Moscou avertit Trump qu'il est «dangereux» de sortir d'un traité nucléaire

Moscou a averti dimanche le président américain Donald Trump que son intention de sortir d'un traité nucléaire signé pendant la guerre froide était un pas «très dangereux».

«Cela serait un pas très dangereux qui, j'en suis sûr, ne sera pas compris par la communauté internationale et va même s'attirer de sérieuses condamnations», a déclaré dimanche le vice-ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Riabkov.

Samedi, M. Trump avait annoncé que les Etats-Unis prévoyaient de sortir du traité INF (Intermediate Nuclear Forces Treaty) sur les armes nucléaires de portée intermédiaire, signé en 1987 par les dirigeants américain et soviétique de l'époque, Ronald Reagan et Mikhaïl Gorbatchev.

«La Russie n'a pas respecté le traité. Nous allons donc mettre fin à l'accord et développer ces armes», a-t-il lancé. M. Riabkov a rejeté dimanche ces accusations. «Non seulement nous ne violons pas le traité, mais nous le respectons de la façon la plus stricte», a-t-il insisté.

«Et nous avons fait preuve de patience au fil des années face à de flagrantes violations du traité par les Etats-Unis eux-mêmes», a-t-il affirmé

L'arsenal nucléaire mondial en 2018 [Sabrina BLANCHARD / AFP]
L'arsenal nucléaire mondial en 2018

Si les Etats-Unis continuent à agir «de façon maladroite et grossière» et à se retirer unilatéralement de traités internationaux, «alors nous n'aurons pas d'autre choix que de prendre des mesures de rétorsion y compris impliquant de la technologie militaire», a déclaré sans autre précision M. Riabkov à l'agence RIA Novosti. «Mais nous ne voulons pas en arriver là», a-t-il ajouté.

Le conseiller de la Maison blanche à la Sécurité nationale, John Bolton, était attendu dimanche à Moscou. «Nous espérons qu'il va nous expliquer de façon plus substantielle et claire, au cours de nos rencontres demain et après-demain, quelles actions les Etats-Unis comptent entreprendre», a encore dit M. Riabkov.

M. Bolton doit rencontrer lundi et mardi plusieurs responsables russes, à commencer par le ministre des Affaires étrangères Serguei Lavrov, en préparation à une éventuelle rencontre entre M. Trump et le président russe Vladimir Poutine, qui pourrait internvenir d'ici la fin de l'année.

Le président américain Ronald Reagan et le dirigeant soviétique Mikhaïl Gorbatchev lors d'un sommet sur l'armement nucléaire, le 8 décembre 1987 à Washington [JEROME DELAY / AFP/Archives]
Le président américain Ronald Reagan et le dirigeant soviétique Mikhaïl Gorbatchev lors d'un sommet sur l'armement nucléaire, le 8 décembre 1987 à Washington

Le conseiller américain verra également le chef du Conseil de sécurité Nikolaï Patrouchev et le conseiller présidentiel Iouri Ouchakov. Un porte-parole du Kremlin a également indiqué qu'il était «possible» que M. Bolton rencontre le président Poutine.

Selon le journal anglais The Guardian, c'est M. Bolton lui-même qui fait pression sur le président américain pour un retrait du traité INF. C'est aussi lui qui bloque toute négociation pour une extension du traité New Start sur les missiles stratégiques, qui arrive à expiration en 2021.

Accusations croisées

Washington se plaint du déploiement par Moscou du système de missiles 9M729, dont la portée selon Washington dépasse les 500 km, ce qui constitue une violation du traité INF.

Ce traité, en abolissant l'usage de toute une série de missiles d'une portée variant de 500 à 5.500 km, avait mis un terme à la crise déclenchée dans les années 1980 par le déploiement des SS-20 soviétiques à têtes nucléaires ciblant les capitales occidentales.

John Bolton, conseiller à la sécurité nationale, lors d'un point de presse à la Maison Blanche, le 3 octobre 2018 à Washington [Mandel NGAN / AFP/Archives]
John Bolton, conseiller à la sécurité nationale, lors d'un point de presse à la Maison Blanche, le 3 octobre 2018 à Washington

Moscou a répondu aux accusations américaines par d'autres accusations. M. Riabkov a parlé dimanche de «chantage» et la veille une source du ministère russe des Affaires étrangères avait affirmé que Washington «se rapprochait de cette étape depuis plusieurs années en détruisant délibérément et pas à pas la base de cet accord».

«Cette décision entre dans le cadre de la politique américaine de retrait des accord internationaux légaux qui lui donnent autant de responsabilité qu'à ses partenaires et fragilise donc l'idée de sa propre exception», a poursuivi cette source.

Le retrait américain «est le deuxième plus gros coup porté contre tout le système de stabilité mondiale», a affirmé un sénateur russe, Alexeï Pouchkov, le premier étant le retrait américain en 2001 du traité ABM sur les missiles antibalistiques

Cette mesure américaine pourrait avoir aussi Pékin en ligne de mire : la Chine, n'étant pas signataire, peut développer sans contrainte des armes nucléaires de portée intermédiaire.

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