Kenya : le président en tête, l'opposition crie à la fraude électorale

Le décompte des votes, le 8 août 2017 à Nairobi [LUIS TATO / AFP] Le décompte des votes, le 8 août 2017 à Nairobi [LUIS TATO / AFP]

L'opposant kényan Raila Odinga a rejeté en bloc mercredi les résultats d'une élection manipulée selon lui par piratage informatique, plongeant le pays dans un climat d'anxiété alors que le chef de l'Etat sortant Uhuru Kenyatta est crédité d'une confortable avance.

«Il s'agit d'une fraude d'une gravité monumentale, il n'y a pas eu d'élection», a déclaré à la presse Raila Odinga, le candidat de la coalition d'opposition Nasa. Selon le rival de M. Kenyatta, des pirates informatiques ont «manipulé» l'élection à l'avantage du président sortant en prenant le contrôle du système de comptage des voix grâce aux codes d'accès d'un responsable informatique de la Commission électorale assassiné un peu plus d'une semaine auparavant.

«Uhuru doit rentrer chez lui», a tancé celui qui avait également contesté ses défaites en 2007 et 2013. La Commission électorale (IEBC) avait publié mercredi matin les résultats de 93,5% des bureaux de vote, créditant M. Kenyatta de 54,4% des suffrages, contre 44,74% pour Raila Odinga, sur un total de 14,1 millions de votes exprimés comptabilisés.

Des résultats rejetés par l'opposition

Dans la nuit de mardi à mercredi, M. Odinga avait déjà rejeté ces résultats provisoires et reproché à l'IEBC de ne pas lui communiquer les procès-verbaux susceptibles de corroborer les résultats transmis électroniquement et diffusés sur le site internet de la commission.

Mercredi, il a soutenu être en tête de l'élection. Il a également appelé les Kényans au calme avant toutefois d'ajouter : «Je ne contrôle pas le peuple».

Pendant ce temps, à Kisumu (ouest), un des bastions de l'opposition, plusieurs dizaines de partisans de M. Odinga s'étaient rassemblés et ont brûlé des pneus à un rond-point de cette ville située sur les bords du lac Victoria. La police anti-émeute est intervenue, utilisant notamment du gaz lacrymogène pour disperser les manifestants.

À Nairobi, la situation se serait rapidement dégradée. La police kényane a abattu deux manifestants dans le bidonville de Mathare à Nairobi mercredi. «Ils faisaient partie d'un groupe qui manifestait dans ce secteur et les policiers ont été envoyés sur place pour restaurer l'ordre. On nous rapporte que plusieurs d'entre eux étaient aussi des voleurs qui profitaient de la situation (...) Deux d'entre eux ont été tués», a déclaré un responsable de la police qui a requis l'anonymat. Un photographe de l'AFP a vu le cadavre de l'une des deux victimes, touchée par balle à la tête.

Une campagne acrimonieuse

Mercredi matin, les rues de Nairobi étaient anormalement calmes, même si les magasins fermés le jour du scrutin rouvraient progressivement. Dans le bidonville de Kibera, largement acquis à l'opposition, plusieurs véhicules de la police anti-émeute ont été déployés.

En amont du scrutin, qui a donné lieu au déploiement sans précédent de plus de 150.000 membres des forces de sécurité, de nombreux observateurs kényans et internationaux avaient exprimé leur crainte de troubles à l'annonce des résultats de la présidentielle.

Car la campagne 2017 a été acrimonieuse, l'opposition n'ayant eu de cesse d'accuser le pouvoir de préparer des fraudes.

Pour l'emporter dès le premier tour, un candidat doit obtenir la majorité absolue et plus de 25% des voix dans au moins 24 des 47 comtés du pays. Le taux de participation n'a pas été communiqué par l'IEBC.

Odinga doit être «déclaré vainqueur» selon l'opposition

La coalition de l'opposition kényane a enjoint la commission électorale (IEBC) de déclarer son candidat Raila Odinga «vainqueur» de l'élection présidentielle, lors d'une conférence de presse jeudi à Nairobi. 

Sur la foi de résultats obtenus «de source confidentielle» au sein de l'IEBC, «nous exigeons que le président de l'IEBC (...) déclare Raila Amolo Odinga président dûment élu de la République du Kenya», a déclaré le numéro 3 de la coalition, Musalia Mudavadi.

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