Etats-Unis : l'éternel débat des armes

Depuis 2013, une fusillade a lieu chaque semaine en milieu scolaire. [Robyn Beck / AFP]

«C’est juste le mal à l’état pur.» Telle est l’explication avancée, ce jeudi, par le gouverneur de Floride, après qu’un homme de 19 ans a abattu mercredi 17 élèves de son ancien lycée et blessé 15 autres, avec son fusil d’assaut.

Un nouveau drame qui endeuille la Floride – surnommée «Gunshine State» au lieu de «Sunshine State» (l’Etat ensoleillé) en raison du nombre d’armes à feu qui y circulent – et, plus largement, l’ensemble des Etats-Unis. Une Amérique qui reste le seul pays civilisé au monde où les tueries de masse s’enchaînent, relançant, à chaque fois, le débat sur les armes. Une bataille où la notion de liberté affronte celle de la sécurité.

Un ancrage culturel

A Las Vegas, en octobre 2017, 58 personnes sont mortes sous les balles d’un seul tireur. Au Texas, le mois suivant, 26 fidèles ont été abattus dans une église. Les lieux changent, mais les massacres se succèdent, notamment dans les écoles ou les universités.

Ainsi, depuis 2013, une fusillade a lieu chaque semaine en milieu scolaire, selon l’association Everytown for Gun Safety. Et pour cause, le pays compte pas moins de 85 armes pour 100 habitants (contre 28 pour 100 habitants en France). Soit un total de 270 millions pistolets et fusils, contre lesquels les autorités semblent impuissantes.

Car, en dépit de l’implacable répétition des drames et des manifestations des proches des victimes, les Américains continuent d’afficher leur attachement au port d’armes. «Il n’y a pas de culture de la violence aux Etats-Unis. Mais [c’est] un peuple d’anciens pionniers qui […] possède des armes à feu», soulignait ainsi sur France Info, François Busnel, le cofondateur de la revue America.

Un lien qui est, pour la population, ancré dans la vie courante et représente un droit inaliénable, garanti par le deuxième amendement de la Constitution, ratifiée en 1791. Toute velléité de durcir les lois sur les armes individuelles est d’ailleurs attaquée systématiquement par le très puissant lobby de la National Rifle Association (NRA). «Elle contrôle les hommes politiques, républicains comme démocrates, en les finançant : 47 % d’entre eux reçoivent des fonds», analyse ainsi Jean-Eric Branaa, auteur de Trumpland, portrait d’une Amérique divisée (éd. Privat).

Un président convaincu

Cette culture de l’armement, qui vire à la fascination pour certains Américains, est en outre défendue, voire renforcée, par Donald Trump. Contrairement à son prédécesseur Barack Obama, qui n’a obtenu, entre 2008 et 2016, que de légères avancées sur une législation plus stricte du contrôle et de la vente des armes à feu, le président américain a, d’emblée, affiché sa proximité idéologique avec la NRA.

Pour ce pro-armes convaincu, la responsabilité est davantage individuelle que politique en cas de drame. Si bien qu’à chaque nouvelle attaque, le locataire de la Maison Blanche met en cause la santé mentale de l’assaillant. Ainsi, le tueur de Floride est un «déséquilibré mental», selon lui, et le tireur de Las Vegas était «un malade, un fou». Jeudi, lors de son allocution sur la fusillade au lycée, Donald Trump n’a d’ailleurs, à aucun moment, prononcé les mots «arme à feu». 

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