Etats-Unis : l'espion Jonathan Pollard va être libéré

Un juif orthodoxe passe devant une bannière appelant Barack Obama à libérer Jonathan Pollard, le 13 mars 2013 à Jérusalem [AHMAD GHARABLI / AFP/Archives] Un juif orthodoxe passe devant une bannière appelant Barack Obama à libérer Jonathan Pollard, le 13 mars 2013 à Jérusalem [AHMAD GHARABLI / AFP/Archives]

Jonathan Pollard, un juif américain ayant espionné au profit d'Israël, doit sortir vendredi de sa prison aux Etats-Unis, après trente ans d'une réclusion jugée démesurée par l'Etat hébreu, où il est vu par une partie de la population comme un héros national.

L'homme aujourd'hui âgé de 61 ans est resté plusieurs décennies une pomme de discorde majeure entre Israël et l'Amérique, dont les présidents successifs, de Ronald Reagan à Barack Obama, ont toujours refusé sa libération anticipée. Quand il franchira les portes du pénitencier fédéral de Butner, une petite ville de l'Etat de Caroline du Nord, l'ex-brillant analyste de l'US Navy restera soumis à cinq ans d'interdiction de quitter le territoire américain.

Pas question donc pour Pollard de départ en fanfare vers Israël, où nombre d'habitants sont prêts à l'accueillir, le considérant comme un idéaliste ayant sacrifié sa liberté pour la sécurité des Israéliens. Ce n'est pas l'avis de hauts responsables du Pentagone ou de la CIA, qui n'ont jamais digéré les milliers d'informations classées secret-défense que l'espion a livrées contre de l'argent à l'allié stratégique.

Signe que son cas reste sensible, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a, selon la presse locale, demandé à ses ministres de s'abstenir de tout triomphalisme à l'occasion de la libération de Pollard, qui a obtenu la nationalité israélienne en 1995.

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Les avocats du prisonnier ont affiché ces derniers jours une même discrétion, refusant de s'exprimer et de donner des détails sur les intentions de leur client une fois libre.

Un manifestant israélien brandit une affiche appelant à la libération de Jonathan Pollard, à Jérusalem le 11 juillet 2011 [MENAHEM KAHANA / AFP/Archives]
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Un manifestant israélien brandit une affiche appelant à la libération de Jonathan Pollard, à Jérusalem le 11 juillet 2011
 

Un mutisme partagé à la prison de Butner, qui a demandé jeudi aux journalistes de se tenir à l'extérieur de l'enceinte et en refusant de préciser l'heure de sortie prévue de Pollard. Celui-ci aurait fourni l'assurance d'avoir un emploi et un lieu de résidence dans la région new-yorkaise même si, selon ses proches, il désire s'établir en Israël avec Esther Zeitz, une juive canadienne qu'il a épousée en prison.

Diplômé de Stanford, Pollard avait été reconnu coupable en 1987 d'avoir fourni à Israël, de juin 1984 à son arrestation en novembre 1985, des milliers de documents secrets sur les activités d'espionnage des Etats-Unis, principalement dans les pays arabes.

Il aurait ainsi aidé Israël à bombarder en 1985 le QG de l'Organisation de Libération de la Palestine (OLP), alors exilée en Tunisie, et à assassiner le numéro deux de l'OLP, Abou Jihad, à Tunis en 1988.

Mais pour les Etats-Unis, l'espion aux motivations vénales a causé un tort considérable aux intérêts américains, en pleine Guerre froide. Selon certaines sources, Pollard aurait livré à d'autres pays qu'Israël des informations cruciales, qui ont pu finir entre les mains de l'URSS.

Après l'accord iranien

Durant des années, le sort du détenu, devenu une icône de la droite israélienne, a fait l'objet de marchandages liés aux libérations de prisonniers palestiniens ou les négociations de paix israélo-palestiniennes. Mais ces efforts ont toujours buté sur un front du refus à Washington, l'ancien chef de la CIA George Tenet ayant même mis un jour sa démission dans la balance.

Jonathan Pollard a obtenu sa libération conditionnelle quelques jours après l'annonce d'un accord entre les puissances occidentales et Téhéran sur le programme nucléaire iranien. Des observateurs ont alors suggéré qu'il s'agissait d'un geste de compensation de Washington envers Israël.

Mais plusieurs experts consultés par l'AFP écartent cette hypothèse. "Cette libération conditionnelle va peut-être aider aux relations (israélo-américaines) mal en point après l'accord sur l'Iran, mais elle n'en a pas découlé", explique Michael Brenner, directeur du Centre d'études d'Israël à l'American University de Washington.

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