Une manifestation indépendante inédite à Cuba

Ils étaient plus de 400 à manifester dimanche 7 avril à La Havane, appelant au vote d'une loi sur la protection des animaux. Ils étaient plus de 400 à manifester dimanche 7 avril à La Havane, appelant au vote d'une loi sur la protection des animaux. [YAMIL LAGE / AFP]

Un événement à marquer d'une pierre «rouge». Des centaines de Cubains ont défilé dimanche 7 avril dans les rues de La Havane, la capitale du pays, contre la cruauté envers les animaux. Selon les organisateurs, il s'agit de la première manifestation indépendante jamais autorisée sur l'île communiste.

Sous le regard interloqué des passants, ils étaient plus de 400 à traverser le quartier central de Vedado dimanche, accompagnés de leurs animaux de compagnie. Brandissant des pancartes appelant au vote d'une loi sur la protection de leurs amis à quatre pattes, ils ont scandé leur leitmotiv : «Pas d’abus envers les animaux.» Leur marche s'est terminée devant la tombe de Jeannette Ryder, une Américaine qui s'est battue pour les droits des animaux à Cuba au début du 20e siècle.

Jusque-là, les seules manifestations qu'avait connu le pays à parti unique avaient été organisées par le gouvernement et visaient soit à célébrer la révolution cubaine de 1959 soit à critiquer les Etats-Unis. En dehors de cela, sont aussi autorisés les processions religieuses ainsi qu'un défilé annuel pour les droits des homosexuels, encadré par une organisation gouvernementale.

Certains participants de la marche contre la cruauté envers les animaux ont noté l'ironie de la situation, puisque la première manifestation indépendante autorisée à Cuba restera comme une marche en faveur des droits des animaux, et non des droits humains.

Une tolérance de façade ?

Malgré tout, ce défilé constitue «un événement historique» pour Beatriz Batista, l'une des organisatrices de la manifestation. «Cela pourrait être le nouveau Cuba», se prend-elle à rêver. Mais certains sont plus sceptiques. «Cela permet au gouvernement de dire : Regardez comme nous sommes permissifs. Mais est-ce vraiment le cas ?», nuance Luis Manuel Otero Alcantara, un artiste dissident qui a été brièvement détenu la semaine dernière pour une œuvre qu’il veut exposer en marge de la prochaine biennale de La Havane.

En effet, bien que le pouvoir en place fasse preuve de davantage d'ouverture depuis que Miguel Diaz-Canel a remplacé Raul Castro à la tête du pays en avril 2018 - il a notamment activé un réseau 3G de téléphonie mobile en décembre -, il continue de réprimer les opposants quand ils organisent des manifestations et de détenir des dissidents, qualifiés d'éléments subversifs à la solde des Américains.

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