Portugal : l'austérité soumise au verdict des urnes

Vue générale du Parlement portugais où les députés du parti socialiste se lèvent pour voter, au palais Sao Bento de Lisbonne, le 25 mars 2010 [Francisco LEONG / AFP/Archives] Vue générale du Parlement portugais où les députés du parti socialiste se lèvent pour voter, au palais Sao Bento de Lisbonne, le 25 mars 2010 [Francisco LEONG / AFP/Archives]

Eprouvés par quatre ans d'austérité, les Portugais voteront dimanche sans enthousiasme, hésitant entre un nouveau mandat pour la coalition sortante de centre droit, garante de la discipline budgétaire, et le changement, certes modéré, promis par l'opposition socialiste.

 

Inimaginable encore il y a quelques mois, l'alliance entre le Parti social-démocrate (PSD, centre droit) et le CDS (droite) emmenée par le Premier ministre Pedro Passos Coelho, 51 ans, a fait un retour fracassant dans les sondages dont la plupart la placent en tête.

Après une campagne sous haute tension, la coalition sortante est créditée de 35,5% à 40,3% des intentions de vote contre 31,8% à 36% au Parti socialiste, dirigé par l'ancien maire de Lisbonne, Antonio Costa, 54 ans.

L'issue des élections législatives reste très incertaine, d'autant qu'un électeur sur cinq se dit encore indécis.

Et aucun des deux camps ne semble en mesure de dégager une majorité absolue. D'où un risque de blocage politique particulièrement malvenu pour un pays qui est sorti l'an dernier d'un plan de sauvetage financier.

"L'absence d'une majorité absolue, liée à un manque de direction claire, pourrait être un signal négatif pour les marchés", prévient Paula Carvalho, économiste à la banque portugaise BPI.

 

Pas de Syriza en vue

"Après la crise, l'heure est désormais à la reprise économique, ce qui joue en faveur de la coalition gouvernementale", commente à l'AFP le politologue José Antonio Passos Palmeira.

Elu en juin 2011, Pedro Passos Coelho, un centriste libéral, se targue d'avoir sorti le Portugal d'une des pires crises de son histoire.

A son arrivée au pouvoir, le pays était au bord du défaut de paiement. Son prédécesseur, le socialiste José Socrates, venait de solliciter une aide de 78 milliards d'euros à l'Union Européenne et au Fonds monétaire international (FMI).

Aujourd'hui, après une cure de rigueur sans précédent alliant hausses d'impôts et coupes dans les salaires, l'économie a renoué avec la croissance, et le taux de chômage a fondu à 12%, après un pic de 17,5% début 2013.

Mais l'embellie tarde à profiter à la population, et près d'un Portugais sur cinq continue à vivre sous le seuil de pauvreté, avec moins de 5 000 euros par an.

Malgré l'ampleur des sacrifices infligés aux Portugais, le pays n'a vu émerger aucun parti contestataire susceptible de chambouler l'échiquier politique traditionnel, à l'instar de la Grèce ou de l'Espagne.

 

Risque d'instabilité

La crise grecque, suivie à la loupe par les Portugais, pourrait au contraire donner un coup de pouce électoral à la majorité de droite.

"La tentative du parti grec Syriza de mettre fin à l'austérité a échoué. Du coup, l'électeur portugais se dit qu'il n'y a pas vraiment d'alternative", explique M. Passos Palmeira.

Si Antonio Costa propose de "tourner la page de l'austérité" et de stimuler la croissance en redonnant du pouvoir d'achat aux ménages, il a promis de respecter les règles budgétaires européennes.

Il a aussi tenu à se démarquer du lourd héritage de l'ancien Premier ministre José Socrates (2005-2011), dont la mise en examen pour corruption et blanchiment d'argent en novembre 2014 a ébranlé le parti socialiste.

Au plus fort de la campagne, il a toutefois radicalisé son discours, au risque de s'aliéner les électeurs du centre, en prévenant qu'il empêcherait le vote du budget en cas de victoire de la droite.

Ce qui a fait dire à son adversaire, Pedro Passos Coelho, qu'une telle attitude "engendrerait une instabilité pouvant déboucher sur de nouvelles élections dans très peu de temps".

Un scénario redouté par la coalition, car le PS pourrait faire obstacle à un éventuel gouvernement minoritaire de droite en faisant cause commune avec le Parti communiste et le Bloc de gauche, parti frère de Syriza, qui totalisent environ 15% des voix.

Mais même devant une course si serrée et décisive pour l'avenir du pays, les Portugais ne semblent pas près de se mobiliser. Le risque d'une forte abstention, comme en 2011 (41,9%), persiste.

"Je ne vote plus pour personne. Ce sont toujours les mêmes partis, les mêmes promesses, et rien ne bouge", confie, désabusé, Herminio Batista, un retraité de 72 ans.

 

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