Partagée entre Moscou et l'UE, la Moldavie élit ses députés

Une femme dépose son bulletin dans l'urne à  Chisnau le 24 février 2019, jour de l'élection des députés moldaves [Daniel MIHAILESCU / AFP] Une femme dépose son bulletin dans l'urne à Chisnau le 24 février 2019, jour de l'élection des députés moldaves [Daniel MIHAILESCU / AFP]

Les Moldaves élisent dimanche leurs députés, un scrutin reflétant la profonde division de leur pays entre partisans d'un rapprochement avec Moscou et ceux qui prônent une adhésion à l'Union européenne.

Coincée entre l'Ukraine et la Roumanie, la Moldavie, l'un des pays les plus pauvres d'Europe, a traversé plusieurs crises politiques depuis l'indépendance en 1991 sur les décombres de l'Union Soviétique et cherche à définir son orientation. Elle doit gérer de plus un conflit gelé en Transnistrie, un territoire séparatiste prorusse qui échappe à son contrôle.

Alors que beaucoup de ses 3,5 millions d'habitants souhaitent le maintien de relations étroites avec Moscou, d'autres veulent suivre l'exemple de la Roumanie, avec laquelle la Moldavie partage une longue histoire ainsi qu'une langue commune, et tournent leur regard vers l'Union européenne.

Les élections sont perçues comme devant se jouer entre trois acteurs principaux, le Parti socialiste du président pro-russe Igor Dodon, le Parti démocrate au pouvoir de Vlad Plahotniuc et une alliance pro-européenne.

Igor Dodon et Vlad Plahotniuc se sont accusé mutuellement de fraudes pour faire gagner leur formation respective.

Selon les sondages, la formation de Vlad Plahotniuc appparaît en troisième position.

Il s'agit pour ces élections de choisir les 101 députés du Parlement monocaméral pour un mandat de quatre ans. Pour la première fois, le mode de scrutin est mixte, alliant proportionnelle et scrutins locaux.

Une femme passe devant des affiches électorales à Chisinau le 13 février 2019 [Daniel MIHAILESCU / AFP/Archives]
Une femme passe devant des affiches électorales à Chisinau le 13 février 2019

A 15H45 locales (13H45 GMT), le taux de participation était de 38%. Les résultats ne sont attendus que lundi.

Le président Igor Dodon a dénoncé de concert avec ses adversaires pro-européens de l'alliance ACUM les fraudes du Parti démocrate, qui a selon eux acheté les voix d'électeurs de Transnistrie.

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Le parti de l'oligarque Vlad Plahotniuc a immédiatement dénoncé les mêmes faits. «Nous avons reçu des mises en garde selon lesquels les leaders du Parti socialiste offrent de l'argent aux habitants (de Transnistrie) pour soutenir leur candidats», a déclaré le vice-président du Parti démocrate, Vladimir Tchebotar.

Les deux partis ont indiqué avoir déposé une plainte auprès de la Commission électorale.

En tête des sondages, le Parti socialiste du président Igor Dodon, qui milite pour un rapprochement avec la Russie et une entrée dans son Union économique eurasiatique plutôt qu'au sein de l'Union européenne, pourrait remporter jusqu'à 50% des suffrages.

Un militant de l'alliance ACUM distribuent des tracts électoraux à Chisinau le 13 février 2019 [Daniel MIHAILESCU / AFP/Archives]
Un militant de l'alliance ACUM distribuent des tracts électoraux à Chisinau le 13 février 2019

L'alliance ACUM est annoncée seconde: elle rassemble deux partis favorables à l'entrée dans l'Union européenne et dans l'Otan, tout en dénonçant «l'accaparement» des postes à responsabilité dans la politique, la justice et les forces de l'ordre par le Parti démocrate.

Si aucune de ces formations n'obtient la majorité pour former seule un gouvernement, ce qui paraît le plus probable, les analystes craignent une nouvelle période d'instabilité.

Russie ou UE? 

Alimentant le climat tendu des derniers jours de campagne, la police russe a impliqué vendredi Vlad Plahotniuc dans un circuit de blanchiment d'argent passé par la Russie qui aurait fonctionné en 2013 et 2014. Son parti a dénoncé une «ingérence grossière» de Moscou dans le scrutin.

Elu en novembre 2016, le président Igor Dodon est considéré comme un allié de Vladimir Poutine, auprès duquel il a multiplié les visites.

Le président russe Vladimir Poutin (d) et son homologue moldave Igor Dodon au Kremlin à Moscou, le 30 janvier 2019 [MAXIM SHEMETOV / POOL/AFP/Archives]
Le président russe Vladimir Poutin (d) et son homologue moldave Igor Dodon au Kremlin à Moscou, le 30 janvier 2019

Entravé dans ses projets par le Parlement et le gouvernement, M. Dodon a toutefois adouci son discours et ne milite plus pour le rejet de l'accord d'association signé entre la Moldavie et l'UE en 2014. Il souhaite désormais que son pays puisse «faire du commerce avec la Russie comme avec l'UE».

Cet accord d'association a permis l'ouverture graduelle du marché européen aux produits moldaves, mais a suscité la colère de Moscou qui avait aussitôt imposé un embargo sur les fruits et la viande moldaves. Cet embargo a opportunément été suspendu quelques semaines avant le vote à l'issue d'une nouvelle visite de M. Dodon à Moscou.

Le commerce est le principal levier de pression dont dispose la Russie, où résident par ailleurs un demi-million de travailleurs moldaves. Recevant fin janvier Igor Dodon, Vladimir Poutine a souligné que la Russie ne serait «pas indifférente» aux résultats des législatives.

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