Près de 2 millions d'enfants apprennent à lire grâce à l'ONG Vision du Monde

Des enfants lisent dans la région de Fatick, Sénégal Des enfants lisent des ouvrages rédigés par des volontaires de leur communauté, dans la région de Fatick, au Sénégal[Vision du Monde / Delphine Rouiller]

250 millions d’enfants dans le monde ne maîtrisent pas les bases de la lecture ni de l’écriture. Pourtant, la moitié d’entre eux sont scolarisés.

Afin de leur fournir ces bases éducatives, l’ONG Vision du Monde a mis un œuvre dès 2012 un programme d’alphabétisation du nom de «Literacy Boost» («coup de pouce» pour la version française), développé par Save the Children.

Le programme, testé dans 17 pays qui comptent pour la plupart un taux d’analphabétisme supérieur à 30%, s’est révélé très efficace. Devant les résultats positifs de l’expérience, Vision du Monde a décidé d’élargir le programme à 26 pays pour la rentrée 2017.

 

Au Sénégal, 26% des enfants scolarisés savent lire

«Si les élèves ne savent pas lire, ils ne pourront pas apprendre d’autres disciplines. Je me suis dit qu’il fallait s’attaquer à l’alphabétisation, le nerf principal de l’apprentissage». Joseph Nzaly est conseiller national d’éducation au Sénégal. Depuis plusieurs mois, il travaille d’arrache-pied à la mise en œuvre du Literacy Boost à Fatick, une région du sud-ouest du pays où le programme est testé depuis 2014.

Ces dernières années, de nouvelles écoles ont poussé un peu partout dans le pays, permettant à 90% des enfants sénégalais d’être scolarisés dans le cycle élémentaire, durant lequel ils doivent apprendre à lire et à écrire. Pourtant, seuls 26% des élèves scolarisés savent déchiffrer un texte en seconde année de cycle primaire, selon la dernière étude annuelle du ministère de l’éducation. Plusieurs facteurs expliquent ce paradoxe (enseignants mal préparés, classes surchargées ou, à l’inverse, multigrades en raison d’un trop faible nombre d’élèves, etc). «Mais le problème majeur, c’est la méthode d’enseignement de la lecture», constate Joseph Nzaly.  

L'alphabétisation, c'est le nerf de l'apprentissageJoseph Nzaly, conseiller d'éducation au Sénégal

La méthode en question a la particularité de partir du global (une phrase) pour arriver au plus petit élément (la lettre). Autrement dit, l’élève apprend à reconnaître les mots avant de connaître les lettres qui le forment. «Cette méthode ne permet pas à l’élève de savoir lire ni de bien connaître son alphabet», estime le conseiller d’éducation. «Les gens pensent qu’il faut plutôt partir d’abord de la lettre».

La méthode Literacy Boost fait ses preuves

Le programme Literacy Boost se base sur une méthode unique pour tous les pays dans lesquels il est développé. Une approche innovante, qui repose sur cinq niveaux d’acquis : la connaissance des lettres, l’identification des sons, la connaissance des mots, la fluidité de la lecture et, enfin, la lecture avec compréhension.

Au Sénégal, 800 élèves de primaire ont été testés en seconde année, avant leur apprentissage de la lecture. Seuls 1% étaient déjà en mesure de lire en comprenant les phrases. Ces mêmes élèves ont ensuite été divisés en deux groupes, et à nouveau testé un an et demi après. Les enfants du groupe de l’école « témoin », utilisant le système pédagogique sénégalais, ont été 24% à maîtriser le cinquième niveau de difficulté, un score proche de la moyenne nationale. Ceux du groupe de l’école «d’intervention», où a été testée la méthode du Literacy Boost, ont pour leur part été 45% à atteindre ce même niveau de difficulté. Une différence de 21% qui prouve l’efficacité de cette nouvelle approche.   

«Face à ces résultats, les directeurs d’autres écoles ont exprimé le besoin que ce programme soit mis à l’échelle de la zone pilote», se félicite Joseph Nzaly. Aussi, à partir du mois d’octobre prochain, Vision du Monde formera donc de nouveaux enseignants à sa méthode d’apprentissage de la lecture. Au total, quelque 210 écoles sénégalaises de cinq régions différentes devraient utiliser cette nouvelle approche dès la fin de l’année, soit dix fois plus que les 21 écoles pilotes de départ. En attendant de former de nouveaux enseignants, l’ONG a déjà commencé à construire des clubs de lecture, autre pilier du programme d’alphabétisation, dans les zones concernées.

Créer un environnement qui incite à lire

Car le succès du programme d’alphabétisation ne tient pas seulement à une nouvelle approche de l’apprentissage de la lecture. Cet enseignement est couplé avec d’autres initiatives, qui permettent à l’enfant d’accéder plus facilement à la lecture, et d’être motivé à lire.

Ainsi, Vision du Monde a construit près de 6.000 clubs de lecture dans le monde pour le moment. Ces espaces, ouverts à tous, offrent aux enfants un endroit où lire tranquillement, mais leur permettent surtout d’emprunter des ouvrages pour les dévorer en dehors de l’école – pratique peu courante dans le pays. Et cela semble fonctionner: au Sénégal, les enfants disent se rendre en moyenne deux fois par semaine dans un club de lecture. Même les plus jeunes, encore non-initiés à cette pratique, se laissent séduire et viennent en nombre feuilleter les livres des clubs de lecture, captivés par les illustrations. Un intérêt précoce de bon augure pour leur avenir de lecteur.

J'ai même vu des enfants se disputer des livres. C'était magnifique, ça m'a beaucoup touché.Joseph Nzaly, conseiller d'éducation au Sénégal

Des livres qui ressemblent à l'enfant

Mieux encore, les livres disponibles dans les clubs de lecture sont en grande majorité des supports créés de toute pièce par des membres des communautés locales. Le but de l’ONG, c’est de pouvoir proposer des livres qui ressemblent aux enfants, afin qu’ils aient plaisir à les lire ou les emprunter. Les histoires prennent donc en compte leur culture, leur vie quotidienne, et permettent de pérenniser des histoires d’un village ou encore des anecdotes d’un ancêtre. Cela donne des récits plus ou moins historiques, souvent avec une morale, dans lesquels les enfants peuvent croiser les animaux de leur environnement, les paysages qu’ils connaissent, ou encore imaginer un monde fabuleux décrit par un conte.

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Les volontaires qui souhaitent écrire un livre sont formés à la création de texte lors d’ateliers animés par des formateurs de l’ONG. «Il y a un vrai engouement dans la région !», note Joseph Nzaly. «Le projet a renforcé l’engagement des parents pour le soutien à la lecture à la maison». Une composante essentielle pour susciter l'intérêt des enfants, et les aider à dissocier l'activité du cadre scolaire.

Depuis la mise en place du programme Literacy Boost au Sénégal, «les témoignages des communautés et des enfants contents de participer affluent, et font chaud au cœur», avoue le conseiller d’éducation nationale. Dans les prochains mois, il va tenter de rassembler assez d’éléments pour montrer aux autorités que ce programme pourrait être bénéfique à l’avenir du pays, en augmentant progressivement le taux d’alphabétisation. Lui-même n’a plus aucun doute là-dessus. Plus depuis qu’il en a vu la preuve concrète de ses propres yeux. «Plusieurs fois, j’ai vu des enfants tellement intéressés qu’ils se disputaient des livres. Il est très rare de voir ça ! Ca m’a impressionné, et beaucoup touché. C’est magnifique», révèle-t-il d’un ton ému, mais assuré. Au fond, c’est un peu grâce à lui.

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