Affaire Tarnac : les clés pour comprendre

Après 10 années d'enquête, le procès du «groupe de Tarnac» s'ouvre à Paris. [PASCAL LACHENAUD / AFP]

Présentés en 2008 comme de dangereux activistes d'ultra-gauche, huit personnes associées au dit «groupe de Tarnac» comparaissent mardi devant le tribunal correctionnel de Paris, accusés d'avoir saboté des lignes de TGV en 2008. Retour sur une affaire qui a défrayé la chronique.

 2008 : Les lignes SNCF cibles de sabotage

Au matin du 8 novembre, c'est la pagaille. Le trafic ferroviaire est complètement perturbé. Plus d'une centaine de TGV sont bloqués et 20.000 voyageurs attendent sur le quai. La veille, dans la nuit du 7 au 8 novembre, des câbles de lignes SNCF ont fait l'objet de sabotages présumés dans l'Oise, l'Yonne et la Seine-et-Marne : des crochets ont été déposés sur les caténaires au-dessus des voies.

La police anti-terroriste est alors chargée d'intervenir. Trois jours plus tard, vingt personnes sont arrêtées à Paris, à Rouen, dans la Meuse mais aussi à Tarnac, petit village de Corrèze de 300 habitants. Devant les caméras, 150 policiers cagoulés fouillent le village à la recherche de la «cellule invisible», en particulier la communauté libertaire dont font partie Julien Coupat et sa compagne, Yildune Lévy.

La ministre de l'Intérieur, Michèle Alliot-Marie, agite alors le spectre de «risques de résurgence violente de l'extrême gauche radicale». «Ces individus se caractérisent par le rejet de toute expression démocratique et par l'appel à des mouvements violents», affirmait la ministre devant l'Assemblée nationale, le 12 novembre 2008. 

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Julien Coupat, leader présumé du groupe, Yildune Levy, Gabrielle Hallez, Benjamin Rosoux, Manon Glibert, Aria Thomas, Mathieu Burnel, Elsa Hauck et Bertrand Deveaux : ils sont neuf à être accusés de «participation à une association de malfaiteurs en vue de la préparation d'un acte de terrorisme».

Parmi eux, cinq sont écrouées le 15 novembre. Ces derniers auraient été présents à proximité de lieux de sabotage et disposaient, selon les enquêteurs, de cartes du réseau ferré ou encore de pinces à forge. 

Le groupe était sous surveillance des services de renseignement depuis plusieurs mois, notamment après une rencontre internationale d'anarchistes à New York en janvier 2008.

2009 à 2012  : les contre-enquêtes

Gabrielle Hallez, Benjamin Rosoux et Manon Glibert sortent de prison un mois plus tard, sous contrôle judiciaire. Yildune Levy les suit en janvier 2009, après 2 mois de détention. 

Dernier suspect encore détenu, Julien Coupat sort de 6 mois de prison en mai 2009. Ses avocats ont entrepris de démonter l'enquête et dénoncent en novembre dans une note au juge des «anomalies» et «incohérences» de l'enquête. Mais la cour d'appel de Paris rejette les demandes d'annulation des investigations déposées par la défense un an plus tard. 

Début novembre 2011, une information judiciaire est ouverte à Nanterre pour « faux en écriture publique » après une plainte du groupe de Tarnac. Ils accusent la police d'avoir rédigé un PV mensonger pour les mettre en cause dans le sabotage de Dhuisy (Seine-et-Marne).

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Plusieurs éléments éveillent les doutes : un des brigadiers présents lors de la filature a été signalé comme étant au même moment au siège de la Sous-direction anti-terroriste (SDAT) de Levallois-Perret, à 50 kilomètres de la voie ferroviaire de Seine-et-Marne. De plus, les policiers, qui assurent n'avoir pas quitté des yeux le couple, n'ont pas vu le moment où ce dernier aurait installé le crochet métallique sur la voie ferrée. 

Près d'un an plus tard, un nouvel élément avancé par la défense vient sérieuement remettre en cause la version policière : la carte bancaire de Yildune Lévy a été utilisée dans le quartier de Pigalle à Paris, dans la nuit du 7 au 8 novembre 2008, la nuit des sabotages. En réaction, la justice ordonne l'audition des policiers qui ont participé à la surveillance du groupe.

2015 - 2017 : le caractère terroriste écarté par la justice

Huit militants libertaires sont renvoyés en correctionnelle en août 2015, dont Coupat, Lévy et deux autres pour «association de malfaiteurs». Le juge d'instruction ne retient néanmoins pas le caractère terroriste de leur action.

L'ordonnance de 2015 sera confirmée en juin 2016 par la chambre de l'instruction de la Cour d'appel. Malgré un pourvoi en cassation du parquet, la qualification de «terrorisme» est définitivement écartée le 10 janvier 2017.

La plainte pour de faux procès-verbaux présumés se conclut, elle, par un non-lieu prononcé par le juge d'instruction.

2018 : ouverture du procès

Après dix années de procédure, le procès des huit prévenus du «groupe de Tarnac»  s'ouvre ce mardi au tribunal correctionnel de Paris. Il doit durer jusqu'au 30 mars.

Julien Coupat, 43 ans, Yildune Lévy, 34 ans, Elsa Hauck, 33 ans et Bertrand Deveaud, 31 ans comparaissent pour «association de malfaiteurs», chef d'accusation qui ne comprend donc plus la qualification terroriste. Ils encourent jusqu'à dix ans de prison. 

Christophe Becker, 41 ans et Manon Glibert, 34 ans sont jugés pour falsification ou recel de documents volés tandis que Benjamin Rosoux, 39 ans, et Mathieu Burnel, 36 ans, sont poursuivis pour refus de se soumettre à un prélèvement biologique, comme quatre autres. 

13 jours d'audience pendant lesquels la défense compte défendre la thèse d'une «instrumentalisation du judiciaire par le politique» et attend une «indépendance totale» du tribunal.

Les avocats du groupe de Tarnac ont appelé à comparaître de nombreux témoins dont l'ex-ministre de l'Intérieur Michèle Alliot-Marie ou l'ancien procureur Jean-Claude Marin, tout en sachant que tous ne viendront pas s'expliquer.

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