L'Arabie Saoudite expulse l'ambassadeur du Canada pour «ingérence»

Le prince saoudien Mohammed ben Salmane a décidé d'expulser l'ambassadeur canadien, reprochant à son pays une ingérence les affaires intérieures du royaume [BANDAR AL-JALOUD / Saudi Royal Palace / AFP]

L'Arabie Saoudite a annoncé lundi sa décision d'expulser l'ambassadeur du Canada à Riyad et de rappeler son propre ambassadeur à Ottawa, en raison de «l'ingérence» du Canada dans ses affaires intérieures. Les relations commerciales ont également été gelées entre les deux pays. 

Une décision radicale, annoncée par le ministère des affaires étrangères du royaume saoudien, qui fait suite à un appel du Canada pour la «libération immédiate de militants des droits de l'Homme, incarcérés en Arabie Saoudite

Le ministère des Affaires étrangères canadien a réagi à l'annonce dans la journée, se déclarant être «sérieusement inquiet de ces informations de presse», par la voix de son porte-parole. «Nous cherchons à en savoir plus sur la récente déclaration du Royaume d'Arabie saoudite», a-t-il ajouté. 

Au coeur de cette faire diplomatique, l'ambassade canadienne à Riyad s'était dite «gravement préoccupée» par une nouvelle vague d'arrestations de défenseur des droits de l'Homme dans l'Etat du Moyen-Orient. L'arrestation de Samar Badaoui, activiste saoudienne internationalement reconnu, et de sa collègue Nassima al-Sadah, annoncé en fin de semaine dernière, avait fait particulièrement réagir la diplomatie canadienne. 

Riyad, qui a donné 24 heures au diplomate canadien pour quitter le pays, a exprimé sa réprobation envers la formulation du texte, vue par le ministère des affaires étrangères comme une intrusion du Canada dans ses affaires intérieures. «Il est très regrettable que les mots "libération immédiate" figurent dans le communiqué canadien, déclarait le ministre des Affaires étrangères saoudien. C’est inacceptable dans les relations entre deux pays.»

Si les relations commerciales entre les deux pays demeuraient limités, de nombreux étudiants saoudiens installés au Canada (15 000 en 2007) pourraient être menacés par la fin des accords bilatéraux entre les deux pays.

Des militantes acclamées à l'international sous les verrous

Avec l'égalité homme-femme comme cheval de bataille, Samar Badaoui avait reçu en 2012 le prix international du courage féminin, décerné par le département d'Etat américain. La militante saoudienne fait campagne depuis 2012 pour la libération de son Raef al-Badaoui, un blogueur dissident, condamné à dix ans de prison et à 1 000 coups de fouet pour «insulte à l'islam», en raison de propos tenus sur son blog, mais aussi de son ancien, Walid Abou al-Khair.

badawi_0.jpgSamar Badaoui, au centre, reçoit des mains de Michelle Obama et d'Hillary Clinton, le Prix international du courage des femmes lors d’une cérémonie au Département d’Etat américain à Washington le 8 mars 2012 © JEWEL SAMAD / AFP

Depuis le Canada, où l'épouse de Raef al-Badaoui est réfugiée depuis l'automne 2013 avec ses trois enfants, le Premier ministre Justin Trudeau avait lui-même avisé en avril dernier le prince saoudien Mohammed ben Salmane de «ses préoccupations importantes et constantes» à l'égard du blogueur emprisonné.

Les arrestations de Samar Badaoui et de sa collègue sont intervenues quelques semaines après celles d'une dizaine de militantes des droits des femmes, accusées de porter atteinte à la sécurité nationale et de collaborer avec les ennemis de l'État. 

Une diplomatie aggressive

La réaction de Riyad illustre la politique étrangère offensive menée par le prince saoudien, Mohammed ben Salmane depuis son arrivée à la tête du pouvoir en 2017. Tout en verouillant toute forme d'opposition au sein du royaume, le dirigeant de 32 ans a notamment ordonné le blocage de son voisin du Qatar ou la participation de l'aviation saoudienne aux bombardements contre les rebelles Houthis soutenus au Yémen par son ennemi et rival l'Iran.

Le jeune prince héritier saoudien s'est fait, en parallèle, l'instigateur d'une série de réformes, comme l'autorisation de conduire pour les femmes, visant à redorer l'image conservatrice du royaume. Un manière de préparer le pays à sa reconversion économique, après des décennies de «tout-pétrole». 

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