Jamal Khashoggi tué à cause d'une conversation WhatsApp ?

Jamal Khashoggi a appris au début du mois d'août 2018 que le téléphone d'Omar Abdulaziz avait été piraté[MOHAMMED AL-SHAIKH / AFP]

Le journaliste Jamal Khashoggi aurait-il été exécuté à cause d'un simple message critiquant le régime saoudien ? C'est en tout cas la théorie du militant Omar Abdulaziz, qui assure que son téléphone a été piraté par les autorités saoudiennes peu avant la mort de son ami. 

L'application de messagerie instantanée garantissant le cryptage des données, les deux Saoudiens pensaient certainement que leurs conversations étaient privées. Sauf que le téléphone portable d'Omar Abdelaziz, qui vit désormais à Montréal, avait été infecté par Pegasus, un puissant logiciel espion qui permet de géolocaliser l'appareil touché, d'activer le micro, d'écouter les conversations, et de lire les messages, e-mails et autres mots de passe. 

«Que dieu nous vienne en aide»

Selon les chercheurs de Citizen Lab, un laboratoire de recherche interdisciplinaire basé à la Munk School of Global Affairs de l'Université de Toronto (Canada), Omar Abdelaziz aurait reçu une fausse notification concernant un colis. En cliquant sur le lien, les pirates ont pu accéder à toutes ses données, dont les messages qu'il échangeait avec Jamal Khashoggi

Selon les informations de la chaîne américaine CNN, qui a eu accès aux conversations entre le journaliste et le militant, Jamal Khashoggi a appris au début du mois d'août 2018 que le téléphone d'Omar Abdulaziz avait été piraté. «Que Dieu nous vienne en aide», aurait-il répondu. Il est décédé deux mois plus tard, le 2 octobre dernier, dans le consulat d'Arabie saoudite à Istanbul. 

Le militant saoudien a décidé de porter plainte contre la société israélienne NSO Group, qui a créé le logiciel espion. Dans une interview accordée au journal israélien Yedioth Aharonot, la première depuis que le nom du groupe est associé au meurtre du journaliste, son PDG Shalev Hulio (le «S» de NSO) a nié toute implication. 

Une théorie insensée, pour NSO Group

«Tous nos clients ont minutieusement été contrôlés, pas seulement un client qui aurait pu être un suspect potentiel dans cette affaire, mais tous les autres qui pouvaient vouloir le suivre pour une raison ou pour une autre», a-t-il expliqué. «Aucun des produits ou des technologies de NSO n'a été utilisé sur Khashoggi [...] Cette histoire est simplement fausse», a-t-il assuré. Il a ajouté que Saif Saad al-Qahtani, proche du prince Mohammed Ben Salmane et membre du commando présent à Istanbul le jour des faits, ne faisait pas partie de ses clients. 

Shalev Hulio, qui a qualifié le décès de Jamal Khashoggi de «meurtre choquant», a ajouté que si l'un de ses systèmes était utilisé de façon inappropriée, «il serait immédiatement déconnecté». «Je veux dire en toute modestie que des milliers d'Européens doivent leur vie aux centaines de salariés qui travaillent à Herzliya [où se trouve la société, ndlr]. Je répète que toute utilisation de notre technologie qui outrepasse notre critère (qui est de sauver des vies humaines en péril à cause du crime et de la terreur) poussera la compagnie à agir immédiatement, clairement et résolument», a-t-il conclu.

Côté saoudien, les autorités soutiennent toujours que ni le roi Salmane, ni le prince Ben Salmane, n'étaient au courant de cette «opération hors du contrôle» de l'État. Elle aurait été supervisée par deux hauts responsables, destitués depuis. Jeudi 3 janvier, jour de l'ouverture du procès des meurtriers présumés du journaliste, le procureur général saoudien a requis la peine de mort contre cinq suspects. 

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