Elections locales en Colombie

Une Colombienne s'apprête à voter pour des élections locales, à Bogota le 25 octobre 2015 [LUIS ACOSTA / AFP] Une Colombienne s'apprête à voter pour des élections locales, à Bogota le 25 octobre 2015 [LUIS ACOSTA / AFP]

Les Colombiens votaient dimanche pour désigner des élus locaux, qui pourraient être les premiers à devoir mettre en pratique les accords de paix que le gouvernement espère signer avant mars avec la guérilla des Farc.

"J'espère que nous allons voter en paix et que ce soit la dernière élection, la dernière, après 50 ans de guerre, pour laquelle nous devions nous rendre aux urnes sur fond de conflit armé", a déclaré le président de centre-droit Juan Manuel Santos après avoir déposé son bulletin dans l'urne. La mairie de Bogota est un autre des enjeux de ce scrutin local, le premier depuis le début, en novembre 2012 à Cuba, des pourparlers de paix entre le gouvernement de M. Santos, réélu l'an dernier, et les Forces armées révolutionnaires de Colombie (Farc, marxistes), première guérilla du pays avec environ 7.000 combattants.

Quelque 34 millions d'électeurs sont appelés à désigner, pour quatre ans, les gouverneurs et députés des 32 départements du pays, ainsi que les maires et conseillers municipaux des 1.102 communes.Ceux qui "vont être élus seront responsables de cette transition d'un pays en guerre à un pays en paix", avait déclaré la veille le chef de l'Etat, soulignant que "la paix va vraiment se construire dans les régions".

Le gouvernement et les Farc ont convenu en septembre de signer un accord de paix définitif d'ici le 23 mars pour mettre fin à une guerre complexe. Et l'équipe de M. Santos a entamé en janvier un "dialogue exploratoire" à des négociations avec l'Armée de libération nationale (ELN, guévariste), seconde guérilla avec environ 2.500 hommes.Ce conflit qui, au fil des décennies, a impliqué insurrections paysannes, guérillas d'extrême gauche, paramilitaires d'extrême droite, forces armées et narcotrafiquants, a fait au moins 220.000 morts, six millions de déplacés et des dizaines de milliers de disparus. Le ministre de la Défense, Luis Carlos Villegas, a assuré dimanche que ces élections sont celles où a été enregistrée "la plus forte réduction de faits de violence" avec une diminution de 43% des actes criminels contre des candidats et des électeurs par rapport au précédent scrutin en 2011.

La gauche menacée à Bogota

La bataille pour Bogota, mandat le plus important du pays après la présidence de la République, a été un autre point fort de la campagne. Selon les sondages, la gauche, très critiquée notamment pour l'insécurité et le chaos des transports dans cette capitale de huit millions d'habitants dépourvue de métro, pourrait perdre ce bastion qu'elle détient depuis 12 ans en dépit de scandales de corruption. Enrique Peñalosa, ancien maire et ex-candidat présidentiel de centre-droit, pourrait succéder à Gustavo Petro, ex-guérillero du M-19 (dissout). L'ancien ministre Rafael Pardo du Parti libéral et Clara Lopez du Pôle démocratique (gauche), qui fut aussi candidate à la présidence, se disputent la deuxième place, toujours selon les sondages. Loin derrière: Francisco Santos, du Centre démocratique de l'ex-président et sénateur Alvaro Uribe, féroce opposant au processus de paix.

A Medellin, deuxième ville du pays avec 2,5 millions d'habitants, le poulain de M. Uribe, Juan Carlos Velez, est en revanche donné favori. A Cali, l'ancien vice-président Angelino Garzon se place en tête, talonné par un chef d'entreprise, Maurice Armitage, toujours selon les sondages. Le ministère de la Défense, qui a déployé 400.000 policiers et militaires, a assuré que ce scrutin se déroulerait dans une atmosphère plus pacifiée que par le passé, les Farc observant une trêve unilatérale depuis juillet.

Dimanche, le ministre a tout de même fait état de l'interpellation de "115 personnes dans le cadre du processus électoral" et de la saisie d'une quarantaine d'armes, dont deux mitraillettes M60, 11 grenades et des mines anti-personnel. Le Comité national électoral avait préalablement répertorié quelque 150 cas de menaces envers des candidats, et l'ONG Mission d'observation électorale six candidats assassinés et un disparu pendant la campagne.

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