Norvège : un rideau de crânes de rennes au parlement pour protester contre leur abattage

Une installation artistique de l'artiste sami norvégienne Maret Anne Sara, composée de 400 scalps de rennes, est suspendue devant le bâtiment du Parlement d'Oslo, en Norvège, le 5 décembre 2017.[Gorm KALLESTAD / NTB Scanpix / AFP]

Mercredi, à Oslo, des centaines de crânes de rennes, criblés de balles, étaient suspendus, tel un rideau macabre, à l'extérieur du Stortinget, le parlement norvégien.

Ces têtes de rennes avaient été installées en guise de protestation dans une affaire portée devant la Cour suprême par Jovsset Ante Sara, 25 ans, un éleveur autochtone Sami qui conteste la politique d’abattage des rennes du gouvernement norvégien. Selon le New York Times, qui relate l'affaire, Sara a remporté deux victoires judiciaires, mais chaque fois que le gouvernement a interjeté appel.

«C'est une honte que de traîner 400 têtes autour du monde pour faire connaître notre réalité, pour trouver une voix», a déclaré Marat Anne Sara, la sœur aînée de Ante Sara, artiste et activiste. Ce sinistre rideau de crânes, qu'elle décrit comme une œuvre d'art, a été suspendu mardi et mercredi. «Nous devons nous battre si fort pour nous faire une place dans la conscience des gens», a-t-elle déclaré. Les crânes provenaient d'un abattoir près de Kautokeino, et les impacts de balles étaient «un exemple de colonisation occidentale», a expliqué Marat Anne Sara. 

Une cruelle politique de réduction des rennes

La minorité Sami de Norvège est surtout connue pour sa pratique traditionnelle de l'élevage du renne. Les lois du pays exigent que Ante Sara, comme d'autres éleveurs de rennes du Grand Nord norvégien, tue un pourcentage de son troupeau dans le cadre de la politique gouvernementale de réduction des rennes.

L’homme soutient que cette politique est une violation des droits des autochtones, et que, son troupeau étant déjà minuscule, l'abattage supplémentaire l'empêcherait de subvenir à ses besoins ou à ceux de sa famille.

Le ministère de l'Agriculture et de l'Alimentation ne commenterait pas encore, car l'affaire n'est pas résolue. Mais la raison invoquée par le gouvernement pour l'abattage sélectif est d'empêcher le surpâturage des paysages de la toundra vers et depuis les troupeaux de rennes. Les estimations générales pour la population totale de rennes en Norvège sont d'environ 220 000.

Un représentant du bureau du procureur général a déclaré que l'objectif principal du gouvernement en matière de «réduction proportionnelle» était de veiller à ce que le cheptel soit ramené à «un niveau écologique, économiquement et culturellement durable, ainsi que pour assurer le bien-être des animaux».

Sous le rideau de crânes de rennes, le président sami, Aili Keskitalo, a qualifié le procès de Sara de «symbole» de la détresse du peuple sami. Selon la politique actuelle de la Norvège, son troupeau pourrait être réduit à 75. Pourrait-il survivre avec si peu de rennes ? «Absolument pas», a-t-il affirmé.

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