Les coups durs se succèdent pour Benjamin Netanyahou

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, accusé dans plusieurs affaires de corruption, quitte une conférence à Tel-Aviv, le 14 février 2018 [JACK GUEZ / AFP] Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, accusé dans plusieurs affaires de corruption, quitte une conférence à Tel-Aviv, le 14 février 2018. [JACK GUEZ / AFP]

L'horizon s’obscurcit de jour en jour pour le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou, à présent confronté à la perspective d'un témoignage potentiellement dévastateur d'un proche collaborateur dans l'une des enquêtes de corruption menaçant son long règne.

L'accumulation des coups durs a commencé à susciter une atmosphère de plus en plus pré-électorale. L'incontournable Premier ministre, au pouvoir depuis bientôt 12 ans au total, n'est formellement mis en cause dans aucune des au moins six affaires le concernant directement ou indirectement. Mais l'air se raréfie dans son entourage.

En huit jours, Benjamin Netanyahou a vu la police recommander le 13 février son inculpation dans deux dossiers de corruption, arrêter sept personnes, dont deux proches collaborateurs, dimanche dans une autre affaire, et ouvrir mardi une enquête pour tentative de subornation d'une juge en échange d'un arrêt des investigations sur des agissements suspects à la résidence du Premier ministre.

Depuis mardi soir, Netanyahou fait face, selon les médias, à une possible bombe à retardement.

L'une des personnes interpellées dimanche, l'ex-directeur général du ministère des Communications présenté comme l'un des rares hommes de confiance de Netanyahou, Shlomo Filber, a négocié avec les enquêteurs un accord de coopération en échange d'un statut de témoin protégé lui garantissant qu'il n'irait pas en prison, a rapporté la presse.

Un porte-parole de la police, interrogé par l'AFP, a refusé de confirmer l'information.

Bibi et Momo

«Si Shlomo Filber a effectivement signé un (tel) accord, c'est la fin d'une époque», écrit dans le quotidien Maariv Ben Caspit, auteur d'un récent livre sur Netanyahou.

Des Israéliens manifestent contre le Premier ministre Benjamin Netanayhu, dont la police a recommandé l'inculpation dans des affaires de corruption, lors d'une protestation à Tel-Aviv le 16 février 2018  [JACK GUEZ / AFP]
Des Israéliens manifestent contre le Premier ministre Benjamin Netanyahou, dont la police a recommandé l'inculpation dans des affaires de corruption, lors d'une protestation à Tel-Aviv le 16 février 2018. [JACK GUEZ / AFP]

«Filber est le plus proche et le plus intime des agents en charge des opérations occultes, que Netanyahu ait eus depuis des générations (...) Toujours dans l'ombre, toujours loyal, performant, secret et animé de convictions : Bibi (le surnom de Netanyahou) savait pouvoir compter sur Momo. Jusqu'à hier», ajoute Ben Caspit.

Ce dernier fait de M. Filber l'un des artisans de la victoire de Netanyahou déjouant les pronostics aux législatives de 2015.

Netanyahou l'avait ensuite nommé au poste de directeur général du ministère des Communications, dont il a été suspendu.

Selon la presse, la police soupçonne M. Filber d'avoir servi, à ce poste, d'intermédiaire entre les Netanyahou et Shaul Elovitch, patron de Bezeq, le plus important groupe de télécommunications israélien, et de l'influent site d'informations Walla.

La police veut savoir si les Netanyahou auraient cherché à s'assurer une couverture propice de la part de Walla en contrepartie de faveurs gouvernementales, qui pourraient avoir rapporté des centaines de millions de dollars à Bezeq, dit la presse, alimentée à flux constants par des fuites à la provenance inconnue.

Outre M. Filber, un autre collaborateur des Netanyahou, leur ancien porte-parole personnel Nir Hefetz, le patron de Bezeq, la PDG du groupe et trois autres personnes ont été arrêtés dimanche. La PDG, Stella Handler, et un autre responsable du groupe comparaissent mercredi devant un juge qui doit décider de prolonger ou non leur garde à vue.

«Plus on les opprimait»

MNetanyahou proclame son innocence sur tous les fronts. Il a affirmé sa ferme intention de rester au pouvoir.

L'opposition réclame sa démission. La semaine passée, tous les chefs des partis de sa coalition, sur laquelle repose le gouvernement considéré comme le plus à droite de l'histoire d'Israël, sont restés solidaires en disant attendre la décision du procureur général sur une éventuelle inculpation de Netanyahou. Son parti, le Likoud, continue à le soutenir.

Le chef de la police israélienne, Roni Alsheich (C), s'exprime devant le Parlement à Jérusalem sur une enquête liée aux accusations de corruption contre le Premier ministre Benjamin Netanyahu, le 20 février 2018 [GALI TIBBON / AFP]
Le chef de la police israélienne, Roni Alsheich, s'exprime devant le Parlement à Jérusalem sur une enquête liée aux accusations de corruption contre le Premier ministre Benjamin Netanyahou, le 20 février 2018. [GALI TIBBON / AFP]

Le commentateur de la radio publique Yoav Krakovsky, citant des responsables politiques, a estimé que le témoignage potentiellement compromettant de Shlomo Filber pourrait provoquer des élections anticipées avant fin 2018. La législature est censée s'achever en 2019.

Sous le titre «un parfum d'élections», le quotidien Israel Hayom, réputé pro-Netanyahou, a donné matière à réflexion à l'opposition comme aux partenaires de la coalition en publiant mercredi un sondage indiquant que le Likoud remporterait 34 sièges sur 120 au Parlement, au lieu des 30 actuels.

Israel Hayom n'a pas publié la méthode ni le panel du sondage. Mais Netanyahou, qui dénonce la «chasse aux sorcières» menée selon lui par les médias et l'opposition, s'en est emparé sur Facebook en invoquant la Bible et les Hébreux : «Plus on les opprimait, plus ils se multipliaient et s'étendaient».

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