Pourquoi l’Arctique intéresse-t-il tant Vladimir Poutine ?

L'Arctique, une région clé pour Vladimir Poutine, qui y développe une présence militaire forte de 6 000 hommes [Maxime POPOV / AFP]

Une région clé pour Vladimir Poutine. Le président russe reçoit mardi et mercredi ses homologues finlandais, islandais, norvégien et suédois à Saint-Pétersbourg pour un grand Forum sur l’Arctique.

Pour le chef d'Etat russe, rassembler ses homologues scandinaves lors de ce sommet est une opportunité de plus pour rappeler sa volonté de coopération dans la région mais également sa puissance. Moscou investit massivement dans cette zone riche en ressources naturelles, où la fonte des glaces dessine une nouvelle route commerciale prisée. 

L’Arctique est en effet l’une des régions les plus touchées par le réchauffement de la planète, deux fois plus rapide qu’ailleurs. Si l’on évoque régulièrement une hausse des températures de deux degrés sous les latitudes tempérées d’ici à 2050, le réchauffement en Arctique se situerait plutôt autour des 4 à 5°c à l’horizon 2050, selon le GIEC.

Selon de nouveaux résultats, l’océan Arctique risque même de voir toute la glace disparaître en été d’ici vingt ans seulement, selon une analyse parue en février dans la revue Geophysical Reserach Letters. Un drame écologique mais qui laisse la place libre à l’extraction de ressources naturelles et à son transport.

Le nouvel Eldorado de la planète

Si Vladimir Poutine a mis la priorité sur cette région, c’est qu’elle regorge de richesses naturelles, aujourd'hui plus accessibles. Les conditions climatiques restent rudes mais les nouvelles technologies permettent désormais de forer dans des environnements extrêmes et en quantités de plus en plus importantes.

Une course aux richesses naturelles encore impensable il y a vingt ans. Aujourd'hui, la Russie y puise un quart de son pétrole, 80% de son gaz naturel mais également des minerais, comme le nickel et le cobalt, le long des côtes de l’océan Arctique. 

Il y a encore 30 ans, la banquise recouvrait la quasi-totalité de l'océan glacial arctique. Face à la fonte des glaces, le transport maritime a particulièrement évolué dans cette région. La Russie contrôle désormais un corridor commercial qui relie l’Europe à l’Asie, par le passage du Nord-Est, encore impraticable il y a vingt ans.

 

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Source : Wikipedia Commons

Cette route maritime, entre l’océan Atlantique à l’océan Pacifique, tracée à travers la glace le long des côtes polaires russes (en rouge sur la carte), doit permettre des livraisons d’hydrocarbures plus simples et plus rapide en Asie du Sud-est, gros importateur de gaz et de pétrole. 

Ce n’est qu’en septembre 2018 qu’un porte-conteneurs danois a réussi à franchir l’Arctique pour relier Saint-Pétersbourg. Le reste du temps, de massifs bateaux brise-glaces tracent la voie aux autres navires.

Une présence militaire renforcée

L’Etat russe est complétement dépendant de ses ressources naturelles : entre 46 et 47% des ressources budgétaires du pays sont tirés de ses forages. Pour protéger la source de ses investissements en Arctique, comme ailleurs, Moscou mise donc sur une présence militaire massive.

La Russie est aujourd’hui l'un des seuls pays a avoir beaucoup de capacité militaire au-delà du cercle polaire. Pour couvrir l’ensemble du territoire arctique, à la fois vaste et difficile à manœuvrer, Moscou dispose d’une armée forte de 6 000 hommes et d'une importante flotte maritime.

Symbole des ambitions de Moscou, la base militaire ultramoderne du «Trèfle du Nord» construite sur l’ile de Kotelny, au-delà du cercle polaire, accueille 250 soldats depuis 2014. En multipliant les installations militaires de ce type, la Russie espère ainsi devenir la première puissance de la région.

Des inquiétudes environnementales 

Au-delà de la fonte de la banquise, conséquence majeure du réchauffement climatique, les organisations envrionnementales redoutent les potentiels répercussions du développement économique de la région dans un écosystème extrêmement fragile.  

A titre d'exemple, une expédition scientifique, menée par des chercheurs allemands de l’Institut Alfred Wegener (AWI) pour la recherche polaire et marine, a permis de découvrir qu’il y avait du plastique au cœur même de la banquise de l’Arctique : jusqu’à 12 000 microparticules de plastique relevées dans seulement un litre d’eau.

Malgré les accords internationaux conclus par les pays riverains de l'Arctique, rassemblés au sein du Conseil de l'Arctique, aucune mesure contraignante n'a été pour l'instant édictée pour limiter l'impact envrionnemental du trafic maritime dans la région. 

Si la Russie a donc su faire ses preuves en matière de coopération dans la région, elle doit encore montrer que ses ambitions économiques ne viendront pas détruire l'écosystème d'une région désormais centrale. 

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