Migrants : l'Europe au chevet d'une Slovénie débordée

Des policiers solvènes enregistrent les migrants à  bord d'un bus le 21 octobre 2015 à Brezice en Solvénie [- / AFP] Des policiers solvènes enregistrent les migrants à bord d'un bus le 21 octobre 2015 à Brezice en Solvénie [- / AFP]

Le commissaire européen aux Migrations, le Grec Dimitris Avramopoulos, est attendu jeudi en Slovénie pour évaluer les besoins de ce petit pays des Balkans "dépassé" par l'arrivée de milliers de migrants. Plus de 12 000 personnes ont été accueillies ont annoncé les autorités slovènes.

L'Union européenne est appelée à l'aide par Ljubljana : avec l'installation de clôtures anti-migrants par la Hongrie, la Slovénie devient, avec la Serbie et la Croatie, l'un des principaux pays de transit des réfugiés vers le nord de l'Europe et elle tente, avec difficulté, d'organiser leur transit sur son territoire.

Le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, a reconnu "les problèmes énormes (...) presque existentiels" qu'affronte "l'un des Etats membres les plus exigus de l'UE", la Slovénie et ses deux millions d'habitants qui ont vu entrer près de 34 131 migrants sur leur territoire depuis samedi.

12 600 migrants en 24 heures, un record

En 24 heures, ce sont plus de 12 600 migrants qui sont sont arrivés en Slovénie, a annoncé la police slovène jeudi, soit un record dépassant même ceux enregistrés en Hongrie au plus fort de la crise en septembre. Le 23 septembre, la Hongrie, qui a depuis fermé ses frontières, avait dénombré un nombre record de 10.046 arrivées en une journée.

Un mini-sommet a été convoqué avec les dirigeants des pays européens confrontés à l'exode persistant de milliers de migrants et réfugiés.

Les chefs d'Etat et de gouvernement d'Autriche, de Bulgarie, de Croatie, d'Allemagne, de Grèce, de Hongrie, de Roumanie, de Macédoine, de Serbie et de Slovénie se retrouveront dimanche à Bruxelles pour tenter de coordonner leur action face à une "situation d'urgence" dans les Balkans, a indiqué la Commission européenne.

L'affluence dans les centres slovènes rendait la situation précaire. A Brezice, près de la frontière croate, un feu d'origine inconnu a détruit 27 tentes collectives, soit la majorité des hébergements du camp prévu pour 400 migrants, et qui, ces derniers jours, en a reçu jusque 4 000. Rapidement maîtrisé, l'incendie n'a pas fait de blessé mais a provoqué un début de panique.

Des brasiers de fortune sont allumés par les migrants pour se réchauffer, mais aussi pour protester contre l'attente, selon les médias slovènes.

Réfugiés et migrants attendent sur une route d'être transférés dans un camp de transit à la frontière avec la Solvénie le 21 octobre à Bapska en Croatie  [ELVIS BARUKCIC / AFP]
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Réfugiés et migrants attendent sur une route d'être transférés dans un camp de transit à la frontière avec la Solvénie le 21 octobre à Bapska en Croatie
 

La tension est également brièvement montée à la frontière avec l'Autriche que plus d'un millier de personnes ont traversée à pied, en lieu et place des autobus prévus, croyant sans doute, selon l'hypothèse de la police, être arrivées en Allemagne. L'Allemagne a dit ne pas exclure le recours à des avions militaires afin d'expulser les migrants ne répondant pas aux critères du statut de réfugié.

Après avoir fait voter une extension des prérogatives de l'armée permettant aux soldats d'aider la police sur les 670 km de frontière bordant la Croatie et délimitant l'espace Schengen, le gouvernement slovène souhaite amender la loi pour pouvoir mobiliser les policiers à la retraite.

"Europe qui se nombrilise"

"Police et protection civile sont aux limites de leurs capacités", selon le porte-parole du gouvernement Bojan Sefic.

A la porte d'entrée de l'UE, en Grèce, où des milliers de migrants accostent sur des embarcations de fortune depuis les côtes turques, le nombre d'arrivées a connu une nouvelle accélération ces derniers jours. Selon l'ONU, quelque 502 000 personnes ont emprunté cette route depuis janvier, soit la grande majorité des entrées de migrants dans l'UE (643 000 au total).

Et la Turquie dit se préparer à un nouvel afflux de réfugiés à sa frontière avec la Syrie après l'offensive menée dans le nord du pays par les forces du régime appuyées par l'aviation russe.

L'UE, confrontée à la pire crise migratoire depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, est divisée sur la façon de répondre à cet exode.

Illustration de ces divisions: les partis conservateurs de l'Union européenne réunis mercredi et jeudi à Madrid ont appelé au renforcement des frontières extérieures de l'Europe. "Nous ne pouvons pas accepter l'ensemble de la misère du monde", a plaidé Joseph Daul, président du Parti populaire européen qui regroupe ces partis conservateurs.

Au même moment, Jean-Claude Juncker dénonçait "une Europe qui se +nombrilise+, (...) qui se ferme aux espoirs et à l'attente des autres", avouant même "presque de pleurer" devant le "long cortège de réfugiés qui rappelle les images de la fin de la deuxième guerre".

"La route a été très difficile partout où nous sommes passés. C'était souvent fermé, on attendait sous la pluie, il faisait très froid (...). L'Europe est notre espoir", confiait Feras Faisal, 31 ans, un ingénieur dans l'industrie pétrolière juste après son entrée en Croatie avec sa famille.

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