Référendum catalan : quel scénario pour la suite ?

Des Catalans tentent d'aller voter malgré le blocage d'un bureau de vote par la garde civile. Des Catalans tentent d'aller voter malgré le blocage d'un bureau de vote par la garde civile.[Raymond ROIG / AFP]

Des milliers de personnes se sont rendu aux urnes ce dimanche 1er octobre pour se prononcer sur l'indépendance de la Catalogne, en dépit de l'interdiction du référendum par Madrid. 

Le scrutin étant considéré comme illégal par l'Etat, l'article 2 de la Constitution garantissant «l'unité indissoluble de la nation espagnole». Dans ces conditions, les non-séparatistes ne reconnaissant pas la validité du référendum, il est fort probable que seuls les indépendantistes se seront déplacés, et que leur camp l'emportera haut la main.

Mais une grande incertitude demeure sur la suite. Pour Barbara Loyer, professeur à Paris 8 et spécialiste de l'Espagne, «c'est une crise gravissime dont on ne sait pas où elle peut terminer. On n'est pas dans une lutte entre des démocrates et un pouvoir autoritaire, mais dans un État démocratique où plusieurs acteurs politiques jouent une partie de poker».  

Une déclaration d'indépendance?

La loi référendaire adoptée par le parlement catalan le 6 septembre (et invalidée par la Cour constitutionnelle) prévoit que le gouvernement régional puisse proclamer l'indépendance quelle que soit la participation. 

Si l'exécutif local prenait une telle décision, Madrid risquerait de répondre par le déclenchement de l'article 155 de la Constitution espagnole, qui permet de suspendre une autonomie. Madrid récupérerait alors les compétences de Barcelone.

Selon Barbara Loyer, cette option pourrait arranger les indépendantistes, car «leurs éléments de langages pourraient faire passer le gouvernement central qui applique la loi pour un pouvoir totalitaire». 

Une dissolution du parlement catalan?

Si la participation est trop faible, l'exécutif catalan de Carles Puigdemont pourrait renoncer à annoncer les résultats, et accuser l'Etat central d'avoir empêché le bon déroulement du scrutin et entravé la vie démocratique. 

Dans ce cas, plutôt que pour une déclaration d'indépendance, le gouvernement local pourrait opter pour une dissolution du parlement et la convocation de nouvelles élections régionales. Galvanisés par le référendum et les images de policiers empêchant les Catalans de voter, ces derniers pourraient donner une plus large majorité aux séparatistes. 

Un réveil de la majorité silencieuse?

Une autre force politique pourrait aussi changer la donne : les Catalans silencieux. À ce stade, il est très difficile de savoir si ces derniers sont majoritairement favorables à l'indépendance ou au maintien au sein de l'Espagne. 

Néanmoins, il semblerait qu'une courte majorité soit plutôt en faveur de Madrid. «Les séparatistes sont majoritaires au parlement régional mais seule une minorité s'était déplacée pour voter», rappelle Barbara Loyer. «En nombre de voix, les séparatistes n'étaient pas majoritaires mais le découpage régional leur a permis de l'emporter». 

Si la frange pro-Espagne de la population catalane se mobilisait publiquement, le gouvernement local pourrait se voir contraint de calmer le jeu. 

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