Syrie : l'urgence humanitaire

Des habitants de la Ghouta fuient leurs habitations pour échapper au frappe du régime. Des habitants de la Ghouta fuient leurs habitations pour échapper au frappe du régime. [ABDULMONAM EASSA / AFP]

Le regain de violence du régime de Bachar Al-Assad contre les rebelles syriens, depuis le début du mois de février, suscite l’inquiétude de la communauté internationale. 

Des villes rasées, des hôpitaux en ruines, et des déplacés par milliers parqués dans des camps coupés du monde... La situation humanitaire ne cesse de s’aggraver en Syrie, en proie ces dernières semaines à un regain de violence. L’armée du régime intensifie en effet son offensive sur la Ghouta orientale, ainsi que dans la province d’Idleb, encore aux mains des rebelles. 

Outre les bombardements quotidiens, les forces de Bachar al-Assad sont accusées d’avoir à nouveau eu recours à des armes chimiques. Ainsi, malgré la défaite de Daesh, la crise humanitaire a atteint ces derniers jours l’un de ses pires niveaux depuis le début de la guerre, il y sept ans. Alarmées, les Nations Unies ont réclamé ce mardi 6 février une trêve d’un mois dans tout le pays.

Un répit vital pour la population

Alors que les pourparlers de paix patinent depuis 2012 à Genève comme à Sotchi, où se tiennent deux processus de négociations concurrents, un cessez-le-feu humanitaire permettrait d’alléger les souffrances de la population. Dans les conditions actuelles, la distribution d’aide alimentaire et l’évacuation des blessés sont en effet compromises, voire impossibles. 

«Ces dernières quarante-huit heures, l’ampleur et la férocité des attaques ont considérablement augmenté», a déploré la commission de l’ONU sur la Syrie. De fait, après 16 civils morts dans les bombardements du régime à Idleb dimanche, et 31 à la Ghouta orientale lundi, 47 ont péri hier dans la même région. Des victimes qui s’ajoutent aux 340 000 tuées depuis 2011. Les 400 000 habitants de la Ghouta sont privés de nourriture et de médicaments. 

Cet acharnement de Damas passe pour de la provocation aux yeux d’une partie de la communauté internationale, qui multiplie depuis des mois les appels au calme sans obtenir le moindre résultat.

Même la ligne rouge des armes chimiques, condamnées par le droit de la guerre et dont l’usage avait entraîné une frappe américaine contre des positions du régime syrien en avril dernier, semble avoir été à nouveau franchie. Une enquête des Nations unies a en effet été ouverte hier sur le sujet, alors que différentes sources médicales avaient signalé, fin janvier, des cas de suffocation à la Ghouta et dans la province d’Idleb. 

Pour l’ambassadrice américaine à l’ONU, Nikki Haley, «des preuves évidentes» confirment le recours de l’armée à des attaques au chlore. Dans ce contexte, les camps de déplacés se multiplient et se décalent, la violence gagnant toujours du terrain. 

Le régime inflexible

Face à l’indignation de Washington à l’ONU, l’ambassadeur russe Vassily Nebenzia a dénoncé une «campagne de propagande» visant à «accuser le gouvernement» de Damas d’attaques dont «les auteurs ne sont pas identifiés». 

De fait, Bachar al-Assad nie catégoriquement l’usage d’armes bactériologiques, quand bien même des cas antérieurs ont été confirmés par des commissions d’enquêtes internationales. La responsabilité du régime a notamment été établie dans l’attaque au gaz sarin qui avait tué plus de 80 personnes en avril. 

Mais al-Assad, qui se considère toujours, après sept ans de guerre civile, comme l’unique autorité légitime en Syrie, bénéficie du soutien indéfectible de Vladimir Poutine, qui empêche toute action à son encontre à l’ONU.   

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