Migrants : la Grèce sous pression

Des migrants arrivent au port du Pyrée, à Athènes, après une traversée depuis les îles de Lesbos et Chios, le 23 janvier 2016 [ANGELOS TZORTZINIS / AFP/Archives] Plusieurs pays exhortent la Grèce à faire des efforts sur le sujet des migrants. [ANGELOS TZORTZINIS / AFP/Archives]

La Grèce faisait face lundi à la pression de ses partenaires européens pour mieux contrôler sa frontière avec la Turquie, principale porte d'entrée des migrants dans l'UE, lors d'une réunion à Amsterdam, également consacrée à la lutte contre le terrorisme.

Sur ce second front, la rencontre informelle des ministres de l'Intérieur de l'UE, sans décision attendue, est également l'occasion pour les 28 d'échanger sur le partage d'informations, principal enjeu du nouveau Centre européen de contre-terrorisme lancé officiellement lundi.

Mais avant d'entamer leurs débats sur ce thème, c'est sur la crise migratoire, qui n'en finit pas d'ébranler l'unité de l'UE, que les ministres se sont surtout exprimés devant les micros tendus à leur arrivée à Amsterdam (Pays-Bas). L'Autriche a mené la charge contre Athènes, qu'elle avait déjà menacée samedi d'"exclusion provisoire" de l'espace Schengen de libre circulation. L'épouvantail n'a pas été agité par d'autres, mais plusieurs ministres ont aussi exhorté la Grèce à faire des efforts.

La ministre autrichienne de l'Intérieur, Johanna Mikl-Leitner, à Bruxelles le 4 décembre 2015 [EMMANUEL DUNAND / AFP/Archives]
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La ministre autrichienne de l'Intérieur, Johanna Mikl-Leitner, à Bruxelles le 4 décembre 2015

 

"C'est un mythe que la frontière gréco-turque ne peut pas être protégée, la marine grecque a suffisamment de capacités pour sécuriser cette frontière", a estimé la ministre autrichienne de l'Intérieur, Johanna Mikl-Leitner. Si la Grèce n'agit pas, "la frontière extérieure de l'Europe va se déplacer vers l'Europe centrale", a averti Mikl-Leitner à son arrivée à la réunion.

Son homologue allemand Thomas de Maizière a également appelé la Grèce à "faire ses devoirs", mais sans employer le même ton ni reprendre à son compte les menaces d'exclusion, juridiquement impossible. "Le fait demeure que nous voulons sauvegarder Schengen, nous voulons des solutions européennes communes, mais le temps est compté", a insisté Thomas de Maizière, estimant que le point clé était une mise en oeuvre rapide de l'accord de l'UE avec la Turquie pour freiner les flux de migrants vers l'Europe.

D'Ankara, où elle est en visite, la chef de la diplomatie européenne Federica Mogherini a affirmé lundi que les trois milliards d'euros promis par Bruxelles à la Turquie pour maintenir les migrants sur son sol, notamment les réfugiés syriens, seraient disponibles "dans un délai raisonnable".

Bientôt un corps européen de gardes-frontières ?

L'Italie et l'Espagne ont également appelé à un renforcement du contrôle des frontières extérieures, mais ont également insisté sur le fait qu'il ne fallait pas "isoler" la Grèce.

Les ministres de l'Intérieur devaient une nouvelle fois discuter lundi de la possibilité d'étendre jusqu'à deux ans les rétablissements de contrôles aux frontières situées à l'intérieur de l'espace de libre circulation de Schengen. La période maximale de ces rétablissements est normalement de six mois.

Ils devaient également débattre de la proposition de la Commission européenne de créer un corps européen de gardes-côtes et gardes-frontières pour reprendre la maîtrise des frontières extérieures de l'Union. Sur le principe, l'idée de l'exécutif européen suscite peu d'oppositions frontales. Mais même parmi des pays favorables, le souhait de la Commission de pouvoir faire intervenir ce nouveau corps dans un pays ne le souhaitant pas est considéré comme irréaliste.

La lutte contre le terrorisme également au centre des débats

Le partage d'informations entre Européens dans la lutte contre le terrorisme était l'autre grand sujet de la réunion d'Amsterdam, lors de laquelle doit être présenté officiellement le nouveau Centre européen de contre-terrorisme au sein d'Europol, l'office européen de police. Il s'agit d'"une structure permanente, décidée au niveau politique, qui établit pour la première fois en Europe un centre opérationnel dédié qui travaille à travers le continent sur les questions terroristes sensibles", a expliqué samedi à l'AFP le directeur d'Europol, Rob Wainwright.

Cette plateforme doit répondre à l'une des principales lacunes de la lutte antiterroriste au niveau européen: le partage insuffisant d'informations entre Etats ne se faisant pas suffisamment confiance pour collaborer dans le domaine sensible du renseignement.

Des débats sont également prévus lundi sur le dossier des "combattants étrangers" et la lutte contre les trafics d'armes. "Nous allons mettre une pression considérable sur les institutions et les Etats membres de l'Union européenne", a prévenu dimanche le ministre français de l'Intérieur Bernard Cazeneuve. Il s'agit notamment que "nous sortions de la réunion avec un projet de calendrier", avec la volonté "qu'il y ait de premières actions concrètes à la fin du premier trimestre 2016", a ajouté Bernard Cazeneuve.

Après les ministres de l'Intérieur lundi, ce sera mardi aux ministres de la Justice des 28 de se rencontrer à Amsterdam, pour débattre notamment de la lutte contre la cybercriminalité.

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