Manuel Valls annonce qu'il va démissionner de son poste de député en France

L’ancien chef du gouvernement français Manuel Valls a annoncé, ce mardi 25 septembre, le début de sa campagne. Une aventure inédite.

Une situation si imprévisible que certains ont eu du mal à y croire. Un ex-Premier ministre français, Manuel Valls, à la conquête d’une municipalité dans un autre pays d’Europe : Barcelone, en Espagne. Le député de l’Essonne, natif de la capitale catalane, tenait ce mardi 25 septembre une conférence de presse pour annoncer sa décision sur le sujet.

«Je veux être le prochain maire de Barcelone», a déclaré Manuel Valls lors de la conférence, et également sur Twitter. 

Il a également annoncé qu'il allait démissionner de son mandat de député en France. «La semaine prochaine, j'abandonnerai mon mandat de député et toutes mes responsabilités locales», a-t-il déclaré en français, alors que les appels à sa démission de l'Assemblée nationale étaient nombreux en France ces derniers jours.

Après avoir multiplié les déplacements dans sa ville d’origine ces derniers mois, il était en effet pressenti pour devenir le candidat du parti de centre-droit Ciudadanos aux municipales de mai 2019. Une tentative audacieuse pour ce vétéran du pouvoir, en pleine impasse politique en France.

Le retour aux origines

Prises de position contre l’indépendance de la Catalogne, participation à un ouvrage collectif en Espagne sur le sujet, cours dans une école de commerce locale, tweets en espagnol et en catalan, deux langues qu’il parle couramment… Depuis presque un an, Manuel Valls se fait de plus en plus présent au sud des Pyrénées.

Un engagement moins étonnant qu’il n’y paraît, selon le communicant politique Philippe Moreau-Chevrolet. «Valls a toujours soigné ses origines barcelonaises», rappelle le spécialiste, soulignant que «la question des racines est une préoccupation centrale chez lui».

Reste que se présenter à la mairie d’une ville importante après avoir occupé les plus hautes fonctions dans un autre pays ne va pas de soi. Les modalités exactes de cette candidature potentielle demeurent floues : si Ciudadanos est évoqué, l’ancien maire d’Evry n’a pas encore rejoint officiellement ce parti. 

«Valls a un certain prestige, du fait d’avoir eu un parcours politique de haut niveau, explique le professeur Bernard Bessière, spécialiste de l’Espagne. Mais les Espagnols se méfient terriblement des Français», souligne-t-il, jugeant très incertain le succès de l’initiative de l’ex-Premier ministre. D’autant que «Barcelone est une ville où s’expriment des positions beaucoup plus libérales que les siennes sur l’immigration», rappelle Philippe Moreau-Chevrolet. 

Manuel Valls arrive en outre dans un contexte tendu, la question du référendum d’autodétermination de la Catalogne n’étant toujours pas réglée. Ses prises de position très nettes contre l’indépendance pourraient donc le desservir, par rapport à la maire de gauche sortante Ada Colau, restée délibérément plus floue sur le sujet. 

Sortir de l’impasse française

Dans ces conditions complexes, l’élection de Manuel Valls à Barcelone sera un symbole fort pour l’Europe, mais aussi une belle revanche personnelle. «En France, ses débouchés politiques sont à peu près nuls», assure en effet Philippe Moreau Chevrolet. Rallié à la majorité présidentielle sans avoir obtenu l’investiture de La République en marche pour sa campagne parlementaire, celui qui fut longtemps au cœur du pouvoir n’y tient plus qu’un rôle secondaire. 

La rareté de ses apparitions au Palais Bourbon a d’ailleurs été régulièrement critiquée par ses pairs. Et depuis que sa candidature à Barcelone s'est précisée, ce sont les appels à sa démission du Parlement qui se sont multipliés. Une perspective qui rend plus décisive encore son aventure espagnole : gagner et entrer dans l’Histoire, ou perdre sans la moindre bouée de sauvetage. 

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