Poutine conforté par son triomphe dans les urnes face aux Occidentaux

Le président russe Vladimir Poutine lors d'un rassemblement et un concert à Moscou pour le 4e anniversaire de l'annexion de la Crimée, le 18 mars 2018 [Kirill KUDRYAVTSEV / AFP] Le président russe Vladimir Poutine lors d'un rassemblement et un concert à Moscou pour le 4e anniversaire de l'annexion de la Crimée, le 18 mars 2018 [Kirill KUDRYAVTSEV / AFP]

Vladimir Poutine a remporté une victoire d'une ampleur sans précédent en plus de 18 ans de pouvoir, réélu président avec 76,7% des voix selon des résultats quasi définitifs publiés ce lundi 19 mars, qui le confortent en pleine crise avec les Occidentaux.

Aux commandes du pays depuis 1999 en tant que président ou Premier ministre, Vladimir Poutine peut donc rester au Kremlin pour un quatrième mandat (son dernier selon la Constitution) courant jusqu'en 2024, année où il fêtera ses 72 ans.

Interrogé dimanche soir sur l'éventualité d'une candidature après 2024, il a répondu: «Vous devez plaisanter. Qu'est-ce je dois faire? Rester ici jusqu'à mes 100 ans ? Non».

Présidentielle russe : résultats du 1er tour de scrutin [Vincent LEFAI / AFP]
Présidentielle russe : résultats du 1er tour de scrutin

Des milliers d'irrégularités

Avec plus de cinquante-six millions de voix, il est arrivé très loin devant ses adversaires avec une participation supérieure à la présidentielle de 2012, au prix, selon l'opposition et d'ONG russes, de milliers d'irrégularités : bourrages d'urnes et électeurs emmenés par autocars entiers sous pression de leurs employeurs.

Il s'impose plus que jamais comme l'homme fort d'un pays qu'il a replacé au premier rang sur la scène internationale au prix d'un climat de tensions sans précédent avec les Occidentaux depuis la Guerre froide.

Alimentée par le conflit syrien, la crise ukrainienne ou les accusations d'ingérence russe dans l'élection de Donald Trump, la confrontation Est-Ouest s'est encore accentuée depuis que Londres accuse Moscou d'avoir empoisonné un ex-espion russe au Royaume-Uni. Quasiment muet jusque-là sur l'empoisonnement de Sergueï Skripal et de sa fille, le président russe a assuré, dans sa première conférence de presse après l'élection, qu'accuser la Russie était «du grand n'importe quoi».

L'UE soutient Londres 

Dépouillement des bulletins de vote, le 18 mars 2018 à Simferopol, en Crimée [STR / AFP]
Dépouillement des bulletins de vote, le 18 mars 2018 à Simferopol, en Crimée

Il a ajouté que Moscou était «prêt à coopérer» avec Londres à l'enquête mais les échanges entre les deux pays continuent de ressembler à un dialogue de sourd. Le chef de la diplomatie britannique Boris Johnson a jugé lundi de «plus en plus absurdes» les démentis de la Russie sur son implication et l'UE a réaffirmé son soutien à Londres.

«Nous devons remercier la Grande-Bretagne car encore une fois, ils n'ont pas saisi la mentalité russe. Encore une fois, on nous a mis la pression pile au moment où nous devions nous mobiliser», a ironisé Andreï Kondrachov, porte-parole du QG de campagne de M. Poutine cité par le quotidien Kommersant.

Le Kremlin a relativisé, son porte-parole Dmitri Peskov jugeant «la société soudée par en raison de quelconque attaque mais autour des projets de développement du pays».

Vladimir Poutine [Vincent LEFAI / AFP]
Vladimir Poutine

Poutine félicité par les chefs d'Etat orientaux

Aucune capitale occidentale n'avait félicité le président russe lundi matin. Seule Angela Merkel a annoncé qu'elle le contacterait pour évoquer les relations entre leurs deux pays. La Russie de Vladimir Poutine «va rester un partenaire difficile», a toutefois estimé lundi le ministre allemand des Affaires étrangères, Heiko Maas. «Mais on a aussi besoin de la Russie pour trouver des solutions aux grands problèmes internationaux», a-t-il poursuivi.

En revanche, Vladimir Poutine a été rapidement félicité par le président chinois Xi Jinping, rapidement suivi des chefs d'Etat vénézuelien Nicolas Maduro puis iranien Hassan Rohani, qui a évoqué une «victoire décisive».

Après dépouillement de 99,8% des bulletins, M. Poutine a largement devancé son principal adversaire, le candidat du Parti communiste Pavel Groudinine, qui n'a récolté que 11,79% des voix, devant l'ultranationaliste Vladimir Jirinovski, à 5,66%, et la journaliste proche de l'opposition libérale Ksénia Sobtchak (1,67%). Symboliquement, le scrutin se tenait quatre ans jour pour jour après la ratification du rattachement de la Crimée, à l'issue d'une opération militaire et d'un référendum jugé illégal par Kiev et les Occidentaux.

Un taux de participation contesté 

La participation à 64,7%, légèrement supérieure à celle de 2012, a été portée par les vastes efforts déployés par le Kremlin pour mobiliser des électeurs à se rendre à une élection dont l'issue ne faisait aucun doute.

«Notre peuple s'unit toujours dans les moments difficiles. Plusieurs dirigeants étrangers ont apporté leur contribution. Un grand merci à eux», a renchéri la présidente de la Commission électorale, Ella Pamfilova. Elle a estimé que les élections avaient été «transparentes au maximum», en passant en revue lundi en direct à la télévision quelques cas de fraudes signalés dans les bureaux de vote et les mesures prises en réaction.

L'opposition russe, et en premier lieu l'adversaire le plus acharné du pouvoir Alexeï Navalny, interdit de participation au scrutin et qui avait appelé au boycott, ont accusé les autorités d'avoir gonflé le taux de participation grâce à de nombreuses fraudes, en bourrant les urnes ou en organisant le transport massif d'électeurs vers les bureaux de vote. «La victoire de Poutine avec plus de 70% a été décidée à l'avance», a expliqué l'opposant, qui a prévenu qu'il continuerait à appeler à des manifestations, «seul moyen de mener une lutte politique en Russie».

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