Simon Grivet : «la seule manière d'abolir la peine de mort, c'est par référendum»

Le couloir de la mort de la prison de San Quentin, à quelques kilomètres de San Francisco. Le couloir de la mort de la prison de San Quentin, à quelques kilomètres de San Francisco.[JUSTIN SULLIVAN / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP]

Le 13 mars, Gavin Newsom, gouverneur démocrate de Californie, a annoncé le début d'un moratoire concernant les exécutions de détenus condamnés à mort. Simon Grivet, historien et spécialiste de la question, décrypte la décision de l'État américain.

Pourquoi suspendre uniquement l'exécution, et ne pas abolir la peine de mort en Californie ? 

Le gouverneur de Californie n'a pas le pouvoir d'abolir la peine de mort. Il n'y a qu'une seule manière de le faire : par référendum. Cependant, les électeurs de l'État ont déjà rejeté à deux reprises l'abolition en 2012 et 2016. Comme il ne peut pas aller contre le système, il a donc décidé de le bloquer avec un moratoire. C'est une situation qui existe également dans trois autres États : en Oregon, à Washington et en Pensylvanie. 

Est-ce qu'il s'agit uniquement d'une décision idéologique ? Le gouverneur parle de «valeurs fondatrices».

Il y a de cela. Le gouverneur de Californie est un abolitionniste de longue date, pour tout un tas de raisons, notamment à cause des discriminations. Mais il est vrai que la peine de mort est un système qui coûte cher, avec peu de résultats, vu qu'il n'y a pas eu d'exécutions depuis 2006. La notion de coût est donc présente. Il y a d'ailleurs plusieurs conservateurs américains qui se sont convertis à l'abolitionnisme en voyant les économies qu'il était possible de faire. Ils y voient aussi la possibilité de réinjecter cet argent dans la justice, pour rouvrir des «cold cases» par exemple.

Justement pour revenir au côté discriminatoire, le gouverneur a déclaré que la peine de mort discrimine en fonction de la couleur de la peau et du salaire des accusés. Est-ce qu'il a raison ?

Oui, il y a une question raciale qui se pose toujours aujourd'hui. Deux tiers des condamnés sont issus des minorités alors qu'ils représentent la moitié de la population. Les condamnés à mort le sont pour des meurtres aggravés ou des faits très graves, mais c'est vrai qu'il y a une disproportion de minorités ou de personnes provenant de milieux défavorisés. Les deux se croisent d'ailleurs. Les personnes avec plus de moyens peuvent se permettre une meilleure défense, vont plaider coupable pour négocier une condamnation à vie et ainsi éviter la peine capitale. 

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