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Pompeo en Arabie saoudite pour avoir «tous les faits» de l'affaire Khashoggi

Le secrétaire d'Etat américain Mike Pompeo accueilli à Ryad par le ministre d'Etat saoudien aux Affaires étrangères Adel al-Jubeir, le 13 janvier 2019 [ANDREW CABALLERO-REYNOLDS / POOL/AFP] Le secrétaire d'Etat américain Mike Pompeo accueilli à Ryad par le ministre d'Etat saoudien aux Affaires étrangères Adel al-Jubeir, le 13 janvier 2019 [ANDREW CABALLERO-REYNOLDS / POOL/AFP]

Le secrétaire d'Etat américain Mike Pompeo poursuivait lundi sa visite à Ryad avec la volonté de «disposer de tous les faits» dans l'affaire du meurtre du journaliste saoudien Jamal Khashoggi, dont il entend que «tous les responsables rendent des comptes».

Le chef de la diplomatie américaine se trouve à une étape sensible de sa tournée au Moyen-Orient, pour sa deuxième visite en Arabie saoudite depuis que le journaliste et critique du pouvoir a été tué au consulat saoudien à Istanbul début octobre 2018, suscitant une vague d'indignation internationale.

L'enjeu de sa rencontre avec le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane s'est accru depuis celle qu'il a eue dimanche avec le ministre d'Etat aux Affaires étrangères saoudien, Adel al-Jubeir.

Le journaliste saoudien Jamal Khashoggi, le 16 mai 2010 à Ryad [STRINGER / AFP/Archives]
Le journaliste saoudien Jamal Khashoggi, le 16 mai 2010 à Ryad [STRINGER / AFP/Archives]

A l'issue de cette entrevue, M. Pompeo a «souligné l'importance pour l'Arabie saoudite de continuer son enquête sur le meurtre (...) afin que tous ceux qui sont responsables rendent des comptes», a indiqué le département d'Etat dans un communiqué.

Laissant entendre que le compte n'y était pas, il a expliqué vouloir s'assurer que Washington «dispose de tous les faits» autour de l'assassinat du journaliste saoudien.

Le procès de 11 suspects s'est ouvert le 3 janvier en Arabie saoudite et le procureur général a requis la peine de mort contre cinq d'entre eux. L'administration du président Donald Trump a, de son côté, sanctionné 17 responsables saoudiens.

Evolution de la version saoudienne sur la mort de Jamal Khashoggi [John SAEKI / AFP/Archives]
Evolution de la version saoudienne sur la mort de Jamal Khashoggi [John SAEKI / AFP/Archives]

Cependant, plus de trois mois après le meurtre, le corps de Khashoggi, critique du pouvoir saoudien qui collaborait avec le Washington Post, n'a toujours pas été retrouvé et des zones d'ombre demeurent, dont l'identité du ou des commanditaires de cette opération menée par un commando de 15 agents saoudiens.

Sous pression, les autorités saoudiennes ont fini par admettre que le journaliste avait été drogué et qu'il était mort d'overdose avant que son corps ne soit démembré à l'intérieur du consulat. Elles ont en revanche totalement dédouané le puissant prince héritier.

Alliance stratégique

L'affaire a affecté les relations entre les Etats-Unis et le royaume sunnite, pilier traditionnel des alliances régionales de Washington, brouillant le message américain au moment où l'administration Trump tente de bâtir une «coalition» solide contre le pays qu'elle désigne comme l'ennemi commun, l'Iran chiite.

Bien que le Sénat américain, pourtant contrôlé par le camp républicain de Donald Trump, ait clairement imputé au prince héritier la responsabilité du meurtre, le président américain a affirmé vouloir préserver le partenariat stratégique avec le royaume.

Le chef de la diplomatie américaine Mike Pompeo (G) avec le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane (D), lors d'un déplacement à Ryad le 16 octobre 2018, deux semaines après le meurtre du journaliste saoudien Jamal Khashoggi à Istanbul [LEAH MILLIS / POOL/AFP/Archives]
Le chef de la diplomatie américaine Mike Pompeo (G) avec le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane (D), lors d'un déplacement à Ryad le 16 octobre 2018, deux semaines après le meurtre du journaliste saoudien Jamal Khashoggi à Istanbul [LEAH MILLIS / POOL/AFP/Archives]

Lors de sa précédente visite, au plus fort de l'affaire Khashoggi, ses larges sourires auprès de celui que l'on surnomme «MBS» avaient indigné une partie de la classe politique américaine.

Sur la chaîne américaine Fox News, le secrétaire d'Etat a réaffirmé que les relations américano-saoudiennes restaient «incroyablement importantes pour les Américains».

Des défenseurs des droits humains ont appelé le secrétaire d'Etat à presser Ryad de libérer des militantes saoudiennes emprisonnées, alors que des ONG internationales affirment qu'elles auraient été torturées et harcelées sexuellement.

«Je suis frappée par un sujet qui n'est pas inclus dans la visite de Pompeo : le sort des courageuses militantes en Arabie saoudite qui sont détenues dans les prisons du royaume juste pour avoir cherché à bénéficier de leurs droits et de la dignité», a écrit Alia al-Hathloul, la soeur d'une de ces femmes emprisonnées dans une tribune publiée par le quotidien New York Times.

Sa soeur Loujain, qui avait milité pour le droit des femmes à conduire, a été arrêtée en mai comme une dizaine d'autres femmes militante des droits humains. L'interdiction de conduire pour les femmes a été levée en juin.

Appel à l'unité

Au Qatar, où il a rencontré l'émir, cheikh Tamim ben Hamad Al-Thani, M. Pompeo a aussi tenté de pousser à la réconciliation entre ce pays et l'Arabie saoudite, sans signe d'ouverture à ce stade après un an et demi de crise qui sape la politique américaine dans la région.

«Le président Trump et moi-même pensons tous deux que la dispute a duré trop longtemps», a martelé le chef de la diplomatie américaine lors d'une conférence de presse.

Le secrétaire d'Etat américain Mike Pompeo (G) et son homologue qatari Cheikh Mohammed ben Abderrahmane Al-Thani (D), lors d'une conférence de presse conjointe le 13 janvier 2019 à Doha [ANDREW CABALLERO-REYNOLDS / POOL/AFP]
Le secrétaire d'Etat américain Mike Pompeo (G) et son homologue qatari Cheikh Mohammed ben Abderrahmane Al-Thani (D), lors d'une conférence de presse conjointe le 13 janvier 2019 à Doha [ANDREW CABALLERO-REYNOLDS / POOL/AFP]

Plus tard, M. Pompeo, qui s'exprimait à l'ambassade des Etats-Unis à Doha, a dit qu'il n'était «pas clair du tout si la querelle (du Golfe) était plus proche d'un règlement aujourd'hui qu'elle ne l'était hier. Et je le regrette».

L'Arabie saoudite, Bahreïn, les Emirats arabes unis et l'Egypte ont rompu en juin 2017 leurs relations diplomatiques avec le Qatar en lui imposant un blocus de fait.

Ils reprochent à Doha de soutenir des mouvements islamistes radicaux, ce que le Qatar dément, mais aussi de se rapprocher de l'Iran, grand rival de Ryad dans la région.

Pour Washington, tourner la page de cette crise est indispensable pour réussir le lancement de son Alliance stratégique du Moyen-Orient, une sorte d'Otan arabe vouée à souder ses alliés du Golfe mais aussi l'Egypte et la Jordanie contre Téhéran.

Mais la tâche s'annonce ardue. «C'est compliqué à mettre sur pied», a reconnu samedi à Abou Dhabi le chef de la diplomatie américaine.

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