Turquie : un projet immobilier composé de centaines de villas luxueuses avorté

Ces bâtisses blanches font partie d'un projet lancé en 2014 par Sarot, un groupe de construction turc [Adem ALTAN / AFP]

Dans la province de Bolu, au nord de la Turquie, des rangées de villas blanches impeccables s'érigent aux abords de Mudurnu. Mais derrière ce décor luxueux et immaculé digne d'un conte de Noël se cache un des plus gros fiascos immobiliers du pays. 

Ce qui devait devenir un village haut de gamme s'est aujourd'hui transformé en ville fantôme. Ces bâtisses blanches inhabitées font partie d'un ambitieux projet lancé en 2014 par Sarot, un groupe de construction turc impliqué dans plusieurs programmes immobiliers de la région.  

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Adem ALTAN / AFP

Quand tout a basculé, l'entreprise avait déjà commercialisé 351 villas, d'une valeur variant entre 400.000 et 500.000 dollars, principalement à des investisseurs des pays du Golfe. Cela laissait espérer des recettes de plus de 140 millions de dollars à Sarot qui avait déjà engagé 100 millions de dollars dans le projet estimé au double.

Mais c'était sans compter sur l'annulation de certaines ventes, alors que 80 % des 351 villas étaient déjà sorties de terre.

Une faillite liée à la chute du baril ?

Depuis, le groupe immobilier pris à la gorge à été placé sous le régime des faillites. La justice turque l'a autorisé en novembre dernier à suspendre les paiements à ses créanciers pour restructurer sa dette. Sarot continue ainsi à fonctionner aujourd'hui sous la protection de l'Etat. 

Pour le vice-président du groupe, Mezher Yerdelen, les investisseurs du Golfe auraient rencontré des difficultés financières en raison des remous conjoncturels connus par le secteur pétrolier et notamment à la baisse du prix de l'or noir. Le dirigeant a également évoqué «l'impact négatif des fluctuations économiques sur les prix» du BTP en Turquie. 

Malgré la faillite de Sarot, Mezher Yerdelen veut croire que le projet s'achèvera en octobre. 

Une bulle de l'immobilier sur le point d'exploser ?

Mais l'échec du vaste projet immobilier de Mudurnu est symptomatique d'une crise plus globale en Turquie. Sarot est en effet loin d'être la seule entreprise de construction à connaître ce type de déboires, le secteur s'étant replié de 5,3 % sur un an au troisième trimestre 2018. Alper Duman, professeur associé à l'Université d'économie d'Izmir, parle d'«une bulle de la construction ou une bulle imobilière» en Turquie. 

Pour l'expert, les données sur les biens invendus le prouvent : en seize ans, 10,5 millions d'appartements ont été construits mais seulement 8 millions sont occupés. De quoi laisser craindre une explosion de la bulle, qui se traduirait pas une chute brutale des prix de la pierre et par une crise immobilière qui pourrait s'étendre à la sphère financière.

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