Syrie : colère d'Ankara après le soutien de Paris à une force arabo-kurde

Les présidents turc Recep Tayyip Erdogan et français Emmanuel Macron à Paris, le 5 janvier 2018 [LUDOVIC MARIN / POOL/AFP/Archives] Le président turc Recep Tayyip Erdogan a exprimé sa colère après les déclarations d'Emmanuel Macron. [LUDOVIC MARIN / POOL/AFP/Archives]

La Turquie a rejeté sans appel vendredi une proposition de médiation de Paris pour un dialogue avec une force arabo-kurde combattue par Ankara en Syrie et dont des représentants ont été reçus jeudi par le président français.

La rencontre entre Emmanuel Macron et une délégation des Forces démocratiques syriennes (FDS) est survenue au moment où Ankara affiche sa détermination à complètement déloger du nord de la Syrie des éléments kurdes qui la composent.

L'armée turque et ses supplétifs syriens ont déjà expulsé de la région d'Afrine les Unités de protection du peuple (YPG), qui sont l'épine dorsale des FDS.

Au cours de l'entretien, M. Macron a certes dit, selon l'Elysée, son attachement à la sécurité de la Turquie, mais aussi prôné un dialogue entre Ankara et les FDS «avec l'assistance de la France et la communauté internationale».

Colère d'Erdogan

Le président turc Recep Tayyip Erdogan a réagi sur le ton de la colère vendredi, accusant M. Macron de faire des déclarations qui le «dépassent». «Qui êtes-vous pour parler de médiation entre la Turquie et une organisation terroriste ?», a tonné le chef de l'Etat turc qui s'est dit «extrêmement peiné par (...) l'approche totalement erronée de la France à ce sujet».

Cette montée de tension, sur fond de dialogue de plus en plus difficile entre Ankara et l'Occident, survient alors que la situation est particulièrement volatile dans le nord de la Syrie, où les intérêts de plusieurs acteurs internationaux et non-étatiques s'entrechoquent.

La Turquie menace avec insistance d'élargir son opération militaire contre les YPG, mais plusieurs pays, dont la France et les Etats-Unis, estiment que l'offensive d'Ankara contre la milice kurde affaiblit par ricochet la lutte contre Daesh.

Bien qu'abhorrées par Ankara, les FDS sont en effet le fer de lance sur le terrain en Syrie de la Coalition internationale, emmenée par les Etats-Unis, contre Daesh. Elles ont largement contribué à la défaite des jihadistes dans leur fief syrien de Raqqa.

Destruction dans la localité d'Afrine, le 19 mars 2018 après des affrontements entre les forces turques et des milices kurdes [STRINGER / AFP/Archives]
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Destruction dans la localité d'Afrine, le 19 mars 2018 après des affrontements entre les forces turques et des milices kurdes

 

La rencontre à l'Elysée est survenue quelques jours après l'attaque menée dans le sud-ouest de la France par un jihadiste se revendiquant de Daesh. M. Macron a ainsi réaffirmé devant les représentants des FDS «la priorité de ce combat alors que la menace terroriste perdure».

Il a aussi assuré les FDS «du soutien de la France, en particulier pour la stabilisation de la zone de sécurité au nord-est de la Syrie, dans le cadre d'une gouvernance inclusive et équilibrée, pour prévenir toute résurgence» de Daesh, selon l'Elysée.

Mais pour Ankara, les FDS ne sont qu'un paravent qui vise à légitimer les YPG, un groupe étroitement lié au Parti des Travailleurs du Kurdistan (PKK) qui est une organisation classée «terroriste» par Ankara et ses alliés occidentaux, dont la France.

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