Tout comprendre à la crise au Nicaragua

La répression a fait plus de 300 morts depuis le début du conflit au Nicaragua. [INTI OCON / AFP]

Le Nicaragua est en proie depuis trois mois à un intense mouvement de protestation. Plus de 300 opposants ont été tués depuis le début du conflit dans ce pays d'Amérique centrale.

Une insurrection réprimée dans le sang par le président Daniel Ortega et sa femme vice-présidente Rosa Murillo, sourds au dialogue proposé par l'Eglise. Leurs opposants dénoncent la confiscation du pouvoir et la dictature instaurée par l'ex-révolutionnaire. 

Comment la crise est-elle née ?

Pour remonter jusqu'à l'origine de cette crise, il faut revenir trois mois en arrière. Le 18 avril dernier, le gouvernement de Daniel Ortega annonce une large réforme du système social. Deux mesures clés - l'augmentation des cotisations sociales et l'abaissement de 5% des pensions de retraite - cristallisent les tensions.

Le texte polémique a agi comme un étincelle, révaillant les frustrations d'ordre économique et le mécontentement vis-à-vis de la politique menée par le chef de l'Etat.

Plusieurs manifestations sont alors organisées dans différentes villes du Nicaragua pour dénoncer la réforme, les étudiants en tête. Le mouvement est durement réprimé. 25 personnes sont tués en cinq jours d'affrontements.

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© INTI OCON / AFP

Daniel Ortega finit par abandonner le projet de réforme quelques jours plus tard, mais la contestation s'amplifie pour dénoncer la sanglante répression. Le 23 avril, des dizaines de milliers de personnes descendent dans les rues de la capitale, Managua. Amnesty International dénonce alors l'emploi de groupes paramilitaires proches du pouvoir, appelés les «turbas sandinistas» pour mater les manifestants. 

Comment s'organise la contestation ? 

Si les universités sont les premiers foyers de mobilisation, ouvriers, paysans et hommes d'affaires se retrouvent à battre le pavé ensemble contre la répression sous l'égide de l'Alliance civique pour la justice et la démocratie. Une large partie des 6 millions de Nicaraguayens souhaitent le départ du couple présidentiel, selon les enquêtes menées sur place. Après un mois et demi d'affrontements de plus en plus intenses, les milieux d'affaires ont d'ailleurs fini par retirer leur confiance dans le gouvernement.

Les appels à la grève se multiplient. Le nombre de morts grimpe en flèche, particulièrement dans la capitale mais surtout à Masaya, 20 kilomètres au sud. Le 17 juillet marque un pic de violence : les forces anti-émeutes et paramilitaires lancent une offensive contre la ville et prennent le contrôle du quartier rebelle de Monimbo, à laquelle les anti-gouvernements répondent par des barricades de pavés, où fleurissent les drapeaux bleus et blancs nicaraguayens.

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©MARVIN RECINOS / AFP

Depuis le début du conflit, plus de 300 morts sont dénombrés du côté des opposants. Du côté du pouvoir, les termes «terroristes» et «pustchistes» sont employés pour désigner les opposants. 

Une résolution pacifique-est-elle possible ?

L'Eglise fait office de médiateur depuis le début du conflit. Les évêques ont tenté à maintes reprises d'ouvrir un dialogue, une médiation adoubée par les deux camps. Pour autant, le président Ortega refuse catégoriquement de quitter le pouvoir.

Le 7 juin, la Conférence épiscopale du Nicaragua (CEN) débouche sur la présentation d'un plan de démocratisation, proposant notamment des élections anticipées. Mais la présidence reste sourde. Face à la flambée de violence, les évêques pointent le manque de volonté du chef de l'Etat d'aller vers plus de démocratie. 

Très exposés de par leurs prises de positions publiques, les membres de l'Eglise nicaraguayenne sont devenus eux aussi des cibles des violences perpétrées par les forces pro-gouvernementales. 

Pourquoi l'ex-révolutionaire Daniel Ortega est-il inamovible ? 

Figure de proue du Front sandiniste de libération nationale, héros de l'insurrection qui entraîna la chute en 1979 du dictateur Anastasio Somoza, Daniel Ortega, 72 ans, occupe le fauteuil présidentiel depuis trois mandats. Le soulèvement populaire dénonce cette confiscation du pouvoir orchestré par cet ancien admirateur de Che Guevara

Grand perdant des élections de 1990, Daniel Ortega est revenu à la tête de l'Etat en 2006 et ne le quittera plus. A l'issue des élections présidentielles de 2011, il obtient le droit d'entamer un deuxième mandat présidentiel et ce malgré que la Constitution l'interdise. En 2014, il finit par faire modifier le texte afin de postuler pour un troisième mandat et remporte les urnes en 2016

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© INTI OCON / AFP

Première dame depuis 2007, Rosario Murillo, son épouse, occupe le poste de vice-présidente. Le duo présidentiel est accusé d'avoir mis en place une dictature, traversée par la corruption et le népotisme. En effet, les dix enfants du couple, issus de différents mariages, occupent tous des postes hauts placés dans divers secteurs clés, notamment dans les médias et l'information. 

Comment réagit la communauté internationale ? 

Isolé sur la scène internationale, le gouvernement du Nicaragua accumule les sanctions et les pressions diplomatiques. «Il est absolument essentiel que cesse immédiatement la violence et que soit relancé le dialogue national parce que seule une solution politique est acceptable pour le Nicaragua», a déclaré le 17 juillet le secrétaire général des Nations unies Antonio Guterres, après l'assaut contre Masaya.

Bruxelles tire également la sonnette d'alarme. L'Union européenne exhorte le président Ortega à mettre fin aux violences. Un appel auquel la France s'est joint, condamnant «les attaques perpétrées ces derniers jours par les forces de police et les unités paramilitaires contre des responsables religieux et des manifestants pacifiques, notamment des étudiants».

Treize pays sud-américains se sont mis d'accord sur une déclaration commune pour réclamer «la cessation immédiate des actes de violence et le démantèlement des groupes paramilitaires».

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