Un camp de concentration pour les homosexuels en Tchétchénie

Plus d'une centaine de personnes auraient été enfermées depuis la fin du mois de mars. [Bryan R. Smith / 20202243A / AFP]

Enlèvement, torture, camp : en Tchétchénie, depuis le mois de mars, la répression que subissent les hommes homosexuels est montée d'un cran. Pour la première fois depuis Hitler, les personnes LGBT sont enlevées et emmenées de force dans des camps de concentration.

Selon le journal russe Novaïa Gazeta, il s'agirait de centaines de citoyens homosexuels enlevés et punis pour leur orientation sexuelle. Courrier International rapporte le témoignage de plusieurs anciens détenus de ces «prisons secrètes», qu'on trouverait dans plusieurs villes, notamment à Argoun, près de la capitale Grozny, où un siège militaire aurait été transformé en véritable camp de concentration.

Les révélations des victimes ne sont pas sans rappeler des jours plus sombres de l'Histoire de l'Europe : après avoir été arrêtés dans la rue, ces hommes ont raconté avoir été conduits dans des «camps» où ils ont été torturés, afin qu'ils dénoncent à leur tour d'autres personnes homosexuelles. Ils auraient également été battus jusqu'à ce qu'ils promettent de quitter le territoire, sous peine de se faire tuer.

Selon le Daily Mail, les personnes enlevées seraient enfermées dans des pièces avec trente à quarante personnes. En plus des coups reçus, elles seraient torturées à l'aide de décharges électriques.

Un «nettoyage préventif»

Cette attaque envers la communauté gay tchétchène toucherait à peu près tout le monde : il y aurait, parmi les hommes arrêtés, «des membres des instances religieuses de Tchétchénie», et même des proches de Ramzan Kadyrov, le dirigeant tchétchène. Novaïa Gazeta précise qu'«il va sans dire que ces gens n'affichaient d'aucune façon leur orientation sexuelle, cela revenant, en Tchétchénie, à se condamner à mort».

Cette purge serait une réponse aux initiatives prises par plusieurs militants LGBT au début du mois de mars, dans le cadre du projet GayRussia.ru. Les participants souhaitaient organiser des Gay Prides dans certaines villes du Caucase du Nord, précise Courrier International. Ce projet a reçu un très mauvais accueil. Novaïa Gazeta explique que «c'est à partir de ce moment que fut donné l'ordre d'entreprendre un 'nettoyage préventif', et que l'opération a abouti à de véritables meurtres». Selon le Washington Post, au moins trois des détenus seraient déjà morts.

Selon RTL, la branche russe d'Amnesty International a demandé aux autorités de vérifier les propos du journal, et en a profité pour rappeler que dans tous les cas, la communauté homosexuelle était victime de persécutions quotidiennes en Tchétchénie. «Ils doivent se cacher ou quitter la République. Le problème est que les gens craignent de témoigner car ils mettent leur vie et celles d'autres personnes en danger». Pour l'organisation Human Rights Watch, une forte répression contre la communauté LGBT a bel et bien lieu depuis plusieurs semaines en Tchétchénie, «mais personne n'ose rien dire, étouffé sous un climat de peur et d'intimidation».

Les journalistes de Novaïa Gazeta pointés du doigt

Pour Novaïa Gazeta, pas de doute sur les coupables. Deux hommes seraient responsables de cette purge : Magomed Daoudov, le président du Parlement tchétchène, et Aioub Kataev, le chef de la police d'Argoun. Mais ces révélations n'ont pas été très bien reçues là-bas, puisque la société des journalistes tchétchènes a déclaré, suite au reportage, que «les employés de Novaïa Gazeta ne pouvaient plus être considérés comme des journalistes». Ce n'est pas la première fois que le journal s'attire les foudres de l'opinion publique locale : depuis 2000, six journalistes ont été assassinés, note RTL.

Outre le journal, Ekaterina Sokiryanskaya, une experte en droits de l'homme, a déclaré au New York Times et au Guardian avoir reçu des rapports similaires concernant l'enlèvement et la torture d'hommes homosexuels. «Cela venait de sources trop nombreuses pour que ce soit faux», a-t-elle confié. Mais un porte-parole du gouvernement a nié l'existence de ses camps, affirmant qu'on ne pouvait «emprisonner et harceler quelqu'un qui n'existe pas dans la république». En autres termes, il n'y aurait, pour le gouvernement, aucun homosexuel en Tchétchénie.

Une ligne d'urgence a été créé pour la communauté LGBT du Caucase du Nord, comme l'indique ce communiqué : «Si vous vous sentez en danger, si l'on vous mencace, contactez-nous immédiatement à l'adresse [email protected]».

Dans le monde, les propos de Novaïa Gazeta sont pris très au sérieux, et des campagnes de soutien sont déjà lancées. À Paris, un rassemblement devrait se tenir prochainement en soutien à ces victimes, et une pétition a été lancée sur le site d'Amnesty : «Stop abducting and killing gay men in Chechnya» (Arrêtez d'enlever et de tuer les hommes homosexuels en Tchétchénie).

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