Hébron de nouveau théâtre d'attentats au couteau

Des Palestiniens armés de fronde à Hébron le 29 octobre 2015 [HAZEM BADER / AFP] Des Palestiniens armés de fronde à Hébron le 29 octobre 2015 [HAZEM BADER / AFP]

Hébron a de nouveau été jeudi le théâtre d'attentats au couteau dont deux auteurs palestiniens ont été abattus par les forces israéliennes, et qui font de la grande ville du sud de la Cisjordanie l'abcès de fixation d'un mois de violences.

Alors que les tensions semblent diminuer ailleurs en Cisjordanie occupée, à Jérusalem et en Israël, le centre d'Hébron et les environs de la ville voient se succéder quotidiennement les agressions à l'arme blanche de jeunes Palestiniens contre des soldats, des garde-frontières et des colons israéliens. S'y déroulent aussi des affrontements entre lanceurs de pierres d'une vingtaine d'années et forces israéliennes.

Mahdi Al Mohtaseb, 23 ans, et Farouq Sider, 19 ans, sont les derniers Palestiniens en date à avoir agressé à l'arme blanche deux membres des forces de sécurité israéliennes et à être abattus, selon les forces israéliennes. Au moins cinq autres jeunes ont été tués ces derniers jours après avoir agressé ou tenté d'agresser des soldats israéliens, selon les forces israéliennes, à proximité immédiate ou non loin du tombeau des Patriarches, révéré par les musulmans et les juifs et symbole de la partition de la ville.

Des soldats israéliens fouillent un Palestinien près de la colonie juive de Beit Hadassah, au centre d'Hébron, le 29 octobre 2015 [MENAHEM KAHANA / AFP]
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Des soldats israéliens fouillent un Palestinien près de la colonie juive de Beit Hadassah, au centre d'Hébron, le 29 octobre 2015
 

Des dizaines de lanceurs de pierres ont affronté les soldats dans la journée. Quatre personnes ont été blessées à balles réelles ou caoutchoutées, selon des sources médicales. Des heurts, journaliers depuis des semaines, ont été rapportés de Bethléem et Ramallah.

Hébron, bastion du mouvement islamique Hamas, est une poudrière où 500 colons vivent parmi les Palestiniens derrière miradors et barbelés sous haute protection de l'armée. Aux alentours d'Hébron, le conflit est permanent entre Palestiniens et Israéliens de colonies comme Kyriat Arba.

"Ségrégation presque totale"

A une dizaine de kilomètres au nord d'Hébron, l'armée a décidé de tenir le plus possible les Palestiniens à l'écart des populations juives du bloc de colonies du Goush Etsion, autre zone tendue, rapportait le site d'information Ynet en parlant de "ségrégation presque totale".

Des Palestiniens brûlent des pneus lors d'affrontements avec les forces de l'ordre israéliennes le 29 octobre 2015 à Hébron [HAZEM BADER / AFP]
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Des Palestiniens brûlent des pneus lors d'affrontements avec les forces de l'ordre israéliennes le 29 octobre 2015 à Hébron
 

Depuis quatre semaines, les heurts et une série d'attentats anti-israéliens ont fait 63 morts (dont un Arabe israélien) côté palestinien et neuf côté israélien dans les Territoires, à Jérusalem et en Israël. La moitié des Palestiniens tués ont été abattus en commettant des attentats.

La jeunesse palestinienne est exaspérée par les vexations liées à l'occupation israélienne, la poursuite de la colonisation, l'absence de toute perspective personnelle et le discrédit des autorités et partis palestiniens. L'esplanade des Mosquées à Jérusalem, symbole national et religieux pour les Palestiniens, a catalysé la protestation.

A Hébron, elle a été renforcée ces derniers jours par le refus des autorités israéliennes de restituer à leur famille les corps des auteurs d'attentat.

Des soldats israéliens, près du corps d'un Palestinien qui avait tenté de poignarder un soldat dans la colonie juive de Beit Hadassah, au centre d'Hébron, le 29 octobre 2015 [MENAHEM KAHANA / AFP]
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Des soldats israéliens, près du corps d'un Palestinien qui avait tenté de poignarder un soldat dans la colonie juive de Beit Hadassah, au centre d'Hébron, le 29 octobre 2015
 

Cette disposition fait partie des mesures annoncées par le gouvernement israélien début octobre, qui a aussi décidé d'accélérer le rythme des démolitions de maisons d'auteurs d'attentats.

La Cour suprême israélienne a examiné jeudi les recours déposés contre la démolition de six maisons et devrait se prononcer dans les prochains jours.

Solution à un Etat

L'implication de la justice irrite vivement une grande partie de la droite, qui accuse les juges de freiner la répression. Le Premier ministre Benjamin Netanyahu, à la tête de l'un des gouvernements les plus à droite de l'histoire, a évoqué à huis clos récemment l'idée d'une cour spéciale qui traiterait des affaires terroristes et pourrait statuer plus favorablement sur les démolitions ou les détentions sans inculpation, rapportait le quotidien Haaretz.

Le secrétaire d'Etat américain John Kerry, lors d'un déplacement à Amman, en Jordanie, le 24 octobre 2015 [CARLO ALLEGRI / POOL/AFP/Archives]
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Le secrétaire d'Etat américain John Kerry, lors d'un déplacement à Amman, en Jordanie, le 24 octobre 2015
 

Le secrétaire d'Etat américain John Kerry a réaffirmé mercredi à Washington la nécessité de reprendre des négociations qui mèneraient à un Etat palestinien coexistant avec Israël (solution dite "à deux Etats"). Mais il a reconnu en creux que la situation ressemblait de plus en plus à une solution à un seul Etat, israélien, où vivraient les Palestiniens.

Les deux Etats restent "la seule alternative viable. Quiconque pense le contraire peut mesurer à quoi ressemble un Etat unitaire rien qu'en regardant ce qui s'est passé ces dernières semaines", a-t-il dit.

A La Haye, le Premier ministre palestinien Rami Hamdallah a lui aussi défendu la solution à deux Etats et a accusé Israël d'être responsable des violences. Il a aussi été le premier dirigeant palestinien à condamner aussi clairement les violences actuelles contre les civils, y compris israéliens: "Nous sommes contre tous les meurtres et nous condamons tous les meurtres de tous les civils".

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