Argentine : une fillette de 11 ans donne naissance à l’enfant de son violeur

La fillette et sa mère avaient demandé un avortement mais la procédure a tardé, des médecins invoquant l'objection de conscience. [Illustration : une manifestation pro-IVG en Argentine / JUAN MABROMATA / AFP].

Lucia, une fillette argentine de 11 ans violée par le compagnon de sa grand-mère, a été contrainte de mettre au monde l'enfant issu de cet acte, faute d'accès à une interruption de grossesse, qu'elle réclamait pourtant, et qui est autorisée par la loi de son pays en cas de viol.

«Je veux que vous m'enleviez ce que le vieux m'a mis dans le ventre», avait d'ailleurs insisté la fillette dans sa plainte auprès de la justice de la province de Tucuman (nord), sa mère et elle formulant bien, dans la foulée, une demande d'avortement.  

Les médecins argentins ont invoqué l’objection de conscience

Mais la procédure a tardé sept semaines, des médecins invoquant l'objection de conscience. Un cas de figure fréquent en Argentine, où, souvent, les autorités font traîner les dossiers jusqu'à ce que l'avancement dans la grossesse soit tel qu'il ne soit plus possible de pratiquer un avortement.

Le temps passant, Lucia est ainsi arrivée à 23 semaines de grossesse et les médecins ont jugé qu'elle était en danger et ont décidé non pas de pratiquer un avortement, mais une césarienne, soit une opération chirurgicale dans le but d'extraire l'enfant de son utérus.

«La volonté de l'enfant aurait dû être prise en compte. Il y avait deux raisons (pour autoriser) l'avortement», a, de son côté, regretté l'avocate de la famille, Cecilia De Bono.

D'après les textes, la législation argentine prévoit en effet que la justice peut autoriser une interruption de grossesse dans des circonstances extraordinaires de viol, ou de péril pour la mère.

Le foetus extrait vivant de la fillette

«Par voie basse, ce n'était pas possible. Son corps n'est pas suffisamment développé pour (supporter) une grossesse de 23 semaines, et s'il l'avait été, les conditions psychologiques n'étaient pas réunies, du fait des nombreux abus qu'elle a subis», s'est quant-à-elle défendue Cecilia Ousset, la gynécologue qui a participé à l'intervention à l'hôpital Eva Peron de Tucuman.

Et c'est donc dans ces conditions que le foetus de cinq mois a été extrait vivant du ventre du Lucia, quand bien même ses chances de survie sont quasi-nulles d'après les médecins.

«L'Etat est responsable de la torture de Lucia», a depuis dénoncé l'organisation féministe #NiUnaMenos, en pointe dans la mobilisation pour le droit à l'avortement.

Un pays très divisé sur l'avortement

Le gouvernement de la province de Tucuman, dont dépend la juridiction qui n'a pas autorisé l'avortement, s'est justifié en disant avoir mis en oeuvre «les procédures nécessaires pour sauver les deux vies».

En 2018, un projet de loi octroyant le droit à l'avortement jusqu'à la 14e semaine avait été adopté à la chambre des députés, mais rejeté par le sénat, sous la pression de l'Eglise.

En Argentine, patrie du pape François, la population est très divisée sur la question de l'avortement et un débat passionné oppose deux camps fortement mobilisés.

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