Retour au calme à Cotonou, au moins deux morts dans les violences post-électorales

Barrages d'opposants à Cotonou, la capitale économique du Bénin, après des législatives controversées. Le 2 mai 2019 [Yanick Folly / AFP] Barrages d'opposants à Cotonou, la capitale économique du Bénin, après des législatives controversées. Le 2 mai 2019.[Yanick Folly / AFP]

Le calme était revenu au Bénin jeudi soir pendant que la Cour Constitutionnelle donnait les résultats définitifs des élections législatives, après deux jours de violentes manifestations post-électorales, réprimées par des tirs à balles réelles, et qui ont fait au moins deux morts, selon un nouveau bilan.

«Le taux de participation (...) est de 27,1%», a déclaré jeudi soir Joseph Djogbenou, le président de la Cour Constitutionnelle, soit un chiffre plus élevé que les 23% précédemment évoqués par la Commission électorale dans les résultats préliminaires.

«Considérant des irrégularités et des perturbations (pendant le vote), elles ne sont toutefois pas de nature à compromettre la validité et la transparence du scrutin», a ajouté ce proche du président Patrice Talon

Des violences ont éclaté mercredi après midi, peu après l'annonce des résultats provisoires des élections de dimanche, marquées par une absence de l'opposition qui n'a pas été autorisée à présenter de candidats et par un important taux d'abstention.

Deux anciens chefs de l'Etat, Boni Yayi (2006-2016) et Nicephore Soglo (1991-1996), avaient appelé le président Patrice Talon a annulé ce scrutin, qu'ils qualifient de «coup d'État électoral».

Rafales de tirs

Carte de localisation de Cotonou et de Porto-Novo au Bénin [Paz PIZARRO / AFP]
Dès mercredi après-midi, des centaines de manifestants se sont réunis autour du domicile de Boni Yayi, dans le quartier de Cadjehoun, craignant que des policiers ne l'arrêtent.

Des violences ont éclaté dans la soirée et une femme est morte des suites de ses blessures jeudi matin à l'hôpital de Cotonou.

Dans le nord du Bénin, à Kandi, un jeune homme a également été abattu par des tirs de l'armée mercredi soir.

«Ils l'ont visé», a raconté M. Kandissounon, le père de la victime. «La balle est rentrée et ressortie, mon enfant est mort».

Dans cette localité, des manifestants ont mis le feu à l'usine de coton, un secteur dans lequel le président Talon a fait fortune avant de se lancer en politique et dont la société contrôle désormais la totalité de la production dans le pays.

Jeudi, les violences ont repris dès la matinée et après des heures de face-à-face, les forces de l'ordre ont délogé par des tirs d'armes automatiques des centaines d'opposants dans le centre de Cotonou.

Les rafales ont été entendues dans le quartier de Cadjehoun et les manifestants, qui avaient dressé des barricades avec des pneus en feu ou des planches, ont été forcés de fuir.

L'armée et la police «ont fait une incursion brutale», a témoigné à l'AFP un proche de l'ex-président présent sur les lieux avec lui, qui a dénombré au moins trois morts.

Le ministre de l'Intérieur avait reconnu sur Radio France Internationale (RFI) qu'il y avait eu «quelques actes qui sont allés contre la consigne donnée». «Les sanctions les plus dures seront prises à l'endroit des forces de l'ordre qui sont passées outre la consigne donnée», a assuré Sacca Lafia.

Toutefois, quelques heures plus tard, l'armée et la police ont tiré des rafales en direction des manifestants, sans que l'on connaisse pour l'instant le nombre exact des victimes.

«Attenter à la stabilité de l'Etat»

Après la séance de conseil des ministres qui s'est déroulée dans l'après-midi, le gouvernement béninois a tenu à souligner «le professionnalisme» des Forces de Défense et de Sécurité dans le maintien de «l'ordre public».

«Les meneurs du mouvement ont clairement affiché leur intention d'attenter à la stabilité de l'Etat», a accusé le gouvernement dans un communiqué.

D'importants contingents de la police et de l'armée étaient toujours postés dans la capitale économique jeudi soir et bloquaient les accès autour de la résidence de l'ancien chef de l'Etat.

Les Nations unies ont dit «suivre de près la situation au Bénin», via leur porte-parole à New York, Stéphane Dujarric.

«Nous notons avec inquiétude les tensions et les troubles qui ont abouti à des destructions de propriétés et à une réponse lourde des forces de sécurité», a-t-il déclaré devant la presse, appelant les deux parties «au calme».

«On n’a pas peur de la mort, un jour on mourra. La démocratie nous est chère, à nous peuple béninois», a déclaré un manifestant à l'AFP.

«Nous ne sommes pas d’accord que (le président) Talon puisse tuer notre démocratie comme cela», a renchéri un autre conducteur de taxi-moto dans les rues de Cotonou.

«Il croit que nous sommes là pour jouer, mais nous sommes sérieux», s'est écrié un autre à un feu rouge.

Le Bénin a voté dimanche pour élire ses 83 députés, parmi les candidats de deux partis proches du pouvoir.

Le président Talon est accusé d'opérer un tournant autoritaire dans son pays, jusqu'alors un modèle de la démocratie en Afrique de l'Ouest.

Le fort taux d’abstention, le plus haut dans l'histoire du Bénin, est considéré comme un désaveu du chef de l'Etat même s'il est assuré de voir les partis proches du pouvoir remporter la majorité au Parlement.

«Talon marchera sur nos corps» avant d'entériner la composition du nouveau Parlement, avait averti Boni Yayi en début de semaine.

Amnesty International et de nombreuses associations locales de la société civile béninoise ont dénoncé les coupures d'internet ainsi qu'un «niveau de répression alarmant» au Bénin.

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