Mehdi Nemmouche face à la douleur des proches et au film de la tuerie

Croquis d'audience montrant Mehdi Nemmouche lors de son procès à Bruxelles le 10 janvier 2019. [Benoit PEYRUCQ / AFP] Croquis d'audience montrant Mehdi Nemmouche lors de son procès à Bruxelles le 10 janvier 2019. [Benoit PEYRUCQ / AFP]

Le jihadiste français Mehdi Nemmouche, jugé aux assises de Bruxelles pour quatre assassinats en mai 2014 au Musée juif de la capitale belge, est confronté vendredi pour la première fois aux proches des victimes, puis à la cruauté des images de la tuerie.

Annie Adam, la mère d'Alexandre Strens, décédé à 26 ans, deux semaines après l'attaque, des suites d'une balle dans la tête, doit être la première à s'exprimer pour les parties civiles.

Celle qui craint par dessus tout «d'affronter le regard» de l'assassin présumé de son fils, qui était employé du musée, assistera pour la première fois à l'audience, a dit à l'AFP son avocat, Me Christian Dalne.

«Même à la télévision, quand elle le voit, elle a des crises d'angoisse. Elle appréhende aussi la tourmente médiatique», explique-t-il.

«Elle souffre beaucoup», poursuit l'avocat. «Plus le procès avance, plus il est compliqué de comprendre, d'accepter l'attitude de Mehdi Nemmouche.»

Se disant innocent mais dans l'incapacité de se «défendre convenablement», les témoins qu'il souhaitait voir à la barre ayant été refusés, l'accusé, un délinquant multirécidiviste radicalisé en prison puis passé par la Syrie, refuse de s'exprimer.

Après avoir entendu l'accusation détailler deux jours durant les preuves contre lui (ADN, empreintes, témoins, vidéos de revendication), celui qui a été arrêté six jours après les faits en possession du revolver et de la Kalachnikov utilisés pour les assassinats laisse ses avocats parler en son nom.

Leur défense : il «n'est pas le tueur», mais a été «piégé». Et selon eux la tuerie du 24 mai 2014 n'est pas un attentat de Daesh, mais «une exécution ciblée d'agents du Mossad», les services secrets israéliens.

Ils affirment qu'une image du tueur issue de la vidéosurveillance du musée, prouvant selon l'accusation la présence sur les lieux de Mehdi Nemmouche, a été truquée pour le confondre.

Complot

Les images vidéo de l'homme qui assassine en moins d'une minute et demie un couple de touristes israéliens, une bénévole française et Alexandre Strens seront diffusées vendredi à l'audience.

«Elles montrent la cruauté de l'exécution par un tueur froid (...) Tout cela va raviver des émotions difficiles pour les parties civiles», déclare à l'AFP Me Adrien Masset, l'avocat du Musée juif, qui les a déjà visionnées.

«Chacun pourra se faire une idée sur la physionomie du tueur, mais de toute façon, il y a aussi des expertises» pour prouver qu'il s'agit de M. Nemmouche, souligne l'avocat, balayant la thèse du complot avancée par la défense.

Issu d'une fratrie de huit enfants, Alexandre Strens, né Reydouane Latrach, avait changé son nom, comme l'ensemble de sa famille, après l'adoption de son père en 1992 par un châtelain belge, selon les informations du quotidien belge Le Soir, confirmées à l'AFP par Me Dalne.

«Cet homme, qui n'avait pas d'enfants, s'est occupé de la famille», explique l'avocat sans plus de détails.

Alexandre Strens, dont les parents ont divorcé en 2003, n'avait pas vu depuis des années son père, qui serait, toujours selon Le Soir, un musulman chiite.

«Une note de la Sûreté de l'Etat dans le dossier assure, après enquête, que l'attentat n'a rien à voir avec ses éventuelles activités politiques», déclare Me Dalne pour prévenir toute nouvelle exploitation complotiste.

Une femme présente au musée le jour de l'attentat et qui devait manger avec Alexandre Strens sera également auditionnée, ainsi que le directeur du musée, Philippe Blondin.

Les proches du couple Riva, les deux touristes israéliens assassinés, seront eux entendus fin janvier.

Le procès, au cours duquel Mehdi Nemmouche, 33 ans, est jugé avec un co-accusé, Nacer Bendrer, soupçonné de lui avoir fourni des armes, doit durer jusqu'au 1er mars.

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