La semaine de Philippe Labro : l’Amérique passée en revue, une page se tourne à Paris

Des manifestants lors d'une marche pour la Journée Martin Luther King Jr. à Times Square, appelée Rally Against Racism : Stand Up pour Haïti et l'Afrique, à New York, le 15 janvier 2018.[TIMOTHY A. CLARY / AFP]

Philippe Labro est écrivain, cinéaste et journaliste. Chaque vendredi, pour CNEWS Matin, il commente ce qu'il a vu, vécu et observé pendant la semaine. Un bloc-notes subjectif et libre.

LUNDI 15 JANVIER

Triste lundi : une librairie de plus qui disparaît. Au 77, boulevard du Montparnasse, à Paris, «L’œil écoute» n’écoutera plus et ne regardera plus. Ce joli terme était l’identité d’une librairie qui existait depuis quarante-quatre ans en plein cœur de ce quartier de la rive gauche, si porteur de souvenirs (Hemingway et Fitzgerald au Select ou à La closerie des lilas), si fréquenté, encore, par toutes sortes de gens pour qui le livre, ça compte, le livre, ça a un sens.

Malgré une opération de financement participatif qui avait apparemment sauvé la librairie, on a appris, depuis, que, tout compte fait, le bail ne sera pas renouvelé et que la boutique fermera sans délai. Cela n’a pas fait la une des journaux du soir à la télé. Seuls nos bons confrères du Parisien ont annoncé la triste nouvelle. Une librairie qui s’arrête, c’est comme un arbre qu’on abat. Une «ambassade de l’imaginaire» qui s’en va.

MARDI 16 JANVIER

Toujours en pleine lecture de Fire and Fury, le livre qui raconte Trump et la Maison Blanche de l’intérieur, j’avance dans la certitude que, non, décidément non, l’Amérique ne mérite pas cet homme – dont les dernières déclarations ont, en plus, confirmé son profond racisme, en qualifiant de «trous à merde» les pays sous-développés d’où viennent nombre d’immigrants. Nul doute qu’America en parlera dans sa prochaine publication.

Qu’est-ce qu’America, cette revue qui, quatre fois par an, est entièrement consacrée à l’Amérique de Trump ? C’est, d’abord, une idée originale de François Busnel, le patron de La grande librairie, sur France 5, tous les jeudis soir, qui est devenu, au fil des années, le vrai successeur de Bernard Pivot : l’homme qui fait aimer les livres. Eh bien, Busnel, passionné depuis longtemps par la littérature américaine (en vingt ans de reportages et d’interviews, il a rencontré et s’est lié d’amitié avec la fine fleur des écrivains de là-bas), a eu envie de faire raconter les années Trump par l’entremise des plus belles plumes américaines.

Il en résulte une revue superbement mise en page, lisible, attractive, avec illustrations, photos, cartes, et aussi l’audace de textes ou d’entretiens qui peuvent dépasser trente pages. Tout le contraire de la «pensée slogan», celle des réseaux sociaux. Busnel dit : «Il y a un désir de lecture, qui s’oppose à la culture du tweet. Le grand pionnier de ce genre de revue, c’est XXI, créé il y a déjà longtemps, et qui fut le premier à réinstaurer le reportage long, l’appel à des écrivains. Notre particularité, c’est de ne parler que d’un sujet : l’Amérique sous l’ère Trump. Nous en sommes au quatrième numéro, il vient de sortir, et il a déjà été écoulé à 15 000 exemplaires en quinze jours.»

Paul Auster, invité d’honneur de la réception donnée à l’occasion du nouveau numéro, a confié à François Busnel : «Les Français ont beaucoup de chance de pouvoir lire autant de revues. Aux Etats-Unis, la nouvelle génération (entre 35 et 55 ans) ne sait plus, pratiquement, ce qu’est un roman.» Paradoxe de cette semaine en France : une revue originale atteint la notoriété au moment même où meurt une librairie.

MERCREDI 17 JANVIER

Sports : j’attends, avec une curiosité mélangée au fanatisme absolu, de suivre le parcours de Roger Federer à l’Open d’Australie. Je m’interroge sur le sort de Zinedine Zidane : il a eu beau accumuler un palmarès stupéfiant en l’espace de quelques années, le déclin (provisoire ?) du Real Madrid peut-il modifier son destin ? C’est à Pierre Ménès, et non à moi, d’apporter une réponse. J’aime ses chroniques et son ton boudeur dans le Canal football club – Ménès a le chic pour «balancer» avec une fausse nonchalance, sévère mais pas sectaire. Il y a du Audiard chez lui. (Rediffusion, l’autre soir, des Tontons flingueurs. Ça n’a pas vieilli !)

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