Les Finlandais de retour aux urnes après quatre années d'austérité

Le drapeau de la Finlande (g), aux côtés de ceux de ses voisins scandinaves, la Norvège (c) et la Suède [JOE KLAMAR / AFP/Archives] Le drapeau de la Finlande (g), aux côtés de ceux de ses voisins scandinaves, la Norvège (c) et la Suède [JOE KLAMAR / AFP/Archives]

Eprouvés par quatre années d'austérité ayant permis de sortir le pays nordique de l'ornière, les Finlandais votent dimanche pour reconduire la coalition de centre-droit ou élire les sociaux-démocrates, favoris face à une poussée attendue de l'extrême droite.

Le candidat social-démocrate Antti Rinne s'assure pour le moment une courte avance sur les Vrais Finlandais (extrême-droite) et le Parti de la coalition nationale (droite), au coude-à-coude, d'après les derniers sondages.

Aucun des partis ne parvient à franchir la barre des 20% des intentions de vote, une situation rare qui pourrait rendre difficile les tractations pour former un gouvernement.

La droite et la gauche disent ne pas vouloir collaborer avec l'extrême droite, sans pour autant totalement fermer la porte à de possibles négociations avec les Vrais Finlandais.

"Peut-être verrons-nous une sorte de glissement vers la gauche, mais je ne pense pas qu'il s'agira d'un changement majeur, car ici en Finlande, il n'est pas très courant que la politique prenne un tout autre tournant après les élections", indique à l'AFP la chroniqueuse politique Sini Korpinen.

Le candidat social-démocrate Antti Rinne, donné favori du scrutin par les sondages, le 13 avril 2019 à Espoo (Finlande) [Heikki Saukkomaa / Lehtikuva/AFP]
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Le candidat social-démocrate Antti Rinne, donné favori du scrutin par les sondages, le 13 avril 2019 à Espoo (Finlande)

 

A 56 ans, Antti Rinne, ancien ministre des Finances qui a fait l'essentiel de sa carrière dans le syndicalisme, a conduit une campagne contre les mesures de rigueur du Premier ministre centriste Juha Sipilä.

Il s'est engagé à améliorer les conditions de vie des personnes âgées, en promettant d'augmenter de 100 euros par mois les retraites les plus basses.

"Nous devons trouver des moyens équitables de rendre la société finlandaise durable", a-t-il assuré au journal Helsingin Sanomat. "La politique fiscale ne peut pas y parvenir seule", a-t-il ajouté.

Selon Sini Korpinen, "les gens en ont marre face à certaines réductions" budgétaires. Elle cite en exemple les coupes claires dans l'éducation, un secteur de prestige dans le pays nordique, le système éducatif finlandais restant parmi les meilleurs élèves du monde au classement PISA.

- Cure d'austérité -

La Finlande, qui a connu de longues années de marasme à partir de 2012, se redresse peu à peu alors que son gouvernement mise sur l'austérité salariale et budgétaire.

Le pays s'est finalement désempétré de la récession en 2016, soit la deuxième reprise la plus lente de la zone euro après la crise financière de 2008.

Le Parlement de Finlande [ / AFP]
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Le Parlement de Finlande

 

Le défi du prochain gouvernement sera aussi de s'attaquer à l'épineuse question de la protection sociale -- en Finlande, l'Etat-providence est l'un des plus généreux au monde --, dans un contexte de vieillissement de la population et d'une baisse du taux de natalité.

Le 8 mars dernier, à cinq semaines du scrutin, Juha Sipilä avait présenté la démission de son gouvernement après avoir échoué à faire passer une réforme du système de santé.

Une décision qualifiée de "manoeuvre politique" par l'opposition. Le gouvernement continue à gérer les affaires courantes jusqu'à la formation d'un nouveau cabinet.

- Vague populiste -

La question de l'immigration s'est aussi imposée comme un enjeu électoral de premier plan --bien qu'en Finlande seuls 6,6% des 5,5 millions d'habitants soient nés à l'étranger.

En décembre et en janvier, l'arrestation hyper médiatisée d'une dizaine d'hommes d'origine étrangère soupçonnés d'agressions sexuelles avait suscité l'indignation dans le pays et une vague de soutien en faveur des Vrais Finlandais. La formation populiste s'est engagée à réduire considérablement l'immigration et à renforcer les règles d'asile.

Dans la foulée, les parlementaires ont accepté la mise en place urgente de mesures plus sévères à l'encontre des criminels sexuels nés à l'étranger.

"Les Vrais Finlandais ont eu un effet sur la façon dont nous parlons de l'immigration", estime Sini Korpinen.

Jussi Halla-aho, chef du parti d'extrême droite des Vrais Finlandais, le 14 avril 2019 à Vantaa [Vesa Moilanen / Lehtikuva/AFP]
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Jussi Halla-aho, chef du parti d'extrême droite des Vrais Finlandais, le 14 avril 2019 à Vantaa

 

Le parti dénonce également l'"hystérie climatique" de ses adversaires, affirmant que les citoyens ne devraient pas avoir à payer des mesures supplémentaires contre le changement climatique.

Les Vrais Finlandais ont pris plus d'un point dans les sondages depuis mars et six depuis l'automne.

L'histoire montre qu'il est parvenu par deux fois à déjouer les pronostics, se hissant à la troisième place puis la deuxième lors des dernières élections en 2011 et 2015.

Il a cependant payé son arrivée au pouvoir dans un gouvernement de centre-droit et la modération de ses positions notamment sur l'Europe perçue comme une trahison par ses militants les plus radicaux.

En 2017, les Vrais Finlandais ont finalement implosé et quitté le gouvernement: une majorité de leurs députés ont fondé Nouvelle Alternative (rebaptisé Réforme bleue par la suite), parti qui reste au pouvoir, les autres se ralliant à son nouveau président, le faucon anti-immigration Jussi Halla-aho.

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