Un journaliste russe spécialiste de la corruption meurt dans des circonstances étranges

Le journaliste russe Maksim Borodin est mystérieusement mort défenestré de son appartement, situé au 5e étage. [Capture d'écran Facebook].

Le journaliste d'investigation russe Maksim Borodin est mort dimanche des suites de ses blessures à l'hôpital d'Ekaterinbourg, après avoir chuté deux jours plus tôt du balcon de son appartement situé au cinquième étage. Les circonstances de sa mort suscitent des interrogations.

Âgé de 32 ans, Borodin travaillait pour le quotidien Novy Den (Nouveau Jour, en français) et s'était spécialisé dans les affaires liées au crime et à la corruption.

Selon le média Radio Free Europe, sa mort est considérée comme un suicide par les autorités. Un porte-parole de la police locale a déclaré qu'il était «improbable que cette histoire soit de nature criminelle», puisque la porte de l'appartement de Borodin était fermée de l'intérieur et qu'aucun signe d'effraction n'aurait été relevé. 

La police a en outre précisé que les clés de l'appartement avaient, elles aussi, été retrouvées à l'intérieur. Elle a ajouté qu'aucune lettre d'adieu n'a été retrouvée, ce qui aurait pu expliquer le geste du journaliste.

Un mystérieux exercice de la police mené quelques jours plus tôt

Mais ces explications sont loin d'avoir convaincu Polina Rumyantseva, rédactrice en chef de Novy Den, qui a déclaré de son côté qu'elle ne croyait pas que Borodin ait pu volontairement mettre fin à ses jours. 

Des éléments troublants, survenus peu de temps avant la mort de Borodin, jettent en effet le doute quant à la version officielle.

Comme le relève Radio Free Europe, Vyacheslav Bashkov, un ami de Borodin, a par exemple rapporté dans un message publié sur Facebook le 15 avril dernier que Borodin l'avait contacté paniqué, le 5 avril à 5 h du matin, en l'informant que son immeuble était entouré de «forces de sécurité» entièrement camouflées et masquées.

D'après Bashkov, Borodin aurait déclaré qu'il pensait que son appartement était sur le point d'être fouillé et que les agents de sécurité attendaient un quelconque feu vert de la justice ou de la police. Selon Bashkov, le journaliste lui aurait alors même demandé de lui trouver un avocat.

Pour une raison inconnue, Borodin aurait par la suite contacté de nouveau Bashkov, une heure après leur premier entretien, pour lui dire qu'il «s'était trompé» et que les agents de sécurité menaient «une sorte d'exercice».

Bashkov précise enfin ne pas avoir rappelé Borodin les jours qui ont suivi «bien [qu'il] s'attendait à ce qu'il écrive quelque chose sur Facebook», ce que Borodin n'a pas fait.

Huit jours plus tard, son corps désarticulé était retrouvé au pied de son immeuble, sous son balcon.  

De troublantes révélations sur le rôle de la Russie en Syrie

Quelques semaines avant sa disparition, Maksim Borodin avait révélé que des mercenaires russes combattant pour Bachar al-Assad sont morts en Syrie, dans des frappes américaines.  

Des mercenaires qui seraient affiliés à une organisation opaque, le groupe Wagner, et qui, selon certains rapports relayés par la presse anglo-saxonne, pourraient être impliqués dans la mort d'au moins 200 rebelles syriens. 

Selon la BBC, le groupe Wagner compterait environ 2.500 mercenaires en Syrie.

Au vu de tous ces élements, Vyacheslav Bashkov, a appelé à l'ouverture d'une enquête indépendante afin de faire toute la lumière sur la mort de son ami.

«Tous ceux qui connaissaient Maksim à Ekaterinbourg savent qu'il était un journaliste honnête et intègre, capable d'aller jusqu'au bout», a-t-il déclaré.

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