échec du putsch sont aussi majoritairement des "promotionnaires" du PMK dont l'hymne affirme : "Il était le lieu où la nation plaça des hommes forts et de conscience". Répartis à travers le pays, ces officiers ont communiqué entre eux et décidé de refuser le coup alors que les chefs des régions militaires et l'état-major restaient dans une neutralité gênante.

Mogho Naaba Baongho, roi des Mossis, l'ethnie majoritaire au Burkina Faso, reçoit le président de la Transition burkinabè dans son palais de Ouagadougou, le 27 septembre 2015 [OUOBA AHMED / AFP]
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Mogho Naaba Baongho, roi des Mossis, l'ethnie majoritaire au Burkina Faso, reçoit le président de la Transition burkinabè dans son palais de Ouagadougou, le 27 septembre 2015

Bien sûr, l'armée, forte de 13.000 hommes, n'a pas réprimé les manifestations de province où la mobilisation des populations a été forte notamment à Bobo Dioulasso deuxième ville du pays, mais les haut-gradés empêtrés dans le respect de la chaîne de commandement - et dont certains sont passés par le RSP ou sont amis avec leurs membres - ont choisi l'attitude "des singes de la sagesse" (ne rien entendre, ne rien voir, ne rien dire), selon une source sécuritaire. "C'était la grande muette".

Le général Gilbert Diendéré, le 17 septembre 2015 au palais présidentiel à Ouagadougou [AHMED OUOBA / AFP/Archives]
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Le général Gilbert Diendéré, le 17 septembre 2015 au palais présidentiel à Ouagadougou
 

 

Un peu à la manière des "Jeunes Turcs" sous l'empire ottoman - mouvement qui était né dans une école militaire - les "promotionnaires" ont entraîné derrière eux des capitaines, des sous-officiers puis la troupe pour converger vers Ouagadougou et faire échec au coup en proposant une armée loyaliste prête à en découdre avec les putschistes. Ces officiers ont fait bouger l'armée loyaliste mais ils ont aussi ouvert le canal de négociation avec les putschistes comme l'a reconnu le chef d'état-major, le général Pingrenoma Zagré: "De jeunes officiers ont pu à travers des concertations formuler des propositions qui ont permis une certaine confiance au sein du RSP". Le chef d'état-major a aussi justifié leur action dans sa première déclaration officielle après la fin du putsch et la réinstallation du président Michel Kafando: "Je voudrais saluer l'engagement patriotique individuel et collectif des officiers, sous-officiers, militaires du rang" qui étaient "préoccupés par la situation des populations".

 

Nombreuses mutineries

La vieille garde conservera-t-elle son autorité sur les promotionnaires qui sont passés au-dessus d'elle ? D'un point de vue strictement militaire, ces derniers se sont presque comportés comme des mutins même si la population demandait à l'armée d'intervenir et l'a encouragée sur son passage vers Ouagadougou.

Le président par intérim du Burkina Faso, Michel Kafando, à Ouagadougou le 25 septembre 2015 [Sia Kambou / AFP/Archives]
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Le président par intérim du Burkina Faso, Michel Kafando, à Ouagadougou le 25 septembre 2015
 

Ce n'est pas le première fois que la base n'est pas en phase avec la haute hiérarchie. Il y a eu des mutineries en 1999, 2006 et surtout 2011 où la quasi-totalité des garnisons y compris le RSP s'étaient soulevées, même si l'armée a toujours été l'épine dorsale du régime de Blaise Compaoré, lui-même militaire de carrière.L'armée burkinabè, qui jouit d'une bonne réputation en Afrique avec de nombreuses interventions sous la bannière des Nations Unies, va donc certainement évoluer.

Avec des officiers compétents et un matériel fourni, le RSP qui était un de ses corps d'élite avec le Régiment Para-Commando (formé, soutenu et armé par les Etats-Unis) était une exception au sein d'une armée qui est loin d'avoir les mêmes standards.Les effectifs du RSP ont été réaffectés et son matériel va être dispersé. "J'aurais préféré que le RSP soit relocalisé dans le Nord (frontalier du Mali et du Niger) dans une région proche des jihadistes, avec le Nigeria et Boko Haram pas très loin", souligne un observateur.Le Mogho Naaba, qui a pesé dans les négociations entre loyalistes et putschistes, a lui émis dimanche une recommandation: "Qu'elle soit une armée républicaine et unifiée. L'armée dans les casernes". La tension est cependant remontée d'un cran lundi, le gouvernement de transition accusant l'ancien chef putschiste Gilbert Diendéré et certains membres de l'ex-RSP de faire de la résistance en refusant de désarmer.

 

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