Près de 6 milliards de personnes pourraient manquer d'eau dès 2050

Le niveau en eau très bas du réservoir d'Entrepenas, près de Sacedon, le 24 novembre 2017 en Espagne [PIERRE-PHILIPPE MARCOU / AFP/Archives] Le niveau en eau très bas du réservoir d'Entrepenas, près de Sacedon, le 24 novembre 2017 en Espagne. [PIERRE-PHILIPPE MARCOU / AFP/Archives]

En 2050, près de six milliards de personnes, soit la moitié de la population mondiale, pourraient manquer d’eau, selon le rapport annuel de l’Unesco rendu public ce lundi à Brasilia.

Aujourd’hui, près de la moitié de la population mondiale – 3,6 milliards de personnes – vit dans des zones où l’eau peut manquer d'eau au moins un mois par an.

La demande en eau ne fait qu’augmenter et les besoins devraient atteindre entre 5.500 et 6.000 km3 d’ici 2050. Mais les réserves s’épuisent. Le rapport indique que le principal problème est l’utilisation de l’eau à des fins agricoles. L’irrigation est identifiée par le rapport «comme le principal moteur de l’épuisement» de ces gisements. «Un tiers des plus grands systèmes d’eaux souterraines sont déjà en détresse», souligne les experts.

Une combinaison entre infrastructures «grises» et «vertes»

Parallèlement, la qualité de l’eau se dégrade, polluée par les eaux usées industrielles et municipales et les produits chimiques agricoles.

Des solutions doivent ainsi être trouvées et pas seulement par le biais de réservoirs ou autres «infrastructures grises». «Il faut travailler avec la nature, l’imiter», a expliqué lors d’une conférence de presse à Paris Richard Connor, rédacteur en chef du rapport annuel des Nations unies sur ce sujet. Il faudrait alors, selon ce dernier, chercher «la meilleure combinaison» entre infrastructures «grises» et «vertes».

Les infrastructures «vertes» permet de répondre à plusieurs problèmes en même temps (économique, environnementaux) contrairement aux infrastructures «grises» qui se limitent à des fonctions uniques, selon l'Agence européenne pour l'environnement. 

Les 45 pays en pénurie d'eau dans le monde [Thomas SAINT-CRICQ / AFP]
Les 45 pays en pénurie d'eau dans le monde [Thomas SAINT-CRICQ / AFP]

Des processus naturels peuvent «agir comme régulateurs, nettoyeur et fournisseurs d’eau», a-t-il ajouté. Les solutions consistant à préserver des écosystèmes ou à copier des processus naturels ont déjà fait leur preuve, a assuré le scientifique.

Depuis deux décennies, la municipalité de New York a développé une politique originale de protection des trois bassins versants qui alimentent la ville et ses 8,5 millions d'habitants : elle participe à des programmes de préservation des forêts et rémunère des agriculteurs pour leurs bonnes pratiques, moins polluantes.

Résultat : New York «reçoit une des eaux les plus propres des Etats-Unis», selon Richard Connor, tout en économisant 300 millions de dollars par an sur son traitement.

Autre exemple, en Egypte : un projet pilote de zones humides aménagées à Bilbeis, à 55 kilomètres au nord du Caire, a permis de traiter des eaux usées et d'irriguer des eucalyptus, tout en étant «moins onéreux» que les solutions habituelles d'épuration.

«Ces solutions sont rentables» et «ne coûtent pas plus cher», a insisté M. Connor.

Avantages annexes

Le réservoir Jacqueline Kennedy Onassis à central Park, le 8 avril 2014 à New York [STAN HONDA / AFP/Archives]
Le réservoir Jacqueline Kennedy Onassis à central Park, le 8 avril 2014 à New York [STAN HONDA / AFP/Archives]

Les principaux secteurs où elles pourraient être déployées sont l'agriculture, mais aussi «les villes en croissance», notamment dans les pays en développement, a estimé le scientifique. «Avant de mettre de l'asphalte et du ciment partout, on peut y penser à deux fois et maintenir plus de zones vertes.»

Le recours à des systèmes naturels ou semi-naturels offre de nombreux autres avantages. En plus d'améliorer la disponibilité en eau et sa qualité, «il est possible d'augmenter la production agricole par hectare avec une meilleure gestion de l'eau» et de nourrir ainsi plus de monde, a assuré Stefan Uhlenbrook, coordinateur du programme mondial des Nations Unies pour l'évaluation des ressources en eau (WWAP).

Les infrastructures «vertes» perçues comme étant «moins efficaces»

Les infrastructures «vertes» jouent aussi sur l'érosion et la qualité des sols, la végétation, les risques de sécheresse et d'inondation. Les populations autochtones peuvent être associées à leur mise en oeuvre, ce que ne font pas les infrastructures «grises», souligne le rapport.

Pour autant, le recours à ces solutions «reste marginal». «Des chiffres précis ne sont pas disponibles», mais les investissements dans ces techniques «semblent inférieurs à 1% (...) de l'investissement total dans l'infrastructure et la gestion des ressources en eau», selon ce document.

Elles «sont souvent perçues comme étant moins efficaces», car moins visibles, a constaté M. Connor. Une digue est un outil de lutte contre les inondations plus concret pour le grand public que des zones humides, qui vont pourtant «agir comme des éponges» et absorber les excédents d'eau en amont. Un autre a priori est qu'il faut plus de temps pour créer une infrastructure «verte» et qu'elle soit efficace.

Sa mise en œuvre nécessite aussi, observe le rapport, «la coopération entre plusieurs institutions et parties prenantes, ce qui peut être difficile à réaliser.»

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