Les théories du complot se multiplient autour du virus Zika

Un employé des autorités sanitaires brésiliennes diffuse un pesticide contre le moustique porteur du virus Zika. Un employé des autorités sanitaires brésiliennes diffuse un pesticide contre le moustique porteur du virus Zika. [EVARISTO SA / AFP]

Les rumeurs sur le virus Zika se propagent sur les réseaux sociaux et inquiètent les autorités sanitaires, qui craignent que la population ne se mette en danger en refusant de suivre les recommandations officielles.

Aux yeux de nombreux Brésiliens, le virus Zika résulterait d’un accident de laboratoire. Des chercheurs britanniques auraient libéré au Brésil des moustiques génétiquement modifiés pour combattre la dengue, mais ceux-ci se seraient révélés porteurs de cette nouvelle maladie. Pour d’autres, il s’agirait tout simplement d’un complot lancé par les élites des cinq continents pour dépeupler la planète et installer un gouvernement planétaire.

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La semaine dernière, lorsqu’une équipe de chercheurs argentins a déclaré qu’un pesticide, et non le virus Zika, serait le véritable responsable de la naissance de bébés microcéphales, un état du Brésil a immédiatement interdit le pesticide en question. De nombreux scientifiques, ainsi que les autorités sanitaires, avaient pourtant formellement démenti cette hypothèse.

Les rumeurs au sujet de Zika, explique le New York Times, se propagent aussi vite que le virus lui-même. Une situation qui complique la tâche du gouvernement brésilien, aux prises avec une pathologie suffisamment mystérieuse pour qu’il ne soit pas nécessaire d’ajouter des théories fumeuses dans l’équation. Si bien que le ministère de la santé brésilien a du réparer les pots cassés.

Un communiqué a ainsi été diffusé pour rappeler que les naissances de bébés microcéphales s’étaient multipliées aussi dans des communautés qui n’utilisaient pas du tout le pesticide incriminé par les chercheurs argentins.

Un entomologiste américain reconnu, Graham White, a qualifié leurs assertions de «ridicules» et «pas crédibles», soulignant que le pesticide ne pouvait pas atteindre le système nerveux, où se développe la microcéphalie des fœtus. Il a par ailleurs rappelé que le produit avait été autorisé par l’Organisation mondiale de la santé et qu’il était utilisé depuis des années sans avoir jamais posé de problèmes. Mais rien de tout cela n’est apparu sur les réseaux sociaux. En revanche, un tweet de l’acteur américain Mark Ruffalo incriminant le pesticide a été partagé plus de 500 fois.

Bien que le Brésil soit l’épicentre d’une épidémie qui affecte désormais plus d’une vingtaine de pays, les rumeurs sur le virus Zika se sont pour la plupart formées à l’étranger, notamment dans les milieux militants anti-OGM. Des sites pseudo-scientifiques, aux noms d’apparence respectable, (The Ecologist, Global Research), ont ainsi diffusé des articles alignant semi-vérités et analyses douteuses. Complots de l’industrie pharmaceutique qui lancerait des maladies pour mieux vendre les remèdes, projets eugénistes de milliardaires fous cherchant à dépeupler la planète en diffusant des vaccins défectueux… Les hypothèses ne manquent pas.

Et le Brésil, où la confiance dans les autorités politiques est très faible, est un terreau fertile pour ce type de théories. La semaine dernière le gouvernement brésilien a dû démentir une autre rumeur, qui rendait les vaccins contre la rubéole et la varicelle responsables des cas de microcéphalies. Un «mythe», selon les autorités sanitaires, qui ont souligné que ces vaccins n’étaient de toute façon jamais prescrits aux femmes enceintes.

Mais une rumeur reste beaucoup plus facile à lancer qu’à éteindre, et le gouvernement brésilien s’inquiète de voir ces théories conduire la population à ne pas faire confiance à ses recommandations et à ne pas se protéger des moustiques.

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