Dix ans après s'être égarée, une jeune Indienne est de retour chez elle

Une jeune femme indienne sourde et muette, Geeta, le 26 octobre 2015 à son arrivée à New Delhi après avoir passé plus de 10 ans au Pakistan [SAJJAD HUSSAIN / AFP] Un test ADN doit être pratiqué pour confirmer qu'il s'agit bien de sa famille. [SAJJAD HUSSAIN / AFP]

Une jeune Indienne sourde et muette, qui s'est retrouvée au Pakistan après s'être égarée, est retournée lundi en Inde, où elle pense avoir identifié sa famille, après une décennie de recherches et un film inspiré par son histoire.

La jeune femme, baptisée Geeta par l'organisation caritative pakistanaise qui l'a hébergée, est arrivée tout sourire à l'aéroport de New Delhi, où elle a été accueillie par des bouquets de fleurs. "Nous sommes ravis de la voir. L'attente a été longue. Nous remercions les deux pays pour leurs efforts afin de réunir la famille", a déclaré Vinod Kumar, se présentant comme son frère, pendant qu'il patientait à l'aéroport.

"Une fille du pays rentre chez elle", s'est réjouit le porte-parole du ministère indien des Affaires étrangères, après une affaire qui a été l'occasion d'une rare collaboration entre les frères ennemis indien et pakistanais.

Lorsqu'elle avait été retrouvée il y a plus de dix ans par la police à Lahore, dans l'est du Pakistan, Geeta n'avait pu indiquer son identité ni le lieu d'où elle venait.

Sans papiers, elle se trouvait à bord d'un train en provenance de l'Inde après avoir traversé, probablement par inadvertance, l'une des frontières les plus militarisées au monde. Seule et désorientée, elle a été accueillie à Karachi dans un foyer de la plus grande organisation caritative pakistanaise, la fondation Edhi. Elle serait aujourd'hui âgée d'une vingtaine d'années.

Un test ADN va être réalisé

Après nombre de faux espoirs, elle a finalement identifié sur des photos une famille de l'Etat du Bihar comme étant la sienne. "C'est mon père, et mon jeune frère", a indiqué Geeta à l'AFP cette semaine à Karachi, pointant du doigt un cliché encadré, qu'elle garde précieusement. S'exprimant dans un mélange de langage des signes et d'expressions faciales, elle était confiante, ne semblant avoir aucun doute sur le fait que cette famille soit bien la sienne.

Mais des questions demeurent. La famille qu'elle a reconnue assure que sa fille perdue était mariée et avait un enfant lorsqu'elle a disparu -- or il est estimé que Geeta n'avait qu'onze ou douze ans lorsqu'elle a été retrouvée.

"Elle est sûre qu'il s'agit de son père et de ses frères, mais elle fera un test ADN en Inde avant d'être confiée à la famille", a précisé Bilqees Edhi, matriarche de la famille Edhi, qui s'est occupée de Geeta à l'orphelinat et l'a accompagnée jusqu'en Inde.

Son histoire portée à l'écran

Ces retrouvailles sont l'épilogue de dix longues années de recherches. Les choses se sont accélérées lorsqu'en août, Bollywood a porté à l'écran une odyssée symétrique à la sienne: celle d'une jeune Pakistanaise muette qui se retrouve coincée en Inde. "Bajrangi Bhaijaan", avec les acteurs vedettes Salman Khan et Kareena Kapoor, a caracolé en tête du box office.

Geeta s'est retrouvée sous les projecteurs, et le gouvernement indien s'est engagé à la faire rentrer chez elle. De nombreuses familles lui ont été présentées, jusqu'à ce que la jeune fille assure reconnaître la sienne au début du mois.

Un retour polémique

Vendredi, le ministère indien des Affaires étrangères a rejeté les critiques concernant un retour hâtif, les liens de sang n'ayant pas encore été établis.

Les autorités indiennes ont assuré que si les tests ADN montraient qu'il n'y avait pas de lien de parenté entre Geeta et la famille du Bihar, elle serait accueillie en Inde dans une "institution adaptée".

Geeta, elle, a rempli ses trois valises de cadeaux pour ses proches: des bracelets de verre pour sa belle-mère, des fruits secs pour ses frères, et des vêtements. Ainsi qu'une longue jupe turquoise et une tunique écarlate qu'elle prévoit de porter pour diwali, la fête hindoue célébrée en novembre.

"Nous sommes tristes qu'elle parte, mais nous sommes heureux qu'elle rejoigne ses parents et leurs proches", assure Saba Ehi, une autre membre de la famille Edhi, à l'AFP.

 

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