La semaine de Philippe Labro : les défaillances de Trump, l’éminence des Garcin

«Je me suis plongé dans Fire and Fury, le livre de Michael Wolff consacré aux premiers mois de Donald Trump à la Maison Blanche, qui fait scandale en ce moment à Wa­shington.», affirme Philippe Labro.[AFP]

Philippe Labro est écrivain, cinéaste et journaliste. Chaque vendredi, pour CNEWS Matin, il commente ce qu'il a vu, vécu et observé pendant la semaine. Un bloc-notes subjectif et libre.

LUNDI 8 JANVIER

C’est la reprise. Les gens rentrent. J’irai chercher mes petits-fils à l’école, au moins une fois par semaine, je me réjouirai que les jours rallongent et que la lumière, indispensable à notre santé, reprenne de plus en plus de force et d’éclat. Je ferai le tri dans le courrier et, en particulier, dans les livres que j’ai reçus. Une avalanche.

Naturellement, compte tenu de ma permanente curiosité à propos de l’Amérique, je me suis plongé dans Fire and Fury, le livre de Michael Wolff consacré aux premiers mois de Donald Trump à la Maison Blanche, qui fait scandale en ce moment à Wa­shington. Il va être traduit et publié en France, mais je n’ai pas voulu attendre, et j’ai pu obtenir une copie originale. C’est à la fois fascinant et repoussant.

On y découvre, en effet, la reproduction de scènes et de dialogues qui n’auraient jamais dû être révélés – la plupart traduisent la triste vérité, que nous connaissons déjà, selon laquelle Donald Trump est le plus désastreux président des Etats-Unis depuis… depuis quand, d’ailleurs ? Mais il y a aussi quelque chose de laid et de gênant dans ces secrets, dont nous ne sommes pas sûrs de l’entière véracité – l’auteur est en effet connu comme étant une redoutable machine à déformer le réel ou l’interpréter.

En France, c’est une foison de nouveaux romans, dont certains peuvent, peut-être, contribuer à modifier les fameuses listes de «meilleures ventes». Jusqu’ici, depuis les prix littéraires de novembre, le classement ne bouge pas trop. Alors, qu’attendre des nouveaux venus ? Pour avoir présidé à la sélection des cinq romans à proposer aux libraires pour le Grand prix RTL-Lire, je suis frappé par la présence des femmes : Isabelle Carré (Les rêveurs, éd. Grasset), Delphine de Vigan (Les loyautés, éd. JC Lattès), Colombe Schneck (Les guerres de mon père, éd. Stock) et Agnès Riva (Géographie d’un adultère, éd. Gallimard).

Un seul homme a trouvé sa place : Bernard Quiriny pour L’affaire Mayerling, aux éditions Rivages. Je ne doute pas, par ailleurs, que le livre posthume de Jean d’Ormesson (Et moi, je vis toujours, éd. Gallimard) va très vite attirer tous les lecteurs et lectrices qui, depuis la disparition de Jean d’O, se sont déjà rués sur chacun de ses ouvrages. Il existe un phénomène d’Ormesson, comme il y aura, dans un autre domaine, un méga événement le jour où sortira l’album posthume de Johnny Hallyday.

Je souhaite, enfin, faire part de mon admiration pour le nouveau récit de Jérôme Garcin, intitulé Le syndrome Garcin, paru le 4 janvier dernier chez Gallimard. On se souvient du succès considérable de son dernier livre, Le voyant, paru il y a deux ans, qui racontait la vie de cet homme aveugle qui fut un héros et un exemple. Garcin, avec cette histoire vraie, avait été couronné de cinq prix littéraires différents. Eh bien, voici, avec Le syndrome Garcin, que l’auteur revient sur sa propre famille, ses grands-pères, éminents professeurs – l’un en neurologie, l’autre en pédopsychiatrie –, dont il a le talent de décrire les origines et l’action, celle d’hommes qui ont élevé l’exercice de la médecine au niveau le plus noble.

La force singulière de Garcin est son style, son habileté à évoquer aussi bien son enfance que ses propres douleurs, et les exemples et modèles que furent ses grands-parents. Il y a, chez cet écrivain, une capacité de nostalgie, d’évocation, de précision, de clairvoyance, qui vous font dévorer cette histoire intime. C’est passionnant, émouvant, intelligent, et cela se termine ainsi : «Si soigner, c’est sauver des vies, écrire, c’est les prolonger. Il fait beau, allons au cimetière, préconisait Emmanuel Berl. Et rappelons-nous à la mémoire de ceux qui, même disparus, ne nous ont pas oubliés.» J’ai retenu une autre phrase, capitale, attribuée à Louis Pasteur. La médecine, c’est «guérir parfois, soulager souvent, écouter toujours».

 

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