Mathieu Guidère : «Avec Daesh, on en a pour vingt ans»

Mathieu Guidère est spécialiste du monde arabe. Mathieu Guidère est spécialiste du monde arabe. [©BALTEL/SIPA]

Alors que la coalition internationale intensifie ses frappes contre Daesh, le spécialiste du monde arabe Mathieu Guidère analyse les suites possibles d'une victoire occidentale. 

En quoi la lutte contre Daesh est-elle difficile aujourd’hui ?
 
Vaincre militairement cette organisation, avec des actions au sol, n’est pas impossible. Mais la question qui se pose derrière est la fragmentation à venir de l’organisation. En coupant la tête du monstre, il va y avoir une vingtaine d’autres petits monstres qui vont éclore par la suite. Quand le groupe dominant explose, il y a des survivants, et la plupart du temps ce sont les plus radicaux. A la mort de Ben Laden, on a pu se dire : «C’est bien, on a tué le méchant.» Mais regardons où nous en sommes aujourd’hui.
 
Au-delà d’un groupe, est-ce un concept qu’il faut éliminer ?
 
A la fin des années 1980, Ben Laden avait remis au goût du jour le jihad. Il était regardé bizarrement à l’époque, avec sa volonté de ressortir un concept datant du Moyen Age. Mais trente ans plus tard… En 2014, al-Baghdadi a, à son tour, restauré le concept du Califat, lui aussi très ancien. On en a désormais pour vingt ans, puisque des métastases sont désormais éparpillées en plus de l’Irak et de la Syrie, en Egypte, en Libye, au Maghreb…
 
Sans oublier le message qui attire des jeunes du monde entier…
 
Daesh a repris à son compte l’imaginaire des organisations terroristes telles Action directe ou les Brigades rouges, qui disaient lutter contre l’ordre mondial, le capitalisme. Daesh offre à ceux qui y croient cette utopie de pouvoir changer le monde et l’organisation des pays, de participer à la lutte armée. Il est le seul sur ce créneau aujourd’hui.

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