Dopage : malgré les critiques, l'AMA lève ses sanctions contre la Russie

Angence mondiale antidopage à Montréal, le 20 septembre 2016 [Marc BRAIBANT / AFP/Archives] Angence mondiale antidopage à Montréal, le 20 septembre 2016 [Marc BRAIBANT / AFP/Archives]

La fin de l'isolement ? L'Agence mondiale antidopage (AMA) a décidé de lever jeudi les sanctions prises contre la Russie et son système de dopage institutionnel ayant eu cours entre 2011 à 2015, en dépit de nombreuses critiques l'accusant de complaisance envers Moscou.

L'enjeu de la levée des sanctions est crucial. Au-delà de l'image de la Russie dans le sport, elle peut entraîner dans les prochains mois d'autres décisions, en premier lieu au sein de la fédération internationale d'athlétisme (IAAF), qui l'a bannie depuis novembre 2015. Moscou a immédiatement salué l'annonce, fruit d'un «énorme travail» réalisé ces dernières années dans la lutte contre le dopage, alors que l'avocat de l'ancien directeur de laboratoire ayant révélé le système de dopage russe, Grigory Rodchenkov, a lui qualifié la décision de «plus grande trahison de l'histoire olympique contre les athlètes honnêtes».

La présidente du comité des sportifs de l'AMA, la skieuse de fond canadienne Beckie Scott, s'est elle dite «profondément déçue». La décision de lever la suspension de la Rusada «est un coup extrêment dur porté à la crédibilité de l'organisation (AMA)», a-t-elle déploré, interrogée par la chaîne canadienne CBC. L'agence américaine antidopage (USADA) évoque elle «un choc dévastateur pour les athlètes propres du monde entier».

«Tour de passe-passe»

Réuni aux Seychelles, le comité exécutif de l'AMA a décidé lors d'une réunion à huis clos de «rétablir la Rusada comme conforme au Code (mondial antidopage, ndlr), et ce seulement sous strictes conditions», a déclaré le président de l'AMA, Craig Reedie, cité sur le compte Twitter officiel de l'institution. Le comité exécutif a décidé d'une date butoir - non précisée - d'ici laquelle la Rusada devra donner accès à l'AMA à ses échantillons et ses données provenant de son laboratoire de Moscou. Si cette date n'était pas respectée, le comité exécutif a pris un «engagement clair» de suspendre à nouveau l'agence russe, selon la même source.

L'accès à ces données et échantillons était initialement une des conditions préalables à la levée des sanctions contre la Rusada. Mais l'AMA avait indiqué la semaine dernière avoir reçu une recommandation interne pour lever la suspension de Rusada, décidée en novembre 2015 au début du scandale ayant révélé l'existence d'un système institutionnel de dopage entre 2011 et 2015 en Russie. Une annonce qui avait valu à l'AMA un déluge de critiques sur son indulgence supposée.

«Tour de passe-passe» selon le patron de l'agence antidopage américaine (USADA) Travis Tygart, «exigences à deux vitesses» aux yeux de son homologue française (AFLD) Dominique Laurent : un déluge de critiques s'était abattu depuis sur l'AMA, accusée de sacrifier l'intégrité du sport sur l'autel de la realpolitik.

- Rapport McLaren -

Les membres du comité exécutif de l'Agence mondiale antidopage (AMA) en réunion le 20 septembre 2018, à Victoria, aux Seychelles [Rassin VANNIER / AFP]
Les membres du comité exécutif de l'Agence mondiale antidopage (AMA) en réunion le 20 septembre 2018, à Victoria, aux Seychelles

Frappée par les sanctions en novembre 2015, Rusada a déjà repris ses contrôles depuis 2017, sous tutelle internationale. Mais il restait deux conditions fixées par l'AMA pour un retour à la normale : d'une part, que les autorités russes acceptent publiquement les conclusions du rapport McLaren sur l'existence d'un système institutionnel de dopage; d'autre part, que le gouvernement russe donne accès à l'AMA au laboratoire antidopage de Moscou, au coeur de la triche pendant des années.

La Russie a d'abord farouchement nié tout problème, avant d'avancer pas à pas vers un compromis, dans des courriers à l'AMA où chaque ligne est scrutée pour deviner une confession. Ainsi, dans une lettre mi-mai, le ministre des Sports Pavel Kolobkov reconnaît que des «manipulations inacceptables du système antidopage» ont existé. Mais quelques jours plus tard, il lâche dans une interview : «nous sommes en désaccord avec le rapport McLaren».

Décidée à tourner la page et sous la pression des fédérations internationales, la direction de l'AMA a aussi cherché le compromis. Dans un courrier du 22 juin, elle encourage Moscou à des aveux édulcorés sur «l'implication de personnes au sein du ministère des Sports et de ses entités».

Réponse du ministre Kolobkov dans une autre missive du 13 septembre: des aveux du bout de la plume, sans mention qu'un système d'Etat ait existé, et la promesse de remettre une copie de la banque de données du laboratoire de Moscou, mais une fois que Rusada sera réintégrée. Le bras-de-fer, qui se sera déroulé se fond de campagne pour la succession au poste de président de l'AMA, semble avoir tourné à l'avantage de la Russie, qui a remporté aux Seychelles une bataille importante en vue de voir flotter à nouveau son drapeau lors des compétitions internationales d'athlétisme.

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