La Turquie abat un avion militaire russe

Photo publiée par l'agence turque Ihlas News le 10 septembre 2013 montrant un véhicule de police à  Hatay, dans le sud de la Turquie [ / IHA/AFP/Archives] Une réunion extraordinaire de l'Otan est prévue dans l'après-midi. [ / IHA/AFP/Archives]

L'armée turque a abattu mardi un avion militaire russe qui avait, selon Ankara, violé son espace aérien près de sa frontière avec la Syrie, un incident jugé «très sérieux» par Moscou et qui a provoqué une brusque montée des tensions entre les deux pays.

Saisie par la Turquie qui en est membre, l'Otan a rapidement annoncé qu'elle tiendrait une «réunion extraordinaire» à 16h00 GMT. «L'Otan suit la situation de près. Nous sommes en contact avec les autorités turques», a indiqué à l'AFP un de ses responsables.

L'appareil russe, un chasseur-bombardier de type Sukhoï Su-24, s'est écrasé dans l'extrême nord-ouest du territoire syrien, an nord de Lattaquié, théâtre depuis plusieurs jours de violents combats entre l'armée fidèle au président Bachar al-Assad, soutenue par l'aviation russe, et des groupes rebelles syriens. Les chaînes de télévision turques ont montré des images de l'avion russe, en feu dans le ciel, et de sa chute dans les montagnes proches de la frontière turque, en face de la province de Hatay (sud de la Turquie).

L'avion russe aurait été averti à plusieurs reprises

Peu de temps après l'incident, la Turquie a justifié son recours à la force. «Un avion russe Su-24 a été abattu conformément aux règles d'engagement après avoir violé l'espace aérien turc malgré les avertissements», ont indiqué à l'AFP des sources à la présidence. Dans une déclaration publiée sur son site internet, l'état-major turc a confirmé que le chasseur-bombardier russe avait été mis en garde «dix fois en l'espace de cinq minutes». «Aux alentours de 09H20 (07H20 GMT), un avion à la nationalité inconnue a violé l'espace aérien turc, en dépit de multiples avertissements. Deux de nos avions F-16 qui patrouillaient dans le secteur sont intervenus», a précisé l'armée.

«Nous avons dans le passé expliqué publiquement nos règles d'engagement militaires et rappelé à nos partenaires que toute violation de notre espace aérien provoquerait la riposte prévue par ces règles», a insisté sous couvert d'anonymat un responsable turc. «Ce n'est pas une action hostile envers tel ou tel pays, nos F-16 ont pris les mesures nécessaires pour protéger la souveraineté nationale turque», a-t-il ajouté à l'AFP.

Un «incident très sérieux», selon la Russie

La Russie a vivement réagi à cet incident, le plus sérieux survenu depuis le début de son intervention militaire aux côtés du régime de Damas il y a deux mois. «C'est un incident très sérieux», a déclaré à des journalistes le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov.

Le ministère russe de la Défense a auparavant catégoriquement démenti les allégations turques selon lesquels son avion était entré dans l'espace aérien turc. Il «se trouvait exclusivement dans l'espace aérien syrien», a-t-il assuré.

Incertitudes sur le sort des pilotes

Selon les médias turcs, les deux pilotes ont réussi à s'éjecter avant le crash. La chaîne d'information CNN-Türk a précisé que l'un d'entre eux avait été capturé sur le territoire syrien par des rebelles non identifiés tandis que des sources de l'opposition syriennes indiquaient qu'un pilote avait été tué et l'autre porté disparu. Moscou n'a pas donné de détails immédiats sur le sort de ses deux militaires.

Depuis le début de l'intervention militaire russe en soutien au président Bachar al-Assad fin septembre, les incidents de frontière se sont multipliés entre Ankara et Moscou. A deux reprises, des chasseurs turcs avaient intercepté des avions militaires russes engagés en Syrie qui avait violé leur espace aérien. L'armée turque avait également abattu le 16 octobre un drone de fabrication russe. «La Russie a depuis quelque temps tiré sur la corde. Je pense que l'engagement de la Russie en Syrie constitue un défi délibéré à la Turquie (...) et à la capacité de la Turquie à jouer un rôle influent dans la région», a commenté à l'AFP Ian Shields, un ancien pilote militaire britannique expert à la Anglia Ruskin University.

Vives tensions entre les deux pays

La tension entre les deux pays s'est encore accrue ces derniers jours, après une série de bombardements russes qui ont, selon Ankara, visé des villages de la minorité turcophone de Syrie. La Turquie a convoqué vendredi l'ambassadeur de Russie pour le mettre en garde contre les «sérieuses conséquences» de cette opération.

Ankara et Moscou s'opposent de longue date sur le dossier syrien. La Russie, avec l'Iran, constitue le dernier soutien du président Bachar al-Assad, dont le président islamo-conservateur Recep Tayyip Erdogan exige le départ immédiat. Le chef de la diplomatie russe Sergueï Lavrov est attendu mercredi à Ankara pour rencontrer les responsables turcs. «Il n'y a pas de changement au programme», a assuré à l'AFP le ministère turc des Affaires étrangères après l'incident.

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