Ghana : les écolières interdites de traverser la rivière pour se rendre à l’école pendant leurs règles

Des écolières défilent lors du 60ème anniversaire de l'indépendance, à Accra, au Ghana.[CRISTINA ALDEHUELA / AFP]

Au Ghana, dans le district d’Upper Denkyira East, les écolières peuvent aller à l’école tous les jours de la semaine sauf le mardi, et lorsqu’elles sont indisposées.

La raison : leur école se trouve derrière un pont et pour s’y rendre, elles doivent traverser une rivière. Mais dans la tradition et par respect pour la divinité locale, c’est inimaginable d’enfreindre la règle : «Les dieux seraient en colère».

«Spirituellement le dieu de la rivière est un homme né mardi. C'est donc ce jour-là que l'esprit est évoqué et on observe certains rites... Certaines choses sur les femmes, comme la menstruation, sont considérées comme impures. Par conséquent, c'est un tabou pour les femmes de traverser la rivière ce jour-là et pendant la menstruation. C’est ainsi depuis notre enfance», explique Nana Ntiamoah Agyekum II, chef de district cité par MyNews Ghana.

Un problème qui s’étend aussi aux élèves de l’école, qui ne doivent pas traverser la rivière. En effet, les professeurs doivent, pour les élèves absents le mardi, reprendre ce qu’ils ont abordé afin qu’ils ne prennent pas de retard. «Les enseignants devraient répéter ce qu’ils ont enseigné le mardi. Nous avons parfois reporté les examens du mardi parce que la plupart d’entre eux ne peuvent pas traverser la rivière», explique Francis Turkson, le directeur de l’école, à MyGhana News.

Les militants des droits de l’homme sont indignés. Selon une étude sur l’éducation réalisée par l’Unesco, une femme ghanéenne sur dix ne fréquente pas l’école à cause de ses règles et 11,5 millions de femmes ghanéennes manquent d’installations appropriées pour leur hygiène.

«Il semble que les dieux sont vraiment puissants, n’est-ce pas ? Parfois, je pense que nous devons demander une certaine forme de responsabilité de la part de ces dieux qui continuent d’empêcher beaucoup de choses de se produire, de rendre compte de la façon dont ils ont utilisé l’énorme pouvoir que nous leur avons donné», a déclaré Shamima Muslim Alhassan, militante pour l’égalité des sexes et ambassadrice pour l’hygiène menstruelle de l’Unicef, à la BBC.

Beaucoup de cultures ont des mythes autour des menstruations. A Madagascar, lors de leurs règles, les femmes ne doivent pas se laver et au Népal, certaines femmes sont obligées de dormir dans des huttes, loin de leur famille. En Inde, les femmes réglées sont considérées comme impures tandis qu’au Malawi, personne ne doit évoquer le sujet des règles.

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